•  GARAY Corinne • Mardi 7 septembre 2010 à 0h00

À 90 km/h sur la ligne TGV du Haut-Bugey

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Dans 100 jours si tous les feux sont au vert, la ligne TGV du Haut-Bugey accueillera ses premiers passagers. Moins de trois mois et demi avant cette mise en service nous avons pu embarquer sans billet, sans bagage.

Pas d’appel vocal, ni de petite musique SNCF en gare. Le quai est d’ailleurs fermé au public. Seules quelques silhouettes en gilets orange discutent sur le quai de la toute nouvelle gare de Bellegarde. Voie 2, il est là. Baptisé Iris 350, ce TGV est une infrastructure de test des nouvelles voies. Habillé de rose fuschia et d’orange, ce train donne tout de suite le ton avec son appellation « infrastructure – contrôle à grande vitesse » et son calicot représentant d’un compteur géant à 360 km/h.

90km/h de moyenne

Non ce n’est pas à cette vitesse qu’il s’élancera sur cette nouvelle voie mais bien à 90 km/h en moyenne ! Les riverains peuvent être rassurés. il n’y aura d’ailleurs pas davantage de trains de fret : les dénivelés et l’aspect tortueux de la ligne ne le supporteraient pas.

Une quinzaine de privilégiés -dont quelques-uns ont travaillé de longue date sur ce projet- embarquent dans les dix rames dans ce train technique. Un train semblable à tous les TGV en extérieur, mais un train bourré d’électronique, de supercalculateurs et de logiciels d’observations très aboutis.

À peine les moteurs vrombissent-ils que nous voilà à déambuler dans le train à peine équipé de quelques sièges de première classe, d’une banquette devant un écran full HD et d’une cantine sommaire avec micro-onde.

Éparpillés d’un bout à l’autre des rames, ingénieurs, techniciens de la SNCF, d’Inexia, Eurailtest scrutent leurs écrans et communiquent dans leur jargon des consignes par talkie-walkie. Certains sont en tête de train dans la locomotive, tandis que d’autres observent l’interface entre caténaires et pantographes du haut de deux vigies. Sur grand écran, on visionne les images d’une caméra placée sur le toit de la rame.

Hugues Billette, 25 ans, ingénieur SNCF est superviseur des tests dans ce train explique qu’il est dédié à la mesure de l’infrastructure. « Il fait des mesures dans différents domaines : la voie, les caténaires et les outils de communication. Mercredi, il observait spécifiquement la voie et sa géométrie. Des mesures importantes pour la sécurité de la voie, pour optimiser la maintenance. Ainsi on essaye de détecter les défauts le plus vite possible pour diminuer les coûts d’intervention et on essaye d’éviter les déraillements et les collisions possibles. »

Formation des conducteurs

Ces ultimes vérifications complètent celles qui ont été faites en extérieur (mesure de comptabilité électromagnétique par exemple). Les résultats de ces tests seront remis par Inexia, filiale de la SNCF à Réseau ferré de France. Cette dernière remettra ensuite la ligne à la SNCF qui va pouvoir former tout prochainement ses conducteurs à raison d’un moins deux allers et retours par conducteurs pour près d’une centaine d’entre-eux venus de la région et d’ailleurs. Une formation pointue pour une ligne difficile, comme l’appréciait le conducteur du train mercredi après-midi.

Cette ligne de montagne subjugue déjà les techniciens qui de mardi à jeudi ont effectué par moins de 20 voyages, soit 10 allers et retour. S’ils ont commencé par Villereversure-Nurieux, mercredi après-midi les choses sérieuses ont débuté en roulant entre Bellegarde et Ceyzériat. Une section de 55 km traversée entre 80 et 120 km/ h. C’est sous le tunnel du Mornay, long de 2 587 mètres que le TGV booste sa vitesse…

Les plus beaux panoramas

À bord de la rame, le voyageur que nous sommes admire les paysages. La Michaille traversée dans sa plus belle nature, puis le tunnel décapité de la Crotte après de longues semaines de dérochement. Avant le lac de Nantua, c’est Sylans et ses glacières qui dévoilent les splendeurs de ce lac de montagne. Une fois encore, la SNCF possède les plus beaux panoramas sur nos paysages français. Puis, le viaduc des Neyrolles de l’A40 se dessine dans l’enfilade de la vallée, mariant quelques instants le rail et la route.

Le long du lac de Nantua, c’est la plus belle carte postale de la ligne. Si la ville amorce l’installation de barrière très architecturée le long de la voie… vue du train, la route semble éloignée de la voie. Que l’on soit d’un côté ou de l’autre les rapports changent. On jette un regard plus haut. Même les techniciens regardent les fils avertisseurs d’éventuels éboulis.

Impressionnant par leur étroitesse les tunnels en enfilade se succèdent après la gare d’Oyonnax-Nurieux : Mornay, Bolozon 1 (199 mètres), Bolozon 2 (817 mètres), Racouze 1 687 mètres, Sénissiat (186 mètres) recèlent l’une des dernières technologies de pointe RFF : les caténaires rigides. Une technicité innovante qui n’est pas sans poser pendant ces tests des soucis aux ingénieurs chargés des mesures.

Corinne Garay

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