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• Jeudi 28 mai 2015 à 8h43

Basket Pro A - Quand Jean-Luc Tissot se livre

Jean-Luc Tissot explique sa première expérience en tant qu'entraîneur en pro. © V. Janiaud

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    Jean-Luc Tissot explique sa première expérience en tant qu'entraîneur en pro. © V. Janiaud

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    "j’ai encore un basket plus dans le ressenti d’un ancien joueur que je suis" © V. Janiaud

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    Philippe Hervé (coach Limoges) et Jean-Luc Tissot. © V. Janiaud

La face cachée d’une équipe


Un championnat de basket est une représentation le jour du match face au public mais que se cache-t-il pendant le reste de la semaine ? Jean-Luc Tissot nous livre une partie de sa vision de la moitié de saison qu’il a vécue à la tête de l’équipe de la JL Bourg. Entretien


Le manque de motivation sur les derniers matchs

- Je ne mets pas tout le monde dans le même panier, mais ce n’était pas évident leur faire croire à tous que c’était possible. On gagne contre Cholet, on reçoit Limoges : c’est un Everest. Au contraire, on n’avait presque aucune pression à jouer à fond ce match là (face à Strasbourg). Quand tu arrives juste à l’heure à l’entraînement, tu n’es pas forcément dedans à l’échauffement. On part sur des bases difficiles et tu rames pour les intéresser, les accrocher à ta séance. Ça nerveusement, c’est super dur. A la reprise (après le retrait de Frédéric Sarre, NDLR), j’avais quand même dû passer un marché avec les joueurs en leur disant « Vous arrivez 10 minutes avant le début l’entraînement ». Comme ça on peut discuter, faire des shoots, on est 10 minutes dans la salle et quand on démarre on est déjà dans le basket. Ça a tenu un mois et demi. Après ça a commencé à arriver à 7, 8 minutes… Et puis après les défaites à l’extérieur, il y avait une grosse inertie. Ça correspond à une mentalité de joueurs parce que ça arrivait déjà avec Fred (Sarre) sur la première moitié. Ce ne sont pas tous les joueurs. Je mangeais déjà pas mal de stress quand je voyais 58 sur l’horloge et qu’il m’en manquait deux, trois. Ça ne met pas dans les meilleures conditions pour démarrer un entraînement. Quand je les voyais arriver à 59 et 30 secondes, je me démotivais tout seul à chercher des mots pour les tirer derrière moi. En général les Français sont des joueurs très respectueux… Jordan a fait partie de ceux qui ont été extrêmement difficiles à gérer parce que c’est un “chien fou”, parce que son parcours, parce que sa personnalité… Tous ont été assez forts pour que le samedi on ait un rendu collectif. Ce n’était pas toujours le rendu collectif de la semaine d’entraînement. Avec Gérald, on n’a jamais lâché le morceau, on a préparé toutes nos séances, on a fait les vidéos jusqu’au bout. On a essayé de changer, sur toutes les semaines qu’on a faites, le format de la semaine, pour ne pas les laisser retomber, pour les accrocher, les intéresser. Quand on voit le premier quart-temps contre Pau et la semaine qu’on a passé avant, “ça disserte” (score du 1er q-t : 37-11 pour la JL, NDLR). Les semaines étaient difficiles parce que traîner une équipe avant-dernière de ProA, qui a vécu ce qu’elle a vécu dans sa première partie de saison et qui avait du mal à développer une vie de groupe digne de ce nom comme on avait pu le faire l’année dernière parce qu’il y avait une stabilité d’effectif et qu’il y avait aussi des résultats positifs, c’était une énergie à déployer de tous les instants, tous les jours. Et le mystère entre la production de la semaine et la production du samedi, je le sais parce que j’ai été joueur, c’est pour cela que j’ai continué d’accepter de lâcher prise sur certaines situations parce que je sais que quand on a des compétiteurs, et il y en avait, le samedi on retrouve des compétiteurs.


Dijon, le match de la bascule

- C’est ce qui nourrit ma frustration et des fois ma colère aujourd’hui, c’est qu’avec ce qu’on a fourni à l’entraînement, on était capable de gagner largement des matchs en ProA. On était largement capable de se maintenir en ProA. Ça c’est sûr, sauf qu’après, sur des matchs qui auraient pu faire basculer et surtout ce match contre Dijon, parce que c’est la catastrophe Dijon, sur le moment d’être peut-être malin ou en tout cas précis, on ne l’a pas été et derrière on a payé très, très cher le prix. Je reste persuadé aujourd’hui que le maintien passait par une victoire à Dijon. On avait tout fait pour. Il nous a manqué un geste. Et c’est aussi pour cela que je me dis que c’était peut-être notre niveau et le niveau de certains joueurs. Je sais exactement quels joueurs étaient concernés par ces actions. Il y a trois joueurs, deux fois ce sont les mêmes. Soit il y a un problème de communication, soit un problème de connaissance du jeu. C’est juste dommage.


