Souvenirs d’instants magiques

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La cité de Jacquemart a fait son carnaval et attiré près de 20 000 personnes

Du simple apéro carnavalesque sur un air de banda aux concerts festifs, la journée a été riche en émotions, en déguisements et en surprises. En période aussi morose, il n’y a pas de mal à se lâcher un peu. Et tel était le mot d’ordre : « Lâchez la pression ». Les nombreux articles ou flyers distribués ne pouvaient laisser présager un si beau spectacle.

Samedi dernier, ils étaient des milliers à en faire parti, du simple curieux au plus costumé, du simple enfant aux yeux illuminés à l’adulte heureux de l’accompagner. Drôme Hebdo revient sur les points qui en ont fait son succès.

Une remise des clefs vertigineuse

La remise des clefs, c’était en l’air. Du haut d’une des fenêtres de l’hôtel de ville s’est élancé un jeune homme, vêtu d’une toge blanche, semblerait-il un guerrier, et tenant en ses mains une imposante clef. Tyrolienne oblige, son arrivée était prévue quelques secondes plus tard sur le balcon du salon Audra, où l’attendaient magistrats et comédiens qui allaient accompagner et juger (coupable) quelques heures plus tard le vilain Carmentran. Là aussi étaient présents les élus locaux, cachés sous de grands chapeaux et costumes noirs, maquillés de paumettes rouges et de fines moustaches mais reconnaissables à des écharpes bleu-blanc-rouge de circonstance, qu’ils avaient gardé malgré tout.

« Les progrès de l’humanité se mesurent aux concessions que la folie des sages fait à la sagesse » (Jean Jaurès). Telle était la phrase inscrite sur une banderole déployée quelques instants avant le début des festivités. Point de discours politiques, malgré une actualité morose et qui mériterait d’être commentée. L’heure est aux doléances et à cet hiver rude qu’il faut désormais dépasser. Une clef synonyme de liberté et ouvrant les portes de toutes les expressions et de toutes les folies. Le coup d’envoi du carnaval était lancé.

Le grand charivari et le défilé

Et d’un seul coup, la ville s’est emparée de son vent de folie tant annoncé. Près du kiosque, les enfants du quartier des Balmes accompagnés des danseurs et musiciens de l’association « Tempo Soleil » nous transportait au Brazil ! Et en une semaine, après leurs dures répétitions, ils étaient vraiment au top, tant pour les chorégraphies que pour le maquillage : du grand art ! Jaune et vert, aux couleurs du Brésil.

Un peu plus loin, au centre de la place Jules Nadi, l’Orient était à l’honneur avec de superbes danseuses exécutant les danses du ventre. Sans oublier les fanfares, bandas et autres formations qui chacune de leur côté déambulaient et animaient progressivement la cité.

17 h 00 : l’heure est arrivée. Celle du grand défilé et du procès déambulatoire. Tiré par ses créateurs, l’infâme personnage est promené dans la vieille ville et est soumis aux sifflements et moqueries de la foule. Autour de lui, les formations précédemment citées mais aussi toutes les personnes déguisées, des pirates, des oursons, des pingouins, des clowns. L’instant d’un moment, on se serait même cru à Venise avec Marie-Jo et ses amies.

Le maire Henri Bertholet en était conquis. « Quel travail ! ». Peu de personnes ont remarqué les matières premières utilisées (voir notre édition du vendredi 27 février). Et pourtant, c’est à en rester bouche bée. Ces belles dames, si gracieuses, ajoutaient ainsi une touche de charme dans le paysage. Finesse, élégance, beauté, belle rencontre ! Quel dommage de ne pas voir le dessous de leurs masques. C’est aussi cela un carnaval : voir et ne pas voir. Tout se transforme et tout n’est qu’illusion.

Sur les quais de l’Isère ou dans les rues, la foule était impressionnante. En tête du cortège, Séverine sur ses échasses tape sur son tambourin et mobilise les spectateurs. Ce sont aussi ses poursuivants qu’elle mène à la baguette. Derrière, de nombreux musiciens tous costumés appellent eux-aussi à la fête.

