•  GARAY Corinne • Mercredi 3 mars 2010 à 0h00

OYONNAX - Do you know Nasreddine ?  : contes universels

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Sur le plateau du petit théâtre, l’ambiance est studieuse. Sophie Haudebourg jongle entre son rôle de metteuse en scène et celui de comédienne sur le plateau. Tantôt elle dirige Cibèle Calvat et Gérard Santonja… tantôt elle endosse un costume et métamorphose son visage d’un postiche.

Sous nos yeux, naît « Do you know Nasreddine », une création du Théâtre du bord de l’eau, compagnie installée en résidence à Oyonnax. Le filage du jour sans décor est essentiellement consacré aux enchaînements des scènes, des enfilages de costumes, des raccords d’une histoire à l’autre… Suivront quelques répétitions sur le grand plateau avec décors et lumières.

Une trentaine d’histoires

Car ce sont des histoires que ces trois comédiens dans la vie et sur le plateau vont inviter le spectateur à découvrir sur la scène du Grand théâtre du centre culturel Aragon. Quittant leur rôle de comédiens, ils deviennent tour à tour des personnages qui nous conduisent dans les méandres d’une trentaine d’histoires où Nasreddine Hodja, conteur commun à de nombreuses traditions orientales, est le héros.

Ce travail prend appui sur une collecte réalisée dans les quartiers auprès des habitants qui de leur enfance en Turquie, de leur vie passée au Maghreb… ont rapporté avec leur culture des souvenirs de contes… d’histoires drôles… Des histoires courtes où Nasreddine, Mullah Nasruddin ou Afindi… c’est selon, incarne toujours le personnage central.

Familier des personnes de culture musulmane, ce Nasreddine Hodja est un très beau personnage qui aurait existé au XIIIe siècle en Turquie et auquel la tradition prête plus d’un millier d’histoires. Choisi comme emblème de l’Unesco en 1998, ce héros s’invente toujours dix siècles après sa mort à travers des paraboles où il figure en première place. Souvent incarné sur son cheval, un gros turban sur la tête, « cet ancêtre du clown est un guide d’une belle pureté de ligne » selon Gérard Santonja.

Tantôt fou, tantôt sage, ce personnage né de la tradition du Soufisme est ici revisité par cette troupe française.

Un vrai miroir de nous-mêmes

Sophie, Gérard et Cibèle ont retenu une trentaine d’histoires : le juge et le restaurateur, la voisine, Renata la conférencière, Aïcha la voisine, l’iman et le mendiant… ou Abdallah la marionnette… Autant de saynètes où l’on découvre avec les outils du théâtre, l’épaisseur et l’humour de ces histoires.

Pour Cibèle, c’est un personnage renversant : « il est toujours là où on ne l’attend pas ! » Pour Gérard c’est un fou de Dieu, qui fustige la religion, l’ordre à la manière d’un clown tantôt irrévérencieux et parfois déférent. Il nous montre combien l’homme est l’ennemi de l’homme sur la route du bonheur… Il est finalement un vrai miroir de nous-mêmes.

Au contact de la population des quartiers encouragée dans le cadre du CUCS de la ville, la Compagnie a collecté certaines de ces histoires mais aussi découvert des gestes du quotidien et finalement puisé à la source toute l’universalité de ces petites histoires du quotidien.

Nasreddine sera-t-il le sésame ?

Ni caricature, ni naturalisme dans leur travail mais bien au contraire cette dimension d’universalité et d’intemporalité d’une œuvre. « Nasreddine n’appartient à personne. Il est a tout le monde », se convainc Gérard Santonja.

Dans les quartiers, sur le marché où, pendant la fête de l’hiver, la compagnie a déjà produit quatre autres petites formes de spectacles, les femmes des quartiers ont été nombreuses à venir découvrir ce Nasreddine. La dernière soirée en centre social s’est conclue dans une sorte de jeu où même le public partageait ses histoires pour faire gagner des points aux comédiens… Un essai qu’il aimerait transformer… espérant voir venir les habitants des quartiers jusqu’au grand théâtre, un équipement qui les intimide et leur fait peur.

Nasreddine sera-t-il le sésame ? Gérard Santonja, le directeur de la compagnie, reste confiant, « les personnes qui nous ont suivis sont déjà venues 4 fois… pourquoi pas pour cette 5e étape de notre travail !  », espère-t-il.

S’ils devront faire leur preuve devant ce public des quartiers, les comédiens savent aussi qu’ils passent aussi leur « examen d’entrée » après cette première année de création en résidence à Oyonnax. « Nous avons de la pression, car la municipalité nous a fait confiance. C’est une première année où l’on essuie les plâtres, on apprend à se connaître, les gens ne nous connaissent pas… ils nous attendent », et ne demandent qu’à se laisser emporter dans ces contes…

Corinne Garay

Jeudi et vendredi 12 mars à 20 h 30 au grand théâtre. Durée : 1 h 30.

Plein tarif : 12 €, tarif réduit : 10 €, moins de 26 ans : 7 €.

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