Reprendre un groupe en souffrance

- J’ai constaté assez rapidement une forme de relâchement quand on a pris nos fonctions avec Gérald, dans les attitudes, les visages détendus un peu. Pour autant quand il a fallu aller chercher de la précision, commencer à poser des critiques sur les uns ou les autres, on sentait des joueurs crispés, tendus et pas forcément prêts à se remettre en question. Donc il a fallu faire avec ce qu’ils étaient à ce moment-là sans chercher à les remodeler mais à en tirer la quintessence. C’est loin d’être facile pour tout un tas de raisons : les défaites, les frustrations des uns et des autres, les blessures aussi, les tensions qui découlent de tout cela. Quand une équipe ne fonctionne pas, un grain de sable devient une montagne. Et puis au lieu de communiquer, chacun reste dans son coin à marmonner. Tout ça, on a réussi à l’atténuer un petit moment et à ré entretenir une sorte de flamme. Après il y a des coups de bambou qui ont fait plus mal que d’autres. Dijon le plus dur même si après on a su rebondir à Paris en faisant un bon match. Toutes ces raisons qui font que les mecs ont plutôt l’impression d’aller au travail et pas de vivre une passion.


La transition…

- J’étais dans le bureau avec Fred et Gérald et je sentais cette tension au quotidien, pas de l’impuissance mais le fait d’avoir tenté pas mal de choses. Fred en décembre avait tenté de nous impliquer plus à l’entraînement, de prendre un peu de recul. Ça n’a pas fonctionné. Theodore qui arrive et pour autant on perd contre Châlons-Reims à la maison. On sentait bien qu’à un moment, soit il y a des têtes qui tombent, soit il y a des démissions qui arrivent sur les bureaux parce que ça représente la dernière option. J’étais dans le même désarroi.


…plus rapide ?

- Ce n’est ni à moi d’en juger aujourd’hui et je ne suis pas dans la capacité de dire oui. Je n’en sais rien ? Peut-être ou peut-être pas. C’est quelque chose qu’on n’a pas fait. Ç’aurait été peut-être différent, peut-être pire aussi. Je n’en sais rien. Quand Simon (Darnauzan) s’est fait opéré des doigts, on avait cette perspective du 20 décembre. Il avait  pu revenir un peu avant. On était avec Morlende, Bassett plus Darnauzan. On resituait Bassett sur son poste 2. Puis il a eu mal à la cheville. Avec Patch et Simon, on avait de quoi tenir en ProA. Après le contrat de Patch arrive à terme. On repositionne Bassett définitivement. Theodore arrive pour Châlons-Reims. On a senti tout de suite que c’était, et d’une un bon basketteur, deux un fort caractère. Après le premier match que je joue avec lui, Orléans, c’est un traumatisme encore (défaite à la maison 75-98). “L’expérience est une lanterne qui n’éclaire que le chemin parcouru” et de dire après qu’on l’a fait trop tard ou trop tôt, ce sont peut-être les enseignements qu’on va tirer. On ne saura jamais si ça aurait pu nous sauver ou pas. Je reste persuadé en reprenant quand on l’a fait, qu’avec l’équipe qu’on avait, à ce moment-là on avait le temps, les joueurs et la capacité de le faire. Mais on ne l’a pas fait. On est passé d’un management avec Fred qui était très autoritaire entre guillemets, pointu, précis, exigeant. Les défaites, les dépositionnements, les frustrations des uns et des autres ont fait que ce management s’est peut-être retourné contre lui, même s’il n’y a pas eu de cabale mais il y a eu découragement. Nous après, on a donné un peu de liberté, plus simple. Sauf que, dans cette liberté, on aurait dû y ajouter un peu d’exigence, de précision parce que c’est de la ProA. Et quand on essayait, on sentait bien qu’il y avait une rétention. C’est ce qui nous a manqué à Gravelines où on perd de 6 points, à Dijon, à Paris. Si on gagne deux ou trois de ces matchs à l’extérieur on est au niveau de Rouen et on est maintenu. C’est la démonstration de ce qu’on aurait dû faire et pu faire. Mais qui a découlé des blessures, des défaites.


