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Après 19 mois dans l’Ain, Régis Guyot, préfet de l’Ain, prend ses nouvelles fonctions de membre du conseil supérieur de l’administration territoriale de l’Etat ce lundi 25 octobre à Paris.
- Pouvez-vous nous rappeler la procédure de nomination des préfets ?
- Nous sommes nommés en conseil des ministres tous les mercredis. J’ai appris le mardi soir que je devais quitter le département. Ce n’est jamais évident mais c’est un métier que nous choisissons et que nous ne pouvons exercer qu’avec passion. Il faut en accepter les règles.
- Comment gérez-vous ces mutations professionnelles ?
- C’est mon seizième déménagement ! Préfet, c’est un peu une vie de nomade. C’est surtout difficile pour la famille. Ma femme a dû abandonner sa carrière professionnelle. Et puis il y a les enfants. J’en ai quatre. Les départs précipités ne sont jamais simples à gérer. Je me souviens de deux situations douloureuses. La première : c’est l’un de mes fils. Nous lui avons appris notre départ alors qu’il rentrait de classe verte avec ses copains. Il fallait leur dire au revoir. Et puis plus tard ma fille m’a dit « Papa tu m’as cassée ». C’est dur à entendre pour un père. Aujourd’hui elle a compris mon travail. Et récemment elle m’a dit qu’elle était très fière de moi. Cela m’a touché.
- A vous voir et vous entendre, on sent que ce départ n’est pas évident à vivre ?
C’est vrai. Ce n’est pas évident de quitter ce département. J’ai investi de nombreuses relations humaines. Et je pars plus tôt que je ne le pensais. C’est un sentiment pénible. Mais je suis un soldat, j’obéis. Ici j’ai pu travailler en équipe avec un niveau de confiance supérieur à la moyenne. C’est ce que j’emporterai à Paris. Cette richesse humaine pour trouver des solutions.
- Certains ont parlé de vous comme d’un « préfet à l’ancienne ». Cette définition vous convient-elle ?
- J’ai interrogé mes collaborateurs pour savoir ce qu’ils en pensaient. Ils m’ont dit que si c’est d’affirmer avec clarté le rôle de l’Etat, eh bien j’avais raison d’être un préfet à l’ancienne. J’ai donc trouvé cette formule assez juste.
- Quels sont les événements qui vous ont le plus marqué ?
- Je retiendrai d’abord ce drame des pompiers (4 morts en une semaine) peu après mon arrivée. Ce sont des choses qui marquent la vie d’un homme et que l’on emporte avec soi. Ensuite je suis arrivé pendant la crise avec pour mission de développer le plan de relance du gouvernement. J’ai donc été constamment auprès des entreprises pour les accompagner. Les entreprises, c’est aussi l’emploi. Il ne faut jamais oublier ce facteur-là.
- Pensez-vous avoir réussi votre mission dans le domaine de la sécurité routière ?
- La sécurité routière est pour moi un combat essentiel. Des vies gâchées avec le plus souvent beaucoup de légèreté. C’est l’idée que je me fais du prix de la vie qui m’amène à être actif dans ce domaine. D’autant que j’ai vu la mort sur la route de près. Je pense que nous avons mené un riche travail d’équipe avec les services de l’Etat et le conseil général dans le cadre d’un pôle sécurité routière. Mais dans ce domaine-là, on n’a jamais réussi. Seul le travail de long terme paie. Un travail où doivent être associées éducation, formation, prévention et dissuasion. Il ne faut jamais dissocier les unes des autres. Je ne suis pas content du résultat. Le résultat sera bon lorsque l’indice de gravité qui mesure le nombre de morts pour cent accidents sur la route se sera rapproché de la moyenne nationale. Aujourd’hui nous sommes encore à près du double. Lorsque nous rejoindrons la moyenne, nous aurons 18 ou 20 morts de moins tous les ans ! Je ne doute pas que mon successeur travaillera lui aussi beaucoup sur le sujet qui est particulièrement noble.
- Pour terminer, avez-vous un message à faire passer ?
- Dix-neuf mois, c’est court mais cela m’a permis de mettre en place pas mal de choses. Nous avons aussi réussi au cœur de la crise à dénouer un certain nombre de situations difficiles grâce aux partenariats entre chef d’entreprise, représentant du personnel, chambres consulaires et président du tribunal de commerce. C’est en créant des réseaux de confiance que l’on peut dans les moments difficiles trouver plus facilement des solutions justes et positives. Et le métier de préfet, c’est d’être capable de mettre des gens autour d’une table pour trouver des solutions d’intérêt général.
Propos recueillis par
Ghislain Gros