Pas de légende pour cette photo
Si la fête de l’agriculture a séduit par son organisation sur plus de 20 hectares et par la qualité du concours de labour, dimanche à Saint-Didier-d’Aussiat, les agriculteurs n’ont surtout pas manqué l’occasion d’interpeller les politiques. « On dit que cette journée est la rentrée syndicale mais pour des agriculteurs, il n’y a pas eu de vacances », lance Adrien Bourlez, président des jeunes agriculteurs (JA). Sur fond de crise, élus et représentants de l’Etat auront reçu le message. « Prix des matières premières, volatilité des prix, Europe, politique agricole commune… Tous ces chantiers sont devant nous, poursuit Adrien Bourlez. Mais ces sujets sont d’actualité depuis que je suis jeune agriculteur ! Concernant le lait, la profession a eu gain de cause mais avec quelle débauche d’énergie. Nous ne sommes pas des traders mais des agriculteurs ! ».
Vigilants pour l’avenir
David Laffont, président des JA de Rhône-Alpes, évoque un « monde agricole bouleversé par certaines activités économiques » et explique que les « agriculteurs ont pris les consommateurs avec eux pour faire plier certains industriels ». Daniel Martin, de la FDSEA (Fédération Départementale des Syndicats d’Exploitants Agricoles), note que cette fête est « l’occasion de rappeler l’importance de la place de l’agriculture et de quelques dossiers d’actualité ». S’il commence par évoquer le plan d’aide de l’Etat de 18 millions € obtenu dans l’Ain l’an passé (« pouvant être jugé comme insuffisant »), Daniel Martin évoque ensuite pêle-mêle plusieurs dossiers. La prochaine nouvelle loi d’organisation agricole tout d’abord « avec des outils et des règles pour faire face à la libéralisation des marchés » espère le représentant syndical. Puis le lait : « Nous nous sommes battus. 31 € la tonne, c’est une véritable victoire même s’il faut rester vigilant à l’avenir ». La chrysomèle ensuite « avec 20 foyers en Rhône-Alpes et la promesse d’une gestion collective avec un plan d’endiguement en Rhône-Alpes plutôt que les opérations réalisées l’an passé ». Daniel Martin poursuit avec le dossier des gens du voyage « qui s’installent dans les champs notamment dans la Plaine de l’Ain par un manque d’aire d’accueil » puis rappelle le « problème des sangliers et de leurs dégâts énormes » et enfin « des retraites scandaleusement basses et qui ne suivent pas le reste des régimes ».
Labours et labeur
Face à cet inventaire non exhaustif des problèmes agricoles, le préfet Régis Guyot reconnaît que « 2010 aura été une année difficile, notamment pour l’installation de Jeunes Agriculteurs mais qu’il y a un travail pour leur permettre de s’installer dans la durée ». Le préfet souligne que « les difficultés de l’agriculture sont même européennes » avant d’expliquer, au sujet du lait, qu’il a « une conscience aiguë de la difficulté qu’ont les producteurs à avoir une rémunération minimum ». Le représentant de l’Etat rappelle que celui-ci a mobilisé « à court terme des crédits importants pour un plan d’aide pour faire passer aux agriculteurs un cap difficile ». Le préfet évoque ensuite la loi de modernisation agricole qui aura notamment pour objectifs de « lutter contre la baisse des revenus agricoles, d’instaurer une politique publique de l’alimentation, de renforcer la compétitivité agricole et d’optimiser le choix des terres qui seront urbanisées avec impact sur les valeurs économiques et agricoles ».
Dans leur ensemble, les élus comme Michel Voisin, Guillaume Lacroix, Jean-Claude Roche saluent cette fête de l’agriculture et expriment l’idée qu’ils se tiennent « à l’écoute des agriculteurs ». Ceux-ci ont bien pris note de tous ces discours avant de saluer les lauréats des concours de labours.
Dans le concours à planche, Thierry Maur s’impose devant Stéphane Baune tandis que le concours à plat est remporté par Mathieu Cormorèche devant Romain Thiévon. Ces quatre-là iront défendre les couleurs du département le 5 septembre prochain à Desaignes en Ardèche pour la finale régionale du concours de labours. Là aussi, les agriculteurs y évoqueront leurs inquiétudes pour l’avenir de leur profession.
Julien Veyre