•  GUERIN Caroline • Dimanche 15 août 2010 à 0h00

JUJURIEUX - Soieries Bonnet : une histoire au fil du temps

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Les Soieries Bonnet, fondées par Claude-Joseph Bonnet, sont nées à Lyon en 1910 et s’installaient à Jujurieux vingt-cinq ans plus tard. Elles célébreraient donc cette année leur 200e anniversaire si l’entreprise n’avait dû fermer ses portes en 2001. L’occasion pour le musée de présenter une exposition qui revient sur ces deux siècles d’histoire. Une rétrospective qui évoque autant la vie à l’intérieur de l’usine, la forte empreinte de cette entreprise sur la commune et le territoire, et les évolutions de fabrication qui ont suivi les évolutions techniques et de la mode.

L’empire des étoffes, 200 ans d’épopée textile, est scindé en deux parties. Dans Trames de vie, l’exposition aborde l’histoire de l’usine-pensionnat de Jujurieux. Une manufacture qui embaucha en 1900 jusqu’à 2 000 personnes, 1 200 sur le site même et 800 à domicile. L’entreprise a marqué la vie d’un territoire entier, fournissant un emploi à de très nombreux habitants. Les internes, des jeunes filles âgées souvent de 13 à 20 ans, et qui étaient encadrées par des religieuses, trouvaient tout ce dont elles pouvaient avoir besoin dans l’entreprise. Les externes bénéficiaient aussi des nombreux services fournis par les Soieries : crèche garderie, infirmière et médecin (les visites médicales étaient gratuites à l’intérieur du site pour les employés, à moitié prix dans le village), magasin proposant des produits achetés à l’extérieur mais aussi de la viande produite et abattue sur place, du pain, des fruits et légumes cultivés sur le site, du café torréfié à Jujurieux…

Nombreux métiers

De très nombreux métiers se sont côtoyés dans cette manufacture : électricien, zingueur, mécanicien… De cette organisation économique, mais aussi sociale, morale et religieuse, restent de nombreux témoignages : registres des internes, graffitis écrits par les pensionnaires et qui peuvent être entendus sur l’exposition, de nombreuses photographies des employés, de leurs enfants, les carnets des personnes travaillant à leur domicile, divers objets, des règlements internes… Les employés avaient la possibilité de louer des maisons construites par les Soieries Bonnet, dans la Cité (lotissement) de la Courbatière, dans celle de Roussillon. Ils pouvaient aussi exploiter les jardins ouvriers de l’entreprise, et une partie du cimetière leur était réservée.

Tissus et créations

Trames de soie évoque les fabrications d’une entreprise dont le savoir-faire et la qualité ont été reconnus tout au long de son existence. Les récompenses reçues par ses différents dirigeants ou au cours des expositions universelles en sont un témoignage. Tout d’abord spécialisée dans le noir uni, en taffetas, satin ou faille, la maison Bonnet a su faire évoluer sa production au gré des évolutions techniques et de la mode. Ici, des pièces de tissus dont certaines que le public peut toucher sont montrées. Le tissu fabriqué à Jujurieux était vendu dans les grands magasins et les réclames vendaient la qualité de ces étoffes. Certaines ont d’ailleurs été déposées auprès du tribunal de commerce de Lyon. Après la mort du fondateur, ses petits-fils se tournent vers le tissage mécanique et avec lui d’autres savoir-faire. Des dessinateurs sont alors sollicités afin de réaliser les esquisses qui serviront de base à la production. La couleur, les motifs font leur apparition dès 1880. Une esquisse, la mise en carte et le tissu “roses trémières” présenté à l’Exposition universelle de 1900, sont exposés. Des échantillons, nuanciers aux couleurs chatoyantes, sont également montrés. La haute couture achèvera de donner ses lettres de noblesse à la maison Bonnet, dès 1894, avec le tissu aux hirondelles, puis jusqu’en 2001. Des robes de différentes époques, des tissus fabriqués pour de grandes occasions, des chapeaux, des cravates dont certaines portant le slogan : More than ever I like Ike (pour la campagne électorale d’Ike Eisenhower aux États-Unis en 1956), des esquisses des années 60, sont aussi visibles. Ainsi que des foulards, la dernière collection de tissus produite en 2001 et qui ne fut jamais diffusée, ou encore les tenues réalisées par de grands couturiers avec des tissus issus des ateliers des Soieries Bonnet.

Caroline Guérin

L’empire des étoffes, 200 ans d’épopée textile aux Soieries Bonnet. À Jujurieux, Soieries Bonnet. Jusqu’au 30 septembre pour le grand public, jusqu’au 31 octobre pour les groupes. Tél. 04 74 36 86 65. www.ain.fr

Visite commentée 4,50 €/3,50 € (enfant)/ gratuit – 13 ans. Exposition seule 2 €/1 € (enfant)/ gratuit – 13 ans. Entrée gratuite pour les détenteurs du passeport des musées départementaux. Des démonstrations de tissage sont effectuées tous les mardis, jeudis et vendredis après-midi, samedi 18 et dimanche 19 septembre.

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