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• Lundi 4 juillet 2016 à 16h40

Irak-Kurdistan : une grande complexité géopolitique

Kirkouk

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    Erbil


Une délégation de l’épiscopat français s’est rendue au Kurdistan irakien courant avril. En quatre jours, à la rencontre de leurs confrères évêques locaux, ils ont pu évaluer la situation des chrétiens dans deux villes de la région, Erbil et Kirkouk. Loin d’être simple, cette question doit être abordée à l’aune de la complexité orientale.


Sollicités par l’archevêque chaldéen de Kirkouk, Monseigneur Youssif Thomas Mirkis, pour venir en aide aux étudiants déplacés de Mossoul à Kirkouk pour poursuivre leurs études, les évêques de France ont répondu à son appel avec une première aide financière. L’objectif des évêques kurdes étant de favoriser le maintien des chrétiens dans cette partie historique pour le christianisme, ils ont invité leurs confrères français à se rendre compte sur place de la situation. La délégation française a visité Erbil et Kirkouk du 17 au 21 avril dernier. Quatre jours de rencontres très riches pour les ecclésiastiques français.



150 000 chrétiens


Les choses ont commencé avec l’invasion de la région de Mossoul, capitale de la province de Ninive, au nord-ouest de l’Irak limitrophe du Kurdistan irakien. Entre juin et août 2014, les troupes de Daesh ont pris position dans cette zone abandonnée par l’armée irakienne sans combats.

Quelque 150 000 chrétiens, mais bien plus encore de musulmans, ont dû quitter la zone, s’ils ne voulaient pas se soumettre à la férule terroriste de l’EI. Ces réfugiés dans leur propre pays ont trouvé à se loger qui à Erbil, en ville, pour ceux qui en avaient les moyens, qui en camp de réfugiés dans cette même ville pour bon nombre de chrétiens venant de Qarakoch et de Mossoul, ou encore à Kirkouk, ville la plus méridionale du Kurdistan, qui avant cela comptait 900 000 habitants et en compte aujourd’hui 1,5 million avec l’apport de 600 000 réfugiés, musulmans pour la plupart. Dans tous les cas, avec à peine plus de 5 % de la population les chrétiens sont largement minoritaires.


Si les terroristes de Daesh sont parvenus à prendre la ville de Mossoul, ils le doivent comme on vient de le dire à la retraite sans combats des forces irakiennes, mais aussi à une situation internationale favorable. La Turquie frontalière est un allié objectif de Daesh, puisque cela lui permet de lutter contre les Kurdes séparatistes et de les affaiblir sur son propre territoire comme à l’extérieur. Face à cela, l’Iran, également concerné par la présence Kurde sur une faible partie occidentale de son territoire, soutien les Kurdes, dans une volonté de reprise d’influence dans la région. Il ne faut pas omettre dans ce contexte géopolitique que le Kurdistan recèle des réserves importantes de pétrole, objet de convoitise internationale et de revenus substantiels pour les provinces kurdes, mais aussi pour Daesh.


Localement, le Kurdistan a été frappé par Saddam Hussein au temps où le dictateur de Bagdad tentait de garder son pouvoir. On se souviendra du gazage des populations du Kurdistan à la fin des années quatre-vingt. Surtout, les Kurdes réclamant leur autonomie, certains secteurs l’ont obtenue en 2005, comme Erbil qui regroupe les anciennes provinces d’Erbil, Souleymanié et Dohouk. En revanche, la province de Kirkouk plus au sud est restée dans le giron de Bagdad qui en nomme le gouverneur.

Les Kurdes bénéficient d’une aura indéniable en Irak, puisque de 2005 à 2014, le président du pays, élu par l’Assemblée nationale était le Kurde Jalal Talabani. Son successeur Fouad Massoum est également un Kurde.



Daesh impose sa loi


Mais si cette aura peut servir les intérêts des Kurdes, leurs divisions, Union du peuple kurde (UPK) et Part démocratique du Kurdistan (PDK), même si elles sont en voie de règlement, continuent d’envenimer le paysage politique, chacun regrettant la situation.

Pour couronner le tout, en avril dernier, Netchirvan Barzani, premier ministre du gouvernement, neveu du président du Kurdistan irakien, Massoud Barzani, a rencontré à Ankara, le président turc Recep Tayyip Erdogan pour évoquer la situation et en particulier la prochaine et très attendue libération de Mossoul.


Autour des parties libres et au cœur de Ninive, Daesh impose sa loi. Les provinces kurdes, autonomes ou intégrées, assurent depuis 2014 une sécurité maximale, même si l’on a déploré à Erbil, un attentat près d’une école en 2015, qui a fait une dizaine de morts. Les autorités du gouvernement autonome kurde imposent un système de sécurité draconien de l’aéroport, au point qu’il faut franchir onze contrôles avant d’embarquer dans l’avion. Contrôle visuel, palpation, scannage des bagages, portiques de détection, contrôles répétés des papiers et des tickets de voyage, constituent ce système destiné à rassurer les autorités européennes en particulier puisque l’aéroport est desservi à partir de Vienne en Autriche et de Francfort en Allemagne.


En ville en revanche, la sécurité est moins visible qu’aux entrées de la province où les peshmergas exercent un contrôle méticuleux des entrants et sortants.

À Kirkouk, la préoccupation première du gouverneur, Najmuldin Karim, c’est la sécurité pour garantir le maintien des chrétiens dans sa ville. Il a obtenu le concours des peshmergas pour contenir les combattants de Daesh aux limites de son territoire. En revanche on sent bien que la région est moins sûre, les forces militaires, de police et de milice à chaque carrefour ou presque en étant des témoins omniprésents.

C’est dans ce contexte que quelques milliers de chrétiens vivent au quotidien, petite population au milieu d’une majorité de musulmans.




Daniel Biron, envoyé spécial au Kurdistan



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