Pas de légende pour cette photo
Les sols du département n’ont pas fini de nous surprendre : trois nouveaux sites à traces de sauropodes, maillant le territoire, ont été découverts. Ils sont actuellement en cours d’études par la Société des naturalistes d’Oyonnax en attendant la confirmation des scientifiques. Révélations.
Deux dalles mises à jour à Martignat
Trouvés un mois après Plagne par le tandem Patrice Landry et Marie-Hélène Marcaud, les deux sites ont été décelés par une étude sur carte marquant le niveau-repère. Sur la première dalle, située en bord de route, émergeait une empreinte. La SDNO a dégagé 30 à 40 m² de terre à la pelle, mettant à jour d’autres empreintes. Le reste de la dalle a été décapé avec une pelle mécanique prêtée par la mairie. La roche étant friable sur ce terrain, les empreintes ne sont guère spectaculaires.
Un peu plus bas, c’est par un petit chemin herbeux qu’on accède à une grande dalle dégagée en février dernier. Cinq empreintes se suivent, dans une piste difficilement lisible. Une seconde dalle en contrebas laisse apparaître trois empreintes bien nettes. Les propriétaires des terrains, Marcel Jacquand et Jean Cochet, ont participé aux premières fouilles en compagnie de la SDNO.
Hautecourt-Romanèche : une dalle jonchée de pistes
Ici, tout est né d’une balade régulière sur un chemin communal où Pierre Crouzet aimait emmener ses deux filles, sur « les traces de dinosaures de la famille ». Sur l’insistance de ses filles Maylis et Eve, Pierre Crouzet finit par contacter la SDNO en mai dernier. Qui authentifie sans peine la piste érodée, grisée par les années, sur une roche dure. S’ensuit un travail de décapage élargissant la dalle première, d’abord à la mini pelle, puis à la pioche, et qui réunit la SDNO, amis et famille. Trois grandes pistes de traces de sauropodes bien marquées, de plus de 30 mètres, soit une vingtaine d’empreintes chacune, avec des enjambées de 1,50 mètre, apparaissent alors sur une surface dégagée de 15 mètres de large sur 40 mètres de long. Les pieds sont de dimension moyenne : de 40 à 50 cm de long pour 30 à 45 cm de large. Un très beau site, où la roche recèle également des traces de gastéropodes marins, et où le bois environnant offre une possibilité d’extension. Pour le maire, Gérard Brevet : « Il faut avancer avec prudence. Pour la commune, ça va être une découverte importante, même s’il n’y a ici aucune commune mesure avec Plagne. » D’autres décapages et nettoyages auront lieu ici aussi.
Le Petit-Abergement : un site qui interroge
Cette fois-ci, c’est un spéléologue, Bruno Hugon, qui alerte la Société des naturalistes. Le 24 juillet, une équipe de la SDNO se rend au Petit-Abergement pour décaper une dalle de calcaire, copropriété de la commune et de Guy Pesenti, située en bord de route. En tout, ce sont quelque 80 empreintes sur une dalle de 20 mètres par 8 mètres qui sont alors mises à jour par la SDNO et le club spéléologique d’Hauteville. La dalle présente un grain très fin, sur lequel s’ordonnent des empreintes en pistes bien prononcées. La grande largeur de l’écartement entre chaque empreinte, l’absence d’alternance, le pas très court, plus rapproché que les autres pistes déjà mises à jour, tout autant que l’impression de poussée, interrogent les géologues, qui qualifient ce site « d’énigmatique ». A-t-on ici affaire à un varan, aux traces de natation d’une tortue ? Les études complémentaires et l’expertise du CNRS en diront bientôt davantage sur ce site lui aussi daté du Tithonien.
Des sites fragiles en cours d’expertise
Si ces nouveaux sites sont de toute évidence d’une moindre envergure que celui de Plagne, il n’en reste pas moins qu’ils sont susceptibles de fournir des informations complémentaires sur la vie dans la région il y a 150 millions d’années. Pour Patrice Landry, ces nouvelles découvertes pourraient bien également bouleverser les cartographies établies sur la région, en établissant la présence de terres immergées là où les géologues plaçaient uniquement la mer Téthys. Ces nouveaux sites, fragiles, sont en cours d’études complémentaires, et de ce fait non ouverts aux visiteurs. La SDNO lance un appel aux volontaires pour une aide bénévole au dégagement des sites. Et reste à l’écoute de tout nouveau site à découvrir.
Monik Borowitch
Correspondante
Contact : dino-sdno@sdno.asso.fr