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• Mardi 24 mai 2016 à 8h00

Ceyzériat - Lucien Festas : « J’ai récupéré le matériel parachuté par les alliés »

Lucien Festas.

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    Lucien Festas.


Lucien Festas était présent à la commémoration du 8 mai 1945. Si ses jambes ne sont plus celles qui lui permettaient d’arpenter les montagnes du Revermont la nuit tombée avec son sac rempli de victuailles sur le dos, sa mémoire est restée intacte pour nous raconter ce qui fut l’aventure de quelques jeunes inconscients qui refusèrent de se soumettre à l’ordre hitlérien.



Pouvez-vous vous présenter ?


Je suis né en 1921. J’ai vécu dans la ferme familiale aux Métras. Je suis allé à l’école de Ceyzériat jusqu’à mon certificat d’études. Certains allaient à Carriat mais moi je suis resté chez mon père. Je l’aidais mais je faisais aussi des petits boulots de droite et de gauche pour me faire quelques sous que je donnais à mes parents. J’ai pu m’acheter un vélo seulement à 18 ans. Il coûtait 800 francs !



Comment était Ceyzériat à cette époque ?


Nous étions autour de 800. C’était très agricole Il y avait beaucoup de vignes mais déjà moins qu’avant la guerre de 1914 et le phylloxera. Les gens n’avaient souvent qu’une vache. Pour atteler, ils devaient emprunter celle du voisin ! Les plus riches avaient six vaches.



Quand la guerre est arrivée, que vouliez vous faire ?


J’ai passé le brevet militaire. Je pensais m’engager mais j’y ai renoncé. Je suis resté à la ferme.



Quand a commencé votre activité de Résistant ?


En 1942, j’ai commencé à distribuer des tracts et à coller des affiches. À part Jo Fabre qui me les fournissait, je ne connaissais personne et personne ne me connaissait.



Et en 1943 ?


Il y a eu le conseil de révision pour le STO. Je n’étais obligé d’y aller en tant qu’agriculteur et mon beau-frère non plus en tant qu’ancien prisonnier et soutien de famille. On aurait pu rester tranquillement chez nous, mais d’autres ne voulaient pas partir alors on a cherché une cache dans la montagne. On a décidé Raymond Duboclard et René Péchu qui avaient déjà leurs billets de train en poche.



Comment se présentait l’abri ?


C’était un trou entre des rochers. On a fait un toit avec du buis qui dispersait la fumée. Au début, on dormait par terre. Après on a fabriqué des lits et monté un fourneau. Elle était bien cachée. À trois mètres, on ne la voyait pas.



Quelles ont été vos activités principales durant cette période ?


J’étais ravitailleur. J’allais dans les maisons amies pour récupérer de la nourriture et la monter là-haut. J’ai participé à des actions de sabotage mais en soutien. J’ai récupéré le matériel parachuté par les alliés. Nous avons caché les pistolets-mitrailleurs Sten dans des terriers à renard. J’avais caché le mien sous le pont de chemin de fer à l’entrée de la forêt de Tréconnas. Nous faisions peur aux miliciens.



Avez-vous été inquiété ?


J’ai été arrêté à cause de cette dernière activité. Avec un copain, nous envoyions des cercueils miniatures aux miliciens avec le message « Le grand suit ». Nous avons été arrêtés mais nous n’avons passé qu’une nuit en prison.



En 1944, qu’est devenue la cabane ?


Petit à petit, elle ne servait plus quand les petits groupes se sont fédérés. Au moment du débarquement, on était une trentaine et la Résistance s’est vraiment structurée. Avant c’était désorganisé !



Pouviez-vous communiquer avec votre famille ?


Moi, en tant que ravitailleur oui, mais certains ne la voyaient jamais. Un jour, la mère d’un copain m’a demandé de l’emmener à l’abri. J’ai refusé. Elle ne m’a plus jamais adressé la parole !



Quel a été l’événement le plus marquant de cette époque ?


Nous avons été trahis par un officier SS qui s’est fait passer pour un chef de la Résistance. Nous nous sommes enfuis dans la montagne au-dessus de Cize. Nous avions deux fromages pour trente. Le colonel Romans Petit a dû prononcer la dissolution du groupe.



Et après la guerre ?


J’ai surveillé les prisonniers Allemands. Ce sont eux qui ont creusé la piscine de Ceyzériat. Puis je suis retourné chez moi.


Propos recueillis par Paul Bouvard, Roger Pagelot et des élèves du lycée Lalande




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