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• Lundi 23 mai 2016 à 13h19

Caroline de Haas veut changer la vie des gens

La féministe et militante Caroline de Haas.

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    La féministe et militante Caroline de Haas.



La pétition contre la loi du travail, qui a réuni plus de 1,3 million de signatures, c’est elle, Caroline de Haas. Quand il s’agit de s’insurger, la trentenaire originaire de Dompierre-sur-Veyle, militante féministe, de gauche, dégaine actions et pétitions. Présente sur de nombreux fronts, la co-fondatrice d’« Osez le féminisme » assume ses ambitions. Entretien.



D’où vous vient ce goût du militantisme ?


Chez moi, l’activisme est né assez tôt. J’ai participé aux révoltes lycéennes. Je me rappelle avoir assisté à une rencontre avec François Bayrou, alors ministre de l’éducation, à Paris. On était environ 200 lycéens. Mais mon engagement féministe est plus récent, 2003-2004. J’étais au bureau de l’UNEF (Union nationale des étudiants de France) et la personne qui s’occupait du droit des femmes est partie, parce qu’elle avait fini ses études. On m’a proposé de prendre le relais, j’ai donc participé à des réunions féministes et j’ai basculé dans un truc… Une autre grille de lecture de la société. J’étais déjà engagée dans des causes, comme le racisme, mais là, ça m’a ouvert un monde auquel j’étais hermétique.


Votre pétition contre la loi du travail a réuni 1,3 million de signatures, celle contre les violences sexuelles en politique seulement 16 000. Selon vous, c’est symptomatique du niveau d’intérêt porté à la cause des femmes ?


Je ne crois pas. D’ailleurs la pétition lancée pour Jacqueline Sauvage a réuni 400 000 signatures… La particularité de la pétition contre la loi du travail, c’est que cette loi concerne tout le monde et qu’en plus, tout le monde a conscience d’être concerné. Si demain, on annonce la suppression de l’IVG (Interruption volontaire grossesse), je suis sûre qu’on aura 2 millions de signatures tout de suite. C’est un sujet fort et identitaire. Le travail, c’est quelque chose d’identitaire. C’est ça qui explique la réussite d’une pétition, quand le sujet touche le monde. Ça et l’ampleur de l’attaque ! Alors que la pétition contre les violences sexuelles en politique, à moins d’être militant ou élu, les gens ne se sentent pas concernés directement. Mais je ne suis pas pessimiste quant à l’intérêt de la population pour les droits des femmes…


En tant que militante féministe, vous ne vous sentez jamais impuissante ?


Si, je me sens impuissante tous les jours. Et en même temps, si je regarde le verre à moitié plein, je constate des changements. Par exemple, le traitement médiatique de l’affaire Baupin par rapport à l’affaire DSK est bien meilleur. Il n’y a pas eu cette remise en cause de la parole des victimes ou ces remarques sexistes qu’on avait entendues pour l’affaire DSK. Claude Bartolone, président de l’assemblée nationale a demandé la démission de Denis Baupin* en deux heures ! Mais je ne dis pas que tout est parfait.
On peut regarder le verre à moitié vide aussi… Alors oui, ça fait 300 000 ans que la femme est considérée comme inférieure à l’homme, mais la différence c’est qu’aujourd’hui on possède les moyens de régler ça, de mettre fin à décalage !


C’est pour cette raison que vous avez quitté le cabinet de Najat Vallaud-Belkacem au ministère des droits des femmes, après seulement une année, en 2013, vous aviez l’impression que la cause n’avançait pas ?


Non, en fait je suis partie au moment de la réforme des retraites car je n’étais pas d’accord. Car il se passe des choses. Le changement de traitement dans l’affaire Baupin, c’est en partie grâce à Najat Vallaud-Belkacem, elle a fait bouger les mentalités car elle a su mobiliser ses collègues ministres. Il y a eu un travail majeur mais si elle est la seule…


Vous avez créé Egaé, d’égale à égale, une entreprise de conseil, formation et communication en matière d’égalité femmes-hommes. Constatez-vous des évolutions dans le monde économique ?


D’un point de vue professionnel, j’observe qu’il y a des changements quand il y a obligation légale. Les entreprises de plus de 50 salariés sont par exemple tenues de mettre en place des mesures pour prévenir le harcèlement sexuel ou des actions pour l’égalité homme-femme. Quand elles sont obligées, elles le font. Où alors il faut qu’il y ait une personne super motivée dans la boîte.


Ce sont toujours des femmes ?


Oui mais je ne porte pas de jugement. C’est normal que les discriminées se sentent les premières concernées. Quand on est blanc, qu’on se réveille blanc, le fait d’être blanc n’est pas un sujet dans la vie quotidienne, sauf si notre concubin ou nos enfants sont de couleur. Mais si tous les jours, on vous rappelle votre couleur de peau, ça va évidemment être un moteur pour agir et se mettre en marche.


Dans certains titres de presse, on vous a surnommé Madame non merci. Ne craignez-vous pas d’être considérée comme une personne « contre » de nature ?


Ce surnom vient de la pétition « loi du travail : non, merci ! » Mais après j’assume totalement ma volonté politique de prendre le pouvoir collectivement pour changer la vie des gens. En tant que militante féministe, j’ai le sentiment d’avoir fait bouger des lignes, collectivement toujours, mais on ne fera jamais disparaître les violences faites aux femmes, la discrimination en tout genre, on ne réglera pas les problèmes écologiques, etc. si on n’est pas à l’Élysée ou Matignon ! Notre système démocratique ne fonctionne pas. Quand on pense que c’est un homme, tout seul dans son bureau qui prend les décisions ! Il faut changer le système politique.

 

Les élections présidentielles sont dans à peine un an. Existe-t-il une personnalité politique que vous vous voyez soutenir ?


En tout cas, pas quelqu’un dont le parti peut proposer des projets comme la déchéance de nationalité ou la loi du travail. Et plein d’autres choses encore. Je suis frappée par le décalage entre les engagements de campagne et ce qu’il se passe vraiment. À gauche on n’a été incapable de s’organiser, de créer une alternative…

 

Justement, avez-vous vos propres projets ?


Oui, on mène une réflexion à quelques-uns actuellement pour créer une force politique citoyenne différente des partis politiques traditionnels…


La loi du travail sera examinée en juin par le sénat. La mobilisation continue. Vous êtes optimiste ?


Il ne faut pas oublier que le projet du CPE a été retiré, malgré le 49.3…




Marion Villeminot





* Denis Baupin, député et vice-président de l’assemblée nationale, membre d’Europe-Ecologie-les-Verts, a récemment été accusé de harcèlement sexuel au sein de son parti.

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