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Jacques Munier est le directeur de la centrale nucléaire du Bugey. Une centrale qui n’a connu en 2009 que trois arrêts automatiques de réacteurs. Un record !
- Quelle a été la production de la centrale en 2009 ?
- Depuis sa mise en service (1978-1979), la centrale du Bugey a produit 724 milliards de kilowattheures (KWh) soit l’alimentation de toute la France en électricité pendant plus de 16 mois. En 2009, nous avons produit 20,87 milliards de KWh. C’est un petit peu moins que nos prévisions (environ 24 kWh).
- Comment expliquez-vous cette baisse de production ?
- Deux causes en sont à l’origine, le traitement de l’aléa technique survenu sur un générateur de vapeur de l’unité n° 3 et les perturbations sur les arrêts pour maintenance liées aux mouvements sociaux.
- Vos résultats en matière de sécurité sont-ils conformes aux objectifs fixés ?
- Nous sommes fiers car la plupart des résultats concernant la sûreté, la sécurité et la radioprotection sont très souvent les meilleurs que nous ayons connus depuis 30 ans d’exploitation. L’année 2009 a été marquée par l’exercice de sûreté nucléaire organisé le 26 mars par la préfecture de l’Ain et les services de l’Etat concernés. Notre site a poursuivi ses actions pour améliorer l’exploitation de ses installations notamment le plan de réduction des arrêts automatiques de réacteurs. En 2009, la centrale du Bugey a battu son record en ne réalisant que trois arrêts automatiques de réacteurs. Enfin, 29 événements significatifs ont été déclarés auprès de l’Autorité de sûreté nucléaire. Et je précise que ces événements n’ont eu aucun impact sur la sûreté des installations.
- Malgré tous vos efforts en matière de sécurité, comprenez-vous encore les craintes de certains riverains ?
- Nous travaillons en permanence pour faire de la prévention sur la technique, la formation, les procédures… Voilà pourquoi les événements (incidents) sont rares. Mais lorsqu’ils arrivent, nous avons conçu le système, les installations et entraîné les gens pour les gérer de façon à ce qu’ils ne génèrent aucun impact.
- Où en est le dossier du site d’entreposage des déchets nucléaires (ICEDA) ?
- Nous attendons au premier semestre le décret d’autorisation de création. La construction d’ICEDA devrait ensuite démarrer. Nous espérons une mise en exploitation en 2013. Sur le sujet, je répète qu’ICEDA va servir à entreposer provisoirement des déchets. ICEDA répond à l’ensemble des normes très strictes d’environnement, de sécurité et de sûreté comme toute installation nucléaire. Tout ce qui est fait sur ce dossier est réalisé avec le même niveau de rigueur que pour une centrale nucléaire.
- Cette année, la centrale prépare sa visite décennale. En quoi cela consiste-t-il ?
- La visite décennale consiste en un « check-up » complet des installations, au bout de dix années d’exploitation sous le contrôle de l’autorité de sûreté nucléaire. A cette occasion, les installations sont contrôlées de manière exhaustive et des modifications sont réalisées pour amener le réacteur au niveau du standard de sûreté le plus récent. Cela représente 6 mois de travaux et l’intervention de 1 000 à 1 500 prestataires sur le site.
- Entretenir une centrale revient-il moins cher qu’en construire une nouvelle ?
- Tout le monde a intérêt à ce que les centrales durent le plus longtemps possible à condition que la sûreté soit irréprochable et qu’on les entretienne régulièrement. Le coût d’une nouvelle centrale (type EPR) est d’environ 4 milliards. Le coût pour l’ensemble des travaux en 2010 pour la centrale du Bugey est d’environ 350 millions d’euros (y compris la visite décennale).
- Prolonger la durée de vie d’une centrale la rend-elle moins sûre ?
- Il ne faut pas comparer une centrale nucléaire avec une voiture. Une voiture, on sait au bout d’un certain temps que cela va coûter plus cher de la réparer que d’en changer. Dans une centrale, hormis les installations de base, comme l’enceinte de confinement ou la cuve du réacteur, on peut tout changer. Et si l’on compare l’état de sûreté de la centrale aujourd’hui et il y a 30 ans, les indicateurs de sûreté sont bien meilleurs. Mais c’est normal, nous avons fait des progrès.
- Combien d’années d’exploitation reste-t-il pour la centrale du Bugey ?
- La tranche 2 est la première à arriver au stade des 30 ans. Notre objectif est de redémarrer pour les 10 ans à venir. Ensuite, nous allons continuer d’étudier les dossiers pour aller au-delà de ces 40 ans. A titre d’exemple aux USA, les centrales du même type ont des licences d’exploitation pour 60 ans (pour Bugey cela pourrait porter l’exploitation jusqu’à 2038).
Propos recueillis par
Ghislain Gros