La vente d'un brevet par le PDG a redonné du souffle au projet.
La vente d'un brevet par le PDG a redonné du souffle au projet.
L’été a été chaotique chez Btampon international. L’entreprise a vécu une crise financière liée à un manque de liquidités. L’industriel sort à peine la tête hors de l’eau. Le projet industriel reprend donc de l’élan, mais, une tempête a bel et bien secoué la société. La défaillance d’un gros groupe international qui devait entrer dans le fonds d’investissement a laissé place à plusieurs semaines d’incertitude et de spéculations. L’horizon s’éclaircit, le PDG vient de vendre une licence sur l’un de ses produits. Un marché conclu synonyme d’avenir. Bernard Chaffringeon s’en explique.
- Le problème rencontré par l’entreprise remonte à ce qui s’est passé au siège suisse de l’entreprise. La société s’est trouvée dans une crise fin juin début juillet, liée à une difficulté financière passagère. En Suisse, lorsque le salaire est versé avec un délai de plus de 10 jours de retard, les salariés sont en droit de démissionner pour demander des tas d’indemnités. Nous nous sommes trouvés dans cette situation-là. (N. D. L. R. Au 11e jour, 40 sur 46 salariés ont démissionné). L’argent d’un investisseur tardait à rentrer. Nous avons prévenu les salariés des difficultés. La Suisse donnait toutes les informations à la France et l’alimentait. Nous nous sommes donc retrouvés dans un cercle infernal où tous les comptes étaient bloqués tant que ce problème salarial n’était pas clarifié. Cette démission en masse des salariés n’a fait qu’aggraver la situation. Aujourd’hui cette démission enclenche une procédure d’alerte pour comprendre la raison de ces démissions massives. Nous serons audités fin septembre par les autorités suisses compétentes sur cette question.
- Nous avons essayé de négocier avec nos partenaires financiers et nous avons vu que nous n’y arriverions pas. Plus nous avancions, plus nous constations que nous n’avions ni les mêmes centres d’intérêts, ni les mêmes valeurs.
J’avais fait le choix de faire appel à un fonds d’investissement… Car lorsqu’une société se lance, elle a souvent besoin d’aller plus vite que la musique et elle a besoin de liquidités. J’avais mis personnellement 12 M € dans ce fonds d’investissement et je comptais sur un groupe très connu, qui s’est trouvé défaillant. Lorsque vous avez négocié avec des personnes qui font tout pour que ça se passe mal : -avec des reports de semaine en semaine… jusqu’à l’asphyxie financière totale – il y a un moment où ce n’est pas possible. Je suis allé pêcher à outrance dans mes propres réserves mais ce n’était plus supportable. Aujourd’hui les comptes sont bloqués. Ils vont être très prochainement débloqués.
- Quelle posture avez-vous donc prise pour rebondir ?
- Suite à cette défaillance nous nous sommes mis autour de la table, car nous avons un projet industriel que l’on doit finir et finir comme il faut. Le rôle d’un patron c’est de se poser des questions. Je n’avais aucun doute sur la pertinence du projet. Je crois en ce produit. Et heureusement j’avais Frédéric Sabrié aux finances, Richard Guetty à la recherche et au développement. Ensemble nous avons pu trouver et identifier quelles étaient les solutions industrielles, quels seraient les coûts de modifications de l’usine. Nous savions que si nous ne prenions pas les bonnes décisions, la situation aurait pu être bien plus dramatique. Mais nous étions conscients aussi que nous avions en portefeuille 200 brevets mondiaux…
Notre interrogation a été celle-ci : « qui peut être intéressé à rentrer chez nous ? » Au lieu d’en faire une opération financière et boursière, nous nous sommes rapprochés d’industriels concurrents. J’ai pris mon bâton de pèlerin et je suis allé aux États-Unis. Là j’ai dit à mes interlocuteurs : nous avons une succession de brevets, voici les prototypes que nous avons réalisés, voici les études scientifiques que nous avons faites, est-ce que vous êtes intéressés pour prendre des licences (1) sur nos projets ?
- Comment s’est conclue cette négociation ?
- Nous avons signé un accord, ces derniers jours avec un grand groupe pharmaceutique américain. Cette licence concerne le produit Voileen, un tampon avec un applicateur pour mettre des ovules ou des crèmes médicamenteuses dans le vagin et qui pourra servir à l’avenir pour la vaccination par voie vaginale et notamment celle d’un potentiel futur vaccin antisida.
- Qu’est-ce que cette licence change pour l’usine pondinoise ?
- Nous sommes en train de revoir justement comment nous allons modifier l’unité de production à Pont-d’Ain, car nous avons un devoir d’aller vite sur ce produit. Nous avons un timing à respecter. On lance les phases dites de présérie pour le client. Les cinq machines allemandes que nous avions commandées et payées, qui devaient être livrées fin juin, seront livrées début septembre. La fabrication devrait débuter fin septembre.
- Combien cela vous rapporte-t-il ?
Beaucoup. Cela correspond à deux ans d’investissements ici à plein régime.
- Cherchez-vous à donner plus d’autonomie à l’entreprise de Pont- d’Ain ?
Il faut effectivement que l’usine ait plus d’autonomie dans sa gestion et qu’elle soit plus indépendante.
- L’entreprise de Pont-d’Ain a malgré tout été fermée et la production n’a pas débuté comme annoncé en mai ?
- En effet, l’usine n’a pas démarré la fabrication de tampons. Nous produisons la ouate depuis quelques semaines. Nous sommes en train de développer peu à peu les différents produits que nous pourrons fabriquer. C’est un vrai travail de recherche et de développement.
- La défaillance des investisseurs a impacté le démarrage de l’usine de Pont-d’Ain ?
- Si financièrement les problématiques sont différentes en France et en Suisse, on peut dire toutefois que cela a retardé bien des choses.
- Cet épisode de crise a-t-il nui à la distribution internet de vos produits ?
- Non, car nous avions des stocks de produits. Il y a juste eu une semaine de flottement liée à un problème informatique.
La vente par internet progresse et cela nous donne plus que le sourire. Ce mode de distribution marche 24 h sur 24. Il marche bien mieux que le réseau de distribution traditionnel. La France n’était pas jusqu’ici notre cible prioritaire. Nous avons commencé par l’Allemagne où nous commençons à avoir des résultats sympathiques. La France débutera gentiment l’année prochaine. La France sera aussi la vitrine pour entrer sur le marché américain, car il y a des similitudes de marchés.
Propos recueillis ¬
par Corinne Garay
(1) Qu’est-ce qu’une licence ? : « Lorsque vous êtes propriétaire d’un brevet, vous dites à quelqu’un vous avez le droit de fabriquer ce produit-là, pour telle application, telle indication, tel pays et pendant X temps. En pharmacie cela se pratique couramment. »