Attention aux tigresses…

Derrière eux, l’hideux Carmentran se fait tirer par ses créateurs, non attristés par ailleurs. Dur et lourd est de le tirer ou de le freiner dans les pentes du centre ancien. Derrière lui, les chars de la compagnie Malabar. Certains émettent de la musique. L’un est une cage aux rideaux rouges, sur laquelle est perchée Persée, une très belle femme accompagnée de deux guerriers. Belle mais aussi méchante. On dit qu’il s’agirait d’une sorcière. À l’intérieur de la cage, de très jolies femmes habillées en tigresse charment le passant et lui donne l’envie de grimper ces côtés. Prudence.

Un char en cache un autre. Derrière celui-ci, une pieuvre géante fait son apparition. La légende dit par ailleurs qu’il s’agissait d’une très jolie femme autrefois. Cette dernière ne peut désormais que charmer les fonds marins.

Les chars défilent tour à tour. Une femme vêtue d’une immense robe blanche défile parmi eux. On y retrouve également nos belles cochonnes sur leurs échasses, les samouraïs et les momies. Se joignent à eux les maisons des quartiers, les associations et tous les spectateurs qui ne le sont pas vraiment, mais véritablement acteurs comme tous les autres.

« J’accuse Carmentran d’avoir inventé Sarkoland, terre d’injustice sociale et de précarité ». 10 doléances ont suffi pour le faire plonger. Dans leurs mégaphones, le juge et l’accusation Maître T’as Gueule n’en ont fait qu’une bouchée. L’avocat de la défense ne savait quoi dire. Accusé de tous les maux, il ne pouvait de toute façon n’être que coupable.

Un final étincelant

Puis, vers 18 h 30, alors que les cloches de l’église Notre-Dame-de-Lourdes sonnaient, la foule s’est petit à petit massée place Jean-Jaurès. Peu à peu, ont pris place les chars, les artistes de la compagnie Malabar et l’accusé Carmentran. Commença alors sous des faisceaux de lumières verts, rouges et violets, un somptueux spectacle que bien des personnes ne pouvaient voir. Mieux valait être dans les premiers rangs pour le voir dans son intégralité. Heureusement, le spectacle se déroulait également dans les airs, avec au programme des acrobaties sur des trapèzes, sur des airs parfois rock’n roll. Sur le thème du voyage et le fameux « Lâchez la pression », les aventures d’Ulysse et de l’Odyssée d’Homère étaient contées. Talents conjugués, l’art de la pyrotechnie, les 26 comédiens de la cie et les 150 choristes de l’ensemble vocal créé pour l’occasion ont mis fin aux jours comptés de l’affreux Carmentran. Les tentacules de la pieuvre mettent le feu au condamné. La sentence était tombée. Elle a enfin pris effet. Un spectacle qui allait crescendo. Il ne reste maintenant que quelques braises sur le sol. Le vent transporte encore vers la foule de maigres lambeaux du condamné, la pression retombe. Mais l’heure reste à la fête.
Ambiance de tonnerre sous le chapiteau

Dès 19 h 30, après un passage rapide aux stands des associations, direction le chapiteau installé place du Champs-de-Mars. Qui dans un premier temps, a accueilli la Trad des violons. Sur des airs irlandais, ils ont fait danser le public. Chaussures cirées s’abstenir, poussière oblige. Mais qu’importe, le plaisir était là et petit à petit, tout le monde entrait dans la danse. Les chaises installées s’éclipsaient peu à peu pour ne laisser plus qu’une piste de danse.

Plus tard dans la soirée, l’Impérial Kikiristan a fait trempler le public. Avec ses airs rock’n’roll ou reggae, avec leur anglais, leurs cuivres et leurs morceaux chorégraphiés, chacun ne pouvait que lever les bras, allumer son briquet, danser et se laisser aller.

Les premières estimations atteignent les 18 à 20 000 personnes. Pour sûr, il y avait du monde et le soleil était de la party. Des ingrédients qui ont permis à ce beau carnaval coloré de surfer sur la vague du succès. Et parmi les carnavaliers, on ne venait pas seulement des contrées romanaises mais aussi d’un peu plus loin, comme de Nice par exemple. A croire que leur carnaval ne leur suffisent plus.

