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• Mardi 6 décembre 2016 à 10h00

"L'été du Grand Brûle" : témoignage de deux médecins du Revermont à l'été 44

Jacques Bussillet a passé une partie de son enfance à Coligny.

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    Jacques Bussillet a passé une partie de son enfance à Coligny.

Août 44. L’armée Allemande lance « Le Grand Brûle », une opération de représailles dans les villages du Revermont entre Coligny et Treffort. Près de 300 bâtiments sont incendiés, illuminant la Bresse de leurs funestes flammes. De ce fait réel, Jacques Bussillet s’est inspiré pour restituer la vie de deux médecins de campagne (son père et son grand-père) pris en tenaille entre armée allemande, milice et résistance. Un récit basé sur une description précise des lieux et de « vrais » protagonistes dont il a exhumé les dialogues. Une description nuancée d’une période plus propice aux analyses manichéennes qu’à la compréhension de la complexité des hommes et des situations. Interview.


Jacques Bussillet, comment est née l’envie de publier ce récit ?


Ces histoires de guerre se racontaient dans la famille depuis toujours. Il y a plus de vingt ans, j’avais recueilli les témoignages de mes parents et des mes tantes, sans trop savoir ce que j’en ferai. C’est la publication du livre Juillet Rouge (1), en 2008, qui m’a poussé à y revenir. Il raconte par le détail l’opération Treffenfeld, ces représailles de l’armée allemande qui se sont déroulées dans le département de l’Ain, au cours du mois de juillet 1944. Dès lors que l’auteur, Jérôme Dupasquier, y citait le rôle joué bien malgré lui par mon grand-père, j’ai eu envie d’en écrire le contre-champ, puisque je connaissais une part de cette histoire d’un autre point de vue.


Ce livre est basé sur des épisodes réels de la guerre. Il comprend des dialogues entre des personnages qui ont réellement existé. Sur quels documents vous êtes vous basé ?


J’ai commencé par écrire tout ce que j’avais recueilli auprès de ma famille, puis j’ai confronté ça au livre de souvenirs de Paul Cribeillet(2). Je me suis alors rappelé que, dans les papiers que nous avait laissés mon père à son décès, il y a près de quinze ans, il y avait un manuscrit que je n’avais jamais lu, car c’étaient des pattes de mouches indéchiffrables. Quand je l’ai repris, et passé le temps nécessaire pour le décrypter, j’ai découvert qu’il avait tenu un journal de guerre, presque au jour le jour, de 1940 à 1946. Il ne me restait plus qu’à croiser les trois sources d’information pour authentifier mes histoires. Mais ce journal ne rapportait pas que des faits bruts, il contenait des réflexions ou des conversations que j’ai replacées dans les dialogues, ce qui m’a permis de faire dire à mes personnages des phrases écrites et donc prononcées au cours de cette période.


Considérez-vous cet ouvrage comme un roman ou un témoignage historique ?


Mon métier de journaliste m’a poussé à scénariser cette histoire, afin de la rendre agréable à lire. La plupart des acteurs sont bien réels. Ils portent des noms fictifs, dès lors que je les faisais vivre, évoluer et parler au gré de mon imagination. J’ai aussi inventé quelques personnages pour construire un scénario, mettre un peu de suspense. Mon ouvrage n’a pas la prétention d’être une œuvre d’historien. C’est un récit romancé, qui donne une photographie de ce qu’ont pu vivre et penser les habitants d’un petit village du Revermont, au cours de ces années terribles. Mais presque toutes les situations, même les plus rocambolesques ou les plus dramatiques, sont aussi réelles que ceux qui y ont été impliqués.


Qu’est-ce que ce livre apporte qui n’a jamais été dit ou écrit ?


Quand mon manuscrit a été terminé, je ne pensais pas le mettre en place publique. Je l’ai fait lire à Jérôme Dupasquier, car je souhaitais connaître son avis. Il m’a vivement encouragé à le faire publier. Il m’a aussi fait comprendre l’intérêt du manuscrit de mon père, infime témoignage de ces années parmi tant d’autres.

.Le livre apporte un éclairage différent sur des faits relatés dans le livre Juillet Rouge. Mais je crois que l’intérêt principal, et les premiers lecteurs le confirment, c’est de montrer la vie ordinaire d’un village du Revermont au cours de cette période, sans céder au manichéisme qui prévaut d’habitude pour raconter ce genre de situations.



Honni des miliciens comme des résistants, votre grand-père apparaît comme un personnage sinon ambigu, du moins complexe. Avez-vous, à travers ce livre, voulu réhabiliter sa mémoire ?


Mon récit est un témoignage basé sur les souvenirs de gens qui ont vécu cette période. J’ai eu envie de l’écrire parce que j’ai souvent entendu mon grand-père critiquer les maquis à qui il reprochait de s’être arrogé le droit d’exécuter des gens. Son métier de médecin l’a sûrement influencé pour cela. Mais aussi le souvenir de la guerre de 14 qui lui avait fait prendre en horreur toute forme d’exécution ou de décès par balles. J’ai eu envie de restituer le décalage qu’il y avait entre un homme influencé par la Grande Guerre, qui approuvait forcément tout ce que faisait Pétain, et les gens qui l’entouraient. Mais pas un instant je n’ai eu l’intention d’une quelconque réhabilitation de sa mémoire parce qu’il aurait été traité de collabo pour avoir obéi aux Allemands, tant pour les soigner que ce qu’ils ont exigé de lui au cours de l’opération Treffenfeld. D’ailleurs, il a rapidement été lavé de tout soupçon, ce qu’a confirmé l’enquête du tribunal militaire de Dijon réalisée en 1946.


Etienne Grosjean


Une rencontre à Bourg le 6 décembre

 

L’Académie de la Bresse, organise à Bourg une rencontre avec des auteurs Bressans le mardi 6 décembre à 18h30 au Crédit Agricole Centre Est (Bd Kennedy). Jacques Bussillet y présentera son livre, et dédicacera à ceux qui le souhaitent.



L’été du Grand Brûle – Aux Éditions Baudelaire – Prix : 19 €.  Le livre est disponible à la Librairie du Théâtre et chez Montbarbon à Bourg et dans d’autres librairies du département. Il peut être commandé dans n’importe quelle librairie, ou via le site des Editions Baudelaire.

 

(1) Juillet Rouge : ce livre de l’historien Jérôme Dupasquier décrit les représailles allemandes perpétrées pendant l’été 44 dans le Revermont.

(2) Paul Cribeillet : résistant à la tête du 1 er bataillon FTP des maquis de l’Ain et du haut-Jura établi dans la région de Coligny. Dans la résistance il est connu comme le « capitaine Grillon ».





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