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• Samedi 25 juin 2016 à 10h55

Procès d’Audrey Chabot : 13 ans de réclusion pour le meurtre de ses bébés

Le verdict a été rendu par la cour d'assises d'appel de Lyon le 24 juin en fin de journée.

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    Le verdict a été rendu par la cour d'assises d'appel de Lyon le 24 juin en fin de journée.

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    Me Canis, avocat de la défense.


Audrey Chabot a été jugée du 20 au 24 juin, par la cour d’assises d’appel de Lyon, pour le meurtre, à Ambérieu-en-Bugey, de ses deux nourrissons en octobre 2011 et en novembre 2012. Elle a été condamnée à une peine de 13 ans de réclusion criminelle assortie d’un suivi socio-judiciaire de 10 ans. Une peine moins lourde que celle (23 ans) prononcée en première instance à Bourg-en-Bresse.



À l’énoncé du verdict, Audrey Chabot a été visiblement émue. En première instance, la cour d’assises de l’Ain avait prononcé une peine de 23 ans de réclusion criminelle. Vendredi 24 juin, après 4 heures de délibéré, les jurés et le tribunal de la cour d’appel de Lyon ont prononcé une peine largement inférieure. Une peine qui est à l’image de la manière dont s’est déroulé le procès. Les faits, dramatiques, ont été débattus avec sérénité. À l’image aussi certainement du chemin parcouru par l’accusée. Depuis le dernier procès, elle a bénéficié – à sa demande – de soins très réguliers. Elle a également choisi de subir une ligature irréversible des trompes. “L’appel a un sens”, a déclaré sobrement Me Canis, avocat de la défense, à l’issue de l’audience.



Un libre arbitre restreint


Dans sa plaidoirie, l’avocat avait tout d’abord souligné l’indignation et la colère qui étreint chacun à l’évocation du crime d’infanticide. “Mais la colère publique n’a pas sa place dans une enceinte de judiciaire”, a-t-il rappelé avant de demander au tribunal de comprendre “que vous jugez une femme qui agit par désespoir. Une femme qui n’avait aucune haine à l’encontre de ses enfants”. L’avocat a parlé “au risque de paraître choquant, d’un geste d’amour dans ce qu’il y a de plus extrême”. Me Canis s’est attaché à essayer de faire comprendre au mieux la personnalité de sa cliente. Car “son crime tient à la particularité de sa personnalité et à sa difficulté de vivre”. Il a su dépeindre dans toute son humanité une femme dans la détresse et le désespoir. Une femme qui souffre d’un isolement social total, de solitude, d’indignité et a subi l’humiliation. L’avocat a rappelé la sincérité “absolue” de sa cliente depuis la découverte des faits. “Elle est sans concession avec elle-même, dans les aveux qu’elle fait”. Me Canis s’est attaché à démontrer que la liberté de choix de sa cliente était restreinte voire inexistante. Isolée comme elle l’était dans sa vie privée, comment pouvait-elle révéler sa grossesse ? La révéler à son compagnon était pour elle impossible, car c’était alors perdre celui qu’elle voyait “comme un Dieu”, auquel elle se raccrochait. “Il ne voulait même pas se promener dans la rue avec elle ! Il serait allé à la maternité avec elle ?”, a interrogé Me Canis. Elle ne parvenait pas non plus à dévoiler sa grossesse à son propre père de peur de le décevoir à nouveau. L’avocat a rappelé également la cécité des personnes qui côtoyaient sa cliente et notamment les travailleurs sociaux qui n’avaient pas vu cette grossesse. Me Canis a évoqué encore l’analyse faite par un expert qui a parlé de dissociation totale des idées et d’état prépsychotique au moment des faits. Et a rappelé le déni partiel ou dénégation de grossesse cité par les experts.


Me Canis a aussi parlé de la récidive sensée s’appliquer à sa cliente. Il a demandé au tribunal de ne pas en faire l’élément prépondérant dans leur jugement. “Je crois et je le dis, elle n’aurait pas dû être condamnée pour le premier crime, car elle ne l’a pas fait. C’est sa mère !” (voir ci-dessous). Enfin, l’avocat a cité deux cas de procès de mères infanticides qui ont donné lieu à des condamnations beaucoup moins importantes (8 et 9 ans), estimant que sa cliente méritait de voir sa peine réduite. Et de conclure : “Et à Audrey Chabot, qu’une fois quelqu’un lui tende la main. Cela n’est jamais arrivé !”



“Vous n’êtes pas un monstre !”


“Vous n’êtes pas un monstre, vous êtes une femme, un être humain qui, à un moment donné, parce qu’elle a une histoire, quelque chose qui ne lui a pas été transmis, a commis deux actes monstrueux. Et c’est pour cela que vous serez jugée aujourd’hui”. Avec beaucoup de force, Sophie Taupin, avocate générale, s’est adressée à plusieurs reprises à l’accusée. La magistrate a évoqué tous les “décalages” autour desquels cette femme s’est construite. Des décalages hérités d’une histoire familiale bancale. Une famille dans laquelle on affichait un bonheur de façade mais où l’amour maternel était peu présent. Sophie Taupin a parlé des attouchements sexuels perpétrés par son grand-père sur l’accusée. Elle a décrit la solitude extrême de l’accusée, ses difficultés à trouver sa place. Y compris avec celui qui était son compagnon au moment des faits. Mais la magistrate a évoqué aussi le décalage entre “ce qu’elle dit avoir été inéluctable et ce qui me semble relever des choix qu’elle a faits ou n’a pas faits”. Car pour Sophie Taupin, l’accusée a choisi de mentir sur le fait qu’elle voyait un psychologue, et sur sa grossesse alors qu’à plusieurs occasions, elle aurait pu la révéler. De même que la grossesse n’était, pour la procureur, pas une fatalité, la mort des nourrissons non plus. Audrey Chabot aurait pu avoir recours à d’autres solutions. “On n’est pas propriétaire de ses enfants !”, a martelé Sophie Taupin.


Sophie Taupin a demandé au tribunal “de trouver le juste équilibre entre la bienveillance et faire passer le message qu’on ne prend pas la vie humaine”. L’avocate générale a requis une peine de 20 ans de réclusion criminelle. Le tribunal a prononcé une peine de réclusion de 13 ans qu’il a, comme l’avait requis l’avocate générale, assortie de 10 ans de suivi socio-judiciaire et des 5 ans en cas d’inobservation des obligations imposées par ce suivi.


Caroline Guérin




Retrouvez les plaidoiries des parties civiles et le témoignage de l’accusée ici.



Rappel des faits


C’est son compagnon de l’époque qui avait trouvé les bébés emmaillotés dans le congélateur de l’accusée, le 24 mars 2013, à Ambérieu-en-Bugey. La jeune femme avait reconnu avoir noyé les nourrissons. Elle avait caché ses grossesses et avait accouché seule, avant de donner la mort à ses enfants. Une semaine après sa naissance pour le premier. Immédiatement après l’accouchement pour le deuxième. Elle avait été placée en détention provisoire. Jugée par la cour d’assises de l’Ain, Audrey Chabot avait écopé de 23 ans de réclusion criminelle en 2015.


Cette femme avait déjà été jugée pour le meurtre d’un nouveau-né. En 2002, alors qu’elle vivait encore chez ses parents, elle avait déjà accouché seule. À sa mère qui l’avait surprise juste pendant l’accouchement, elle avait demandé de la débarrasser du bébé. Celle-ci avait alors tué le nourrisson avant de cacher le corps. La mère avait écopé de 18 ans de réclusion et Audrey Chabot de 15 ans de prison.


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