“Un Carmentran qui appartient à chacun”

Carmentran. Seulement trois syllabes, quelques minutes pour partir en fumée et être réduit en cendres, mais surtout beaucoup de travail. Un travail confié pour la troisième année consécutive à deux plasticiens de Saillans, David Frier et Céline Caraud, aidés de « Capitaine » Denis. Fait de carton et d’une armature métallique, il a été réalisé en fonction de son socle et de son char. Du haut de son 5 mètres 20 (câbles de la ville obliges !) et de ses 405 kilos, il est mi-homme, mi-bête. L’idée de bestialité était au cœur même de sa conception.

Samedi, bien des personnes se demandaient à qui il pouvait bien ressembler. A tout ! Votre patron, le percepteur des impôts,.. à qui vous voulez ! Du moment où vous ne l’appréciez pas et que vous souhaiteriez qu’il soit brûlé.

18 jours de construction et près de 15 000 agrafes (soit autant de coup de poignets), il n’a finalement pas fait long feu. (sans aucun jeu de mots, bien entendu !).

AURÉLIEN TOURNIER

Article publié sur drome-hebdo.fr le lundi 2 mars 2009

Retrouvez des photos sur : http://www.drome-hebdo.fr/2009/03/02/romans-sur-isere-souvenirs-d%e2%80%99instants-magiques/

Regards sur le carnaval

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En surfant sur le web, on apprend de nombreuses choses sur le carnaval. Que ce soit les plus célèbres, tels que celui de Rio de Janeiro, Venise ou Nice, ou bien encore celui de Romans. Certaines personnes rappellent souvent qu’il faut davantage se méfier des informations que l’on peut y trouver, mais celles-ci se révèlent néanmoins exactes. Des livres en ont d’ailleurs fait l’objet et des études ont même été menées.« Carna-val », « carne vale ». Étymologiquement, cela veut dire « ôter la viande ». L’événement doit donc son nom à cet adieu à la bonne chère en temps de carême. D’ailleurs, les trois jours précédents le mardi gras sont appelés Carème-entrant ou Carmentrant en patois romanais. Ce mot vous rappellerait-il quelque chose ? Et si on cherche d’autres éléments dans l’histoire des carnavals romanais d’antan, on se rappelle que l’un d’entre eux porte tristement le nom de « carnaval sanglant ».

Au XVIe, carnaval est l’occasion des reynages (confréries de métiers) où l’on désigne, dans les chants et l’ivresse, un roi de la fête qui dynamise les foules. En 1579, Romans est encore protégée par ses remparts. D’un côté, les paysans qui crient misère, et de l’autre des commerçants déstabilisés par les guerres de religion. Dès lors, l’explosion des paysans est rapidement relayée par les citadins. De la simple diminution des impôts, les révoltés en exigent bientôt la disparition, impôt dont la noblesse est exemptée. En 1580, déçus par une année de combat contre la noblesse et la bourgeoisie qui ne leur a rien apporté, les artisans et paysans manifestent leur révolte dans les rues de la ville en brandissant épées. Les notables choisissent de répondre en jouant le jeu du carnaval. Pour intimider les révoltés, ils se déguisent en roi, archevêque ou « soldat suisse ». La nuit précédent le mardi gras, des artisans ainsi que leur chef de file furent massacrés par ces derniers.

C’était il y a bien longtemps. Pour 2009, le jour J approche à grands pas. La suite d’une longue série d’actions, menées déjà il y a quelques semaines, ne serait-ce que par les matchs d’improvisation, les stages proposés aux particuliers, des ateliers, etc. Costumes, masques et plumes, un peu de rêve dans une actualité morose.

Demain samedi, l’aspect historique ne sera pas à l’ordre du jour. Peu de personnes y penseront. Tous les regards se tourneront vers la fête, les couleurs flamboyantes des costumes, des décorations installées dans la ville ou vers Carmentran accusé de tous les maux, dans un joyeux délire collectif.

L’heure est enfin arrivée pour lâcher cette fameuse pression…

Aurélien TOURNIER

Article paru dans Drôme Hebdo – Edition du 27 février 2009 et publié sur drome-hebdo.fr

http://www.drome-hebdo.fr/2009/02/28/pays-dauphinois-23/

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