La compo de l’équipe

- Je le redis et je me solidarise avec la décision prise l’année dernière de garder 80% de l’équipe, d’un effectif en disant « Monter en ProA et vous montrez avec nous et on ira tous ensemble ». Des mots qu’on a prononcés l’année dernière. Je ne voyais pas comment on pouvait dire une fois le graal acquis, « Non, vous dégagez ». C’était louable. Ça a été assez dur de dire à Gaillou de ne pas rester. Après on avait deux pierres à ajouter à notre édifice et ces pierres-là, pour des raisons différentes, n’ont pas été des valeurs ajoutées suffisantes à notre édifice. Chris Roberts, une énigme pour tout le monde. Je reste persuadé que c’est un joueur qui a du talent, des capacités mais je ne comprends pas son mode de fonctionnement. Il a prouvé à l’entraînement qu’il pouvait être insolent mais la compétition, il ne s’est jamais mis au niveau de la ProA. A Boulogne, il fait son meilleur match. Et là je me dis « C’est bon je l’ai récupéré ». Et après il se refait mal. C’est un hôpital de campagne. Si Philippe (Braud) avait déçu, il aurait joué plus. Philippe a rarement déçu. Et Steven Smith, c’est un très grand professionnel et, en fait, le dernier match qu’il fait contre Strasbourg (21 pts, 5/6 à 3 pts), c’est exactement ce que j’attendais de lui depuis le début. Qu’il prenne au moins 7, 8 tirs à 3 points par match. J’aurais voulu qu’il shoote beaucoup. Un excellent joueur mais humainement inaccessible.


Le poste de coach

- Tel qu’on nous l’a présenté, et ce que j’ai compris de la genèse de ça, c’est que Fred s’est retiré, il a proposé, ils en ont parlé et convenu ensemble que faire venir quelqu’un de l’extérieur c’était compliqué de s’engager pour la suite. Fred a milité pour une solution interne sans hiérarchiser Jean-Luc/Gérald, Gérald/Jean-Luc. Je n’ai pas entendu d’autres noms qui pouvaient venir à notre chevet. Le plus dur a été de passer derrière un grand technicien qui avait des idées très précises de ce qu’il voulait, des timings. Alors que moi j’ai encore un basket plus dans le ressenti d’un ancien joueur que je suis. Je suis aussi quelqu’un dans l’autocritique, l’autoévaluation, même l’humilité. J’ai toujours l’impression de ne pas faire assez. La confiance en soi, c’est un élément que je dois développer dans mon travail de coach, que j’ai avec les jeunes mais que je devais assoir rapidement, brutalement et ça ne se produit pas comme ça. Je pouvais faire partie des candidats pour l’année d’après mais ça n’a pas fait partie du deal de départ. Je n’ai pas signé un contrat de six mois plus deux ans s’il y a un maintien ou d’un an s’il n’y a pas maintien, c’était six mois. Je crois que ça faisait partie d’une phase de test, je le ressens comme ça. Très, très vite on m’a demandé de me repositionner, de dire si je serai toujours candidat l’année d’après. Moi j’étais dans le feu de l’action. Je n’étais pas forcément dans cette réflexion. On a toujours été au courant de ce qui se passait. J’ai su que Philippe Hervé avait été auditionné, qu’il y avait des chapeaux, j’ai eu le privilège d’apprendre que j’étais dans des chapeaux avec Borg (coach de Dijon). Mais je n’ai jamais eu le discours de dire si tu nous sauves… Je n’en ai pas eu besoin pour travailler. Ça fait 23 ans que je suis là. J’ai besoin de découvrir ce métier grandeur nature. C’est une décision de vie qui est importante. Ça reste un objectif de vivre du basket. Il y a différents paramètres qui m’ont emmené vers cette décision, plusieurs critères d’environnement, professionnels, familiaux. Et l’expérience que je vivais qui ne peut pas représenter la réalité. Je savais qu’il y avait d’autres coachs auditionnés, que ce n’était pas un choix facile pour le Président (Desbottes). Ce n’est pas parce que je n’ai pas été un choix évident que j’ai retiré ma candidature. C’est un élément de la réflexion. Pas le principal. Mais il en a d’autres qui m’ont fait dire « Je ne le sens pas, maintenant, comme ça ». Quand on est en ProA, il y a des adaptations rapides sur le terrain, il faut être capable d’avoir la réponse rapide. A ce niveau j’ai encore besoin de travailler les situations de jeu par rapport à des défenses. Et puis tout le monde a dit qu’après Fred ce serait moi. Mais ça n’a jamais été le cas. Aujourd’hui je suis en parfaite harmonie avec ma décision.



Propos recueillis par Vincent Janiaud, correspondant local

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