Plusieurs départements autour de l'Ain ont à nouveau des loups.
Plusieurs départements autour de l'Ain ont à nouveau des loups.
« Loup y es-tu ? M’entends-tu ? ». Qui n’a pas chanté dans son enfance cette comptine pour se faire peur ? Les siècles passent et canis lupus (nom latin de l’animal) fascine toujours l’inconscient collectif, attisant ici les peurs ancestrales, soulevant là l’admiration des défenseurs des animaux, et répandant un peu partout sur son passage et à son insu, la polémique.
La semaine dernière, notre confrère Le Progrès pensait tenir le scoop, annonçant mercredi 18 janvier qu’un loup aurait été vu à Ceyzériat. Mais le lendemain, le quotidien titrait qu’il s’agissait en fait d’un chien malamute (chien esquimau) que son maître avait laissé batifoler dans un pré. Le cousinage fait que l’on peut confondre les deux canidés, surtout quand le témoin n’est pas proche du suspect. Un habitant de Jasseron est certain d’avoir croisé l’animal légendaire l’année dernière sur la commune, malgré le scepticisme des gardes-chasses auxquels il a décrit sa furtive rencontre. Sans preuve tangible (photographie notamment), le jeune homme n’a que sa seule bonne foi à opposer à ceux qui doutent de la présence du carnivore dans le Revermont.
Pourquoi pas ?
Sans trancher la question, Manuella Arrod n’écarte pas l’hypothèse d’une présence du loup dans cette partie du département. « Il est implanté en Savoie, en Haute-Savoie, dans l’Isère, dans le Jura, plus au Nord dans les Vosges, plus à l’Ouest dans les Pyrénées. Pourquoi ne le serait-il pas dans l’Ain ? », interroge cette naturaliste du réseau loup-lynx de la Frapna (Fédération Rhône-Alpes des associations de protection de la nature et des animaux). Hormis des témoignages comme celui du joggeur, il n’y a à ce jour aucune preuve de l’existence du loup dans le département. « Les chasseurs n’ont jamais vu de cadavres, ni de crottes ou autres traces ». Pourtant, le 15 mai 2009, un loup a bel et bien été accroché et tué par un automobiliste sur la deux fois deux voies traversant le territoire de Perron (Pays de Gex). Selon les naturalistes du réseau Ferus, l’animal provenait du massif des Glières (Haute-Savoie). En 2003, le plateau d’Hotonnes avait défrayé la chronique avec des attaques répétées sur des troupeaux de mouton.
20 ans de réimplantation
En cette année du 20e anniversaire de la réimplantation du loup dans le Mercantour, l’animal repointerait donc chez nous le bout de ses deux oreilles pointues. Ou tout au moins, il refait parler de lui. L’espèce s’est développée en France. « On compte entre 150 à 180 individus », précise Manuella Arrod. Interviewé par notre confrère l’Ain Agricole (édition du 12 janvier 2012), Pascal Grosjean, de la Direction régionale de l’alimentation de l’agriculture et de la forêt (Draaf Rhône-Alpes), estime même cette population à 200 individus. Mais le canidé sauvage paie aussi un lourd tribut au braconnage. « On estime à une centaine, le nombre de victimes », déplore Mme Arrod. De leurs côtés, les éleveurs de montagne se plaignent de la prédation des loups. En 2011, 1 521 constats d’attaques ont été dressés sur l’arc alpin, soit 23 % de plus qu’en 2010 : l’Isère et la Savoie ont subi les plus grosses pertes de cheptel. Il y en a eu deux dans le Jura. Dans l’Ain, rien à déclarer à ce jour. Les sentinelles de la Frapna ne s’expliquent pas cette absence apparente du loup. « Ce n’est pas un problème de gibier, affirme Manuella Arrod. Il y a des chamois, des chevreuils, des sangliers. Si ces derniers descendent de la montagne à cause des conditions hivernales, le loup suit ses proies ». Et si canis lupus agissait finalement comme touristicus*, en traversant parfois le département… sans jamais s’y arrêter.
Philippe Cornaton
*Le touriste