Cette année, l’armée de terre aura enrôlé 15 000 recrues : 13 000 militaires du rang, 1 500 sous-officiers, et 500 officiers. Soixante-dix jeunes du département ont décidé de s’engager. L’adjudant-chef Fabrice Chêne, chef du Centre d’information et de recrutement des forces armées (CIRFA) de Bourg-en-Bresse, évoque les motivations de ces engagés, leurs profils. Selon lui le lien entre le peuple et son armée reste fort.
- Soixante-dix jeunes de l’Ain se sont engagés cette année dans l’armée de terre. Est-ce plus ou moins que les années précédentes ?
- À une ou deux personne(s) près, c’est sensiblement le même nombre de recrues qu’auparavant. Et l’an prochain, nous devrions proposer environ 70 postes.
- Avez-vous reçu plus de candidatures du fait de la crise économique et du fort taux de chômage des 18-25 ans ?
- Le chômage est moins important dans l’Ain que dans d’autres départements. Néanmoins, cet été on a vu arriver pas mal de jeunes diplômés, disposant soit d’une licence, d’un master ou plus. Ils recherchent des postes d’officiers, ce que l’on voyait moins dans le passé. Nous avons accueilli 250 personnes cette année. Certaines ont simplement cherché des informations, d’autres ont déposé leur candidature.
- L’Armée n’est-elle pas un refuge quand l’économie va mal ?
- L’Armée est l’un des tout premiers pourvoyeurs d’emplois aujourd’hui. Mais on ne peut pas dire que c’est un refuge en période de crise. Les jeunes sont intéressés par les perspectives de carrière que l’Armée offre. Nous recrutons des gens motivés.
- La professionnalisation rend-elle l’Armée plus exigeante sur les profils des recrutés ?
- Nous recrutons tous types de profils, des jeunes âgés de 17 à 25 ans, soit sans diplôme, sans qualification, ou au contraire ayant fait de longues études après le baccalauréat. Tout le monde a sa chance.
- Quelles sont les motivations des candidats ?
- La majorité des jeunes qui s’engagent veut voyager, intégrer un cadre structuré, faire un métier exaltant. C’est pourquoi ils sont nombreux à vouloir entrer dans l’infanterie, dans des unités de combat.
- Sont-ils conscients que leur engagement peut s’avérer périlleux ?
- Partir en mission sur des théâtres d’opérations « chauds » fait partie des risques du métier. Mais ce n’est pas plus périlleux que les sorties de boîtes le dimanche matin, qui sont statistiquement plus mortelles.
- Quelles sont les étapes du recrutement ?
- Chaque candidat est reçu lors d’un premier rendez-vous par un recruteur. Il lui explique pendant une heure environ ce qui l’attend. Après cet entretien, si le jeune est intéressé, il pose sa candidature. Ensuite, il est invité à se rendre à Lyon, au Quartier Général-Frère où pendant 48 heures, il subira des tests d’évaluation, psychotechniques, sportifs, médicaux, gestion du stress, etc. Le candidat sera reconvoqué pour un entretien d’orientation. En fonction de ses résultats aux tests, de ses souhaits, il choisira un poste. Dans l’Ain, nos candidats réussissent assez bien ces étapes de sélection. C’est un bon vivier de recrues pour l’Armée.
- Le Gouvernement a lancé un débat sur l’identité nationale. L’honneur de servir le drapeau français est-il un motif d’engagement plus fort que la recherche d’un emploi sûr ?
- L’engagement patriotique reste fort dans la démarche des candidats. Certains de ceux que nous accueillons au centre nous ont dit qu’ils songeaient depuis l’enfance à intégrer l’Armée. Les manifestations publiques, comme celle qui s’est déroulée récemment à Meximieux, montrent l’attachement de la population à ses armées en particulier à l’armée de terre. Surtout dans l’Ain, avec les bases de La Valbonne et d’Ambérieu-en-Bugey.
Propos recueillis par
Philippe Cornaton