Pas de légende pour cette photo
L’Ain vient de perdre l’une de ses dernières grandes figures de la Résistance, des maquis de l’Ain et du Haut-Jura. Marius Roche, compagnon d’armes du colonel Romans-Petit, est décédé vendredi 11 juin à Bourg-en-Bresse à l’âge de 89 ans. Tous ceux qui ont eu le privilège de côtoyer l’homme, d’être reçus chez lui, se souviennent de l’exactitude qui était la sienne à l’évocation des faits de Résistance, mais aussi de ses passions multiples, pour l’architecture dont il fit son métier, l’histoire, l’aviation et les siens. De sa haute stature toujours élégante, il dégageait un incroyable charme et c’est toujours avec un regard pétillant qu’il évoquait sa vie. Une vie d’engagements. Ni tiède, ni neutre.
Résistant de la première heure
À la première heure, Marius Roche avait pris le maquis avec son frère jumeau Julien en 1943. Le 20 juin 1943, le capitaine Moulin qui deviendra le capitaine Romans, l’intègre avec son frère à son PC de la ferme des Gorges où naîtra la première école des cadres des futurs chefs de maquis. Nommé chef de section, sous les ordres de Pierre Marcault, le 13 août 1943, il participe à de nombreuses actions du groupement sud à l’origine des futurs « Maquis de l’Ain ». Son combat, il l’expliqua inlassablement aux jeunes générations : « Ce n’est pas contre un peuple que nous nous battions, mais contre une idéologie qui était le nazisme. »
La perte du frère jumeau
Ce jeune homme fougueux, né à Villieu en 1921, était pupille de la nation. Son père était décédé des suites de blessures pendant la Première Guerre mondiale. « Notre génération a été nourrie par les récits des survivants de ce carnage. Cela a éveillé en nous un civisme patriotique. Nous n’avons pas supporté que ceux qui dans notre jeunesse nous avaient montrés du doigt, « l’Allemand », comme ennemi héréditaire de la France », se rallient à l’État collaborationniste de Pétain. On a payé cher notre engagement. « J’ai laissé mon jumeau dans la bataille », nous confiait-il en 2007.
Dans ses combats de haute lutte contre l’occupant, Marius Roche connut en effet le drame de sa vie : la perte de son frère Julien. Ce dernier mourut au combat le 8 février 1944 à la ferme de la montagne à l’Abergement-de-Varey. Pionnier des maquis de l’Ain aussi, il avait été nommé chef de section en août 1943 et affecté au poste de commandement départemental des maquis.
Quelques mois auparavant, le 11 novembre 1943, c’est encore au côté de Julien, portant une gerbe, que Marius défilait avec 122 audacieux maquisards devant le monument aux Morts d’Oyonnax. Le pays était sous occupation allemande. Malgré la mort d’un frère, il resta fidèle à son combat et à ses frères d’armes de l’armée des ombres. Jusqu’à la libération, il fut actif au sein du maquis.
Radical de gauche
Côté politique, son cœur resta fidèle toute sa vie au parti radical de gauche : le MRG puis le PRG. En 1959, il rejoignit le député maire socialiste Amédée Mercier, et fut 5e adjoint au maire. En 1977, Il deviendra adjoint au maire chargé des travaux sous la mandature de Louis Robin.
L’aviation fut l’une des grandes passions de sa vie. Parler aviation lui donnait des ailes. Il fut un actif président de l’aéro-club de Bourg fondé en juillet 1930. Il fut aussi l’un des initiateurs de l’aérodrome « Terre des Hommes ». Il s’intéressa à l’aviation comme pilote et historien. On lui doit en 1997, un magnifique ouvrage « Des ailes et des Hommes » en association avec François Chaume et Claude Garbit et le comité d’histoire de l’aviation des Pays de l’Ain (CHAPA) qu’il présida. Un comité qui s’était fixé pour première tâche de rassembler, répertorier, recouper tous les documents ou témoignages concernant les débuts, puis l’évolution de l’aviation dans l’Ain. Toujours une même rigueur pour les faits et un attachement au passé. La Mémoire, Marius Roche l’entretint aussi à la tête du comité du monument du Val d’Enfer à Cerdon, qu’il présida avec fidélité.Homme au passé glorieux, salué pour son courage, sa rectitude et ses engagements suivis, Marius Roche n’en était pas moins un homme attentif à l’avenir. Nous l’avions interrogé en 2007 pour le 60e anniversaire du 11-Novembre-1943. Du haut de ses 82 ans, il nous avait livré un message d’avenir bienveillant : « J’ai totalement confiance en la capacité de réaction et de résistance de la jeunesse d’aujourd’hui. Vous savez, je trouve que la France a une belle jeunesse ! »
À son épouse Dany, à ses deux enfants Julien et Madeleine, Voix de l’Ain adresse ses plus vives et attristées condoléances.
Corinne Garay