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• Mardi 18 octobre 2016 à 16h00

Bourg-en-Bresse - La leçon de vie de Sonam réfugiée tibétaine

Près de sept ans après son exil du Tibet, Sonam (à gauche sur la photo) a réuni sa famille à Bourg : son fils Rinzin, ses trois filles Tashi, Yangchen, Karma et son mari Gyalsten.

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    Près de sept ans après son exil du Tibet, Sonam (à gauche sur la photo) a réuni sa famille à Bourg : son fils Rinzin, ses trois filles Tashi, Yangchen, Karma et son mari Gyalsten.

« Je l’ai fait pour mes enfants. Pour qu’ils aient des perspectives, un avenir devant eux ». Sonam n’hésite pas quand on l’interroge sur la principale motivation de son exil. En 2010, à l’âge de 36 ans, elle a fait le choix de quitter sa terre natale du Tibet. Pour fuir l’annexion chinoise sur laquelle elle n’a pas trop envie de s’étendre. Sonam parle d’une voix douce de son village perché à plus de 3 000 mètres d’altitude dans la région de Qamdo à 500 km à l‘est de Lhassa. Elle raconte son long périple jusqu’au Népal, décrit ce mois et demi de marche au pied des plus hauts sommets de la planète. Elle est partie avec un petit groupe guidé par un passeur qu’il a fallu payer. En bravant l’angoisse permanente de se faire arrêter direction prison, si la police leur tombait dessus. Sonam a lutté contre le froid et la faim laissant derrière elle sa famille, avec le fol espoir de réunir un jour, sous des cieux plus cléments, son mari et ses trois filles.


Retrouvailles chaleureuses


Près de sept longues années ont passé avant que son vœu le plus cher soit exaucé. Par étapes ! Ce fut d’abord son mari Gyalsten qui l’a rejointe en France deux ans plus tard. Quelques mois après Sonam, Gyalsten avait suivi le même chemin de l’exil transportant dans un panier sur son dos la petite Karma âgée alors de dix mois. En 2014, un petit garçon Rinzin est né à Bourg. Puis en mars dernier, Tashi (17 ans) est arrivée à Bourg, suivie en ce début d’octobre 2016 de Yangchen (15 ans). Dans le petit appartement du quartier de la Reyssouze, l’émotion a été forte et les retrouvailles chaleureuses après tant d’années écoulées sans se voir. Autour d’une tasse de thé, chez une amie du quartier des Baudières, Sonam nous raconte comment sa vie a été transformée en posant son pied sur sa terre d’accueil en avril 2010. Comment, au péril de sa vie, elle a choisi de tout remettre en question pour l’éducation de ses enfants.


« On mangeait de la neige pour tenir le coup »


« Je ne suis jamais allée à l’école », témoigne Sonam. Dans son village sans électricité d’une trentaine d’habitants, dès l’âge de 12 ans, on travaille la terre de l’aube jusqu’au coucher du soleil. Seul son frère a appris à lire et à écrire dans un monastère. « Je passais mes journées à couper l’orge, à aller chercher l’eau à la source, à fabriquer du beurre et du fromage à partir du lait de yack. Je me souviens que des militaires chinois montaient parfois de la ville pour projeter des films de propagande. Détenir un portrait du dalaï-lama ou du drapeau tibétain était passible de prison. Moi je n’en avais jamais entendu parler, jusqu’au jour où ma grand-mère m’a éclairée sur la douloureuse histoire de notre peuple, de l’annexion de notre pays ». Devenue jeune fille, Sonam a rencontré son futur mari commerçant ambulant qui venait vendre des vêtements au village. Ensemble, ils ont réfléchi à un possible exil malgré tous les risques encourus. C’est Sonam qui a pris la décision. Début 2010, elle est montée dans un camion direction Lhassa. Neuf jours de route pour rejoindre la capitale tibétaine. Et puis, à pied la grande traversée d’un mois et demi au cœur de l’Himalaya. « On marchait la nuit, car en plein jour, sous le soleil avec nos bagages c’était trop fatigant et plus dangereux. On mangeait de la neige pour tenir le coup. Arrivée à Katmandou, j’ai dû me cacher pendant six mois. Je n’avais pas de papiers, je ne parlais pas le népalais et il y a beaucoup de chinois là-bas, c’était risqué ».


Une chaîne de solidarité


C’est en faisant une Kora (pèlerinage) que Sonam a rencontré une New-Yorkaise qui l’a prise sous son aile. « Elle parlait tibétain et pendant six mois je suis restée chez elle, elle m’a appris l’anglais et m’a conseillée pour quitter Katmandou. Finalement, j’ai débarqué de l’avion à Roissy en avril 2010. J’avais l’impression d’être comme un bébé qui recommence une vie. Tout était nouveau pour moi. Je me suis retrouvée dans le quartier de la Porte de la Chapelle. J’ai dormi plusieurs semaines dehors. A la gare j’ai rencontré un Tibétain qui m’a hébergée une nuit. Il m’a expliqué comment procéder pour une demande d’asile. Après j’ai trouvé un centre d’accueil. Pendant onze mois j’ai attendu les papiers. J’ai payé une femme 50 € pour apprendre le français. Je savais que c’était important pour trouver un jour du travail ». Le papier de réfugié politique en poche en juillet 2012, Sonam est d’abord envoyée dans un CADA à Chalon-sur-Saône. C’était transitoire. Une assistante sociale lui a demandé si elle avait une région de prédilection en France. « Je ne connaissais rien. Je lui ai répondu comme ça : pourquoi pas du côté de la montagne, j’avais l’impression que ça me dépayserait moins ». Ce sera le foyer Adoma à Bourg. Depuis Sonam a trouvé du travail dans une entreprise d’insertion. « Quand je suis arrivée à Bourg je n’avais rien, beaucoup de personnes m’ont aidée ». D’abord, les adhérents du SEL quand il a fallu trouver des meubles pour son logement. Maud, Maryse, Jacqueline, Claire, Anne, Gilles, Philippe et d’autres. Au fil de son témoignage, Sonam évoque des prénoms de ceux et celles qui l’ont aidée à avancer dans sa nouvelle vie.


Quatre enfants scolarisés


Dans son appartement avec ses modestes moyens, elle a tenu à inviter tout le monde pour les remercier et dire sa reconnaissance. Avec des momos au menu (sorte de raviolis tibétains composés de viande hachée) qu’elle a fait découvrir lors de la journée culinaire d’Ain’pact sous le marché couvert. Là-bas, dans ses montagnes loin de tout, la solidarité s’exprimait pareillement quand il s’agissait de construire une nouvelle maison. Tout le village venait prêter la main pendant un mois. Entourée de son mari qui aimerait ouvrir un restaurant tibétain familial et de ses quatre enfants, Sonam est aujourd’hui une femme épanouie. Avec une force de caractère et une volonté qui impressionnent. Tashi, Yangchen, Karma et Rinzin sont tous scolarisés avec le souci d’apprendre au plus vite le français. La mère y tient, même si la grande aimerait déjà travailler pour faire la plonge. Ultime espoir exprimé par Sonam, celui de faire venir un jour sa mère âgée de 75 ans qui vit seule à Dehli dans une petite chambre. « Je cherche quelqu’un pour s’en occuper là-bas mais ce n’est pas facile, dit-elle. Je lui envoie 70 € pour payer son loyer. Elle nous manque, au Tibet, pour les enfants la mère ou la grand-mère c’est pareil, mes filles l’appellent maman ».


A.L

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