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« Nous, on ne veut pas casser, on ne veut pas embêter les gens en bloquant les routes. On veut surtout montrer notre désarroi. » Les producteurs de lait sont à la peine. Ils se retrouvent en opposition avec quatre grands groupes industriels laitiers, Lactalis, Bongrain, Bel et Sodial. « Le secteur a connu une période difficile l’année dernière, explique Gilles Brenon, secrétaire général de la FDSEA. Maintenant que la situation s’améliore, et que l’on peut envisager une hausse des prix, ces groupes ne jouent pas le jeu. »
Grande fatigue
Pascal Blanc est producteur de lait à Sandrans. Il était avec tous ses collègues dans les supermarchés de Bourg, vendredi dernier, pour boycotter les fromages de trois groupes, La Vache qui rit et Babybel (Bel), Caprice des Dieux (Bongrain) et le camembert Président (Lactalis). « On ressent une grande fatigue, avoue-t-il. Il a fallu, pour maintenir nos revenus, augmenter considérablement la production de lait. On produit aujourd’hui 800 000 litres contre 75 000 il y a quelques années. On fait en sorte que le revenu ne faiblisse pas. Mais on a une charge de travail telle que beaucoup d’entre nous ne tiennent plus le coup. » Romain Schiari, vice-président de la section laitière de la FDSEA, adore son métier, lui qui y est rentré « par passion ». Mais une telle situation ne peut que le désoler : « Vous connaissez beaucoup de professions où l’on accepte de travailler sans connaître le salaire ? C’est pourtant notre cas. Nous discutons encore les prix du lait pour le mois de juillet, je ne sais pas combien cela va me rapporter.
Une présence « primordiale » auprès des clients
« Même si le prix du lait a globalement augmenté, les pertes nettes font qu’il nous faudra des années pour respirer à nouveau. On est comme sous perfusion », enchérit Pascal Blanc.
Les producteurs ont vérifié l’absence des produits dans les magasins Carrefour, Leclerc et Casino de Bourg. « Si les magasins ont joué le jeu, nous ne faisons que discuter avec les clients, les informer », explique Gilles Brenon. Si beaucoup regardent l’agitation dans le rayon sans trop y attacher d’importance, certains s’arrêtent pour parler au groupe. « Le problème est que lorsque nous faisons nos courses, la première chose que l’on regarde, c’est les prix, admet une cliente du magasin. Mais c’est important de faire vivre nos producteurs. »
« Dans ce genre d’opérations, très peu de personnes viennent nous voir sur le moment, relativise Romain Schiari. Ils se demandent ce qu’il se passe. Mais ils iront toujours sur un site internet, ou dans leur journal, vérifier ce que c’était. Notre présence est donc primordiale. »
Une nouvelle action mardi
Mercredi dernier, à l’invitation de la FRSEA, les producteurs de lait de l’Ain sont revenus à la charge pour une nouvelle opération de déréférencement du lait Candia, dans plusieurs grandes surfaces burgiennes, distribué par un 4e groupe : la coopérative Sodiaal. Un autre petit groupe de producteurs laitiers a effectué la même opération dans les grandes surfaces d’Ambérieu-en-Bugey, ce même jour. Mercredi, en début d’après-midi, une délégation était également reçue en préfecture de l’Ain.
Le désarroi est total pour les producteurs laitiers : « Après quelques jours de mobilisation et l’appui des médias, rien ne bouge et ces industriels continuent la provocation », estimait-on mercredi du côté de la FDSEA et des jeunes agriculteurs.
Désormais, l’avenir des producteurs dépendra de l’avancée des négociations avec les groupes industriels. « Nous sommes prêts à aller plus loin si la situation stagne, avance Romain Schiari. Nous nous battrons pour ne plus avoir de pertes. » L’objectif des producteurs est la mise en application des tendances dès le 3e trimestre 2010.
David Leduc
et Corinne Garay