Des grecs de tous milieux sociaux et générations manifestent.
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Monik Borowitch témoigne de qu'elle a vu place Syntagma.
En voyage touristique en Grèce, Monik Borowitch, correspondante locale de presse pour Voix de l’Ain, nous envoie un instantané au cœur de la crise grecque, liée aux mesures draconiennes visant à sauver le pays de la banqueroute. Témoin des manifestations sur la place Syntagma d’Athènes, voici son témoignage.
Athènes : une révolution pour la démocratie
Au détour d’un voyage en Grèce, de passage à Athènes, je décide ce dimanche soir d’aller passer une soirée place Syntagma. Les sifflets commencent dès la station de métro, ou des manifestants accueillent ceux qui veulent se joindre à eux. Je croise un homme aux yeux rougis par les gaz lacrymogènes, l’air hagard, et sors de la bouche de métro avec une certaine appréhension. Je suis saisie par la foule rassemblée là : hommes, femmes, enfants, de tous âges et de toutes conditions sociales circulent en une foule compacte, amicale, depuis le haut des escaliers du parlement jusque tout en bas de la place qui mène vers l’Acropole, envahissant aussi les rues formant contre-allées.
A plusieurs endroits, devant de fougueux orateurs se rassemble la foule ; munis d’un mégaphone, d’autres lancent de temps à autre un slogan repris avec conviction. Partout flottent des banderoles, revendiquent des pancartes. Assis en tailleur sur l’herbe, des jeunes fraternisent devant des toiles de tentes dressées. A un stand, je récupère le tract fondateur en version anglaise : « Depuis longtemps, les décisions sont prises pour nous, sans nous. Nous sommes des travailleurs, des chômeurs, des retraités, qui sommes venus place Syntagma nous battre pour nos vies et notre futur…Nous appelons tous les résidents d’Athènes (…) à venir place Syntagma, et chacun à venir sur les places publiques pour prendre sa vie entre ses mains. (…) Démocratie directe maintenant ! Egalite – Justice – Dignité ! ».
CRS impassibles
Je monte les marches pour aller « au front ». Une barrière double démarque les camps : les CRS, coté Parlement, restent impassibles sous les outrages verbaux de la foule. Insultes, huées, coups de sifflets fusent sur fond de battements de tambours et flottements de drapeau grec. La foule crie « Fric », « Vous n’aurez pas de vote dans vos urnes », « Prenez le plan d’austérité et partez d’ici ! Ouste ! », « Des Grecs, des Grecs partout, nous allons humilier le F.M.I. », mais aussi des slogans vengeurs qui la fait s’esclaffer, comme « Egorgez le gros, qu’on mange du cochon ! », ou encore « Vous êtes des traitres ». Un homme portant le masque du président passe, se faisant copieusement insulter.
“Faut bien se défendre”
« C’est chaud ! », je glisse à ma voisine, une petite tête blonde qui vient de me traduire ces slogans. « Faut bien se défendre », me répond-elle.
A Athènes, ce soir-là, les CRS n’ont pas chargé. La foule, calmement, s’est peu à peu dispersée à l’heure du dernier métro, avec dans la mémoire le souvenir de moments de solidarité et de partage. Et un espoir, celui de jours nouveaux sous le signe d’une vraie démocratie, à l’écoute du peuple. A son écoute.
Monik Borowitch