De passage à l’occasion de la fête de Toussaint dans la région bordelaise , je poussais la porte d’une église rurale. Tandis que j’écoutais l’homélie défilaient dans ma tête les crises qui agitaient ça et là nos communautés paroissiales. A la sortie jedemandais au prêtre s’il pouvait m’envoyer ce qu’il venait de nous partager . Hasard…ou providence le P. Samuel VOLTA, est un ancien de l’Ain, baptisé à Trévoux!
Ce qui suit mérite d’être médité:
“Les paroles que nous venons d’entendre dans l’évangile tombent comme un couperet sur le prêtre que je suis, peut-être également sur tous ceux qui exercent une responsabilité dans l’Église. Peut-être même encore, sur tous les parents, les éducateurs, sur tous ceux qui ont autorité. La Parole de Dieu est rarement aussi tranchante que cet avertissement sévère que Jésus fait à ceux qui, d’une façon ou d’une autre, sont des personnes ayant autorité.
Jésus vient dénoncer quatre pièges qui guettent tous ceux qui exercent des responsabilités d’autorité.
- C’est tout d’abord le manque de cohérence entre les paroles et les actes :N’agissez pas d’après leurs actes, ils disent et ne font pas.
- C’est ensuite l’autorité exercée comme une domination et non comme un service Ils lient de pesants fardeaux, et en chargent les épaules des gens, des petites gens incapables de se défendre.
- C’est encore le désir de paraître. Ils agissent toujours pour être remarqués des hommes
- C’est enfin le goût des honneurs et des titres. Ils aiment les places d’honneur dans les repas, les premiers rangs, les salutations sur les places publiques.Se mettre en avant. Ils veulent recevoir le titre de Rabbi.
- Et puis il y a ces sentences à l’emporte-pièce : Ne donnez à personne sur terre le titre de Père, car vous n’avez qu’un seul Père, celui qui est aux cieux. Ne vous faites pas appeler non plus maîtres, car vous n’avez qu’un seul Maître, le Christ.
Nous sommes forcément interpellés par ces paroles. Je le suis tout particulièrement comme prêtre alors que Père est la façon dont on m’appelle. Ceci peut nous inviter à approfondir quelques instants l’idée de la paternité du prêtre. Pourquoi, finalement, appeler les prêtre Père alors que Jésus rappelle avec véhémence qu’il n’y a qu’un seul Père. Il n’y a qu’en répondant à cette question que l’on peut comprendre le choix de l’Église catholique de n’admettre que des hommes parmi les clercs.
Libre
Dans le premier testament, Dieu est au-delà du masculin et du féminin. Dans le nouveau testament, la révélation faite par Jésus de son Père est indiscutablement la plus précise. Il s’agit d’un Père plein de tendresse, prêt à toujours nous accueillir, à l’image du père miséricordieux décrit dans la parabole des deux fils, une figure de Père qui laisse libre, qui laisse son fils prendre son indépendance, qui a su accepter que son fils cherche à faire mieux que lui.
Le cœur de la Révélation, dans le Nouveau Testament, c’est finalement d’affirmer la paternité divine que Jésus est venu nous révéler : « Qui m’a vu a vu le Père. » (Jn 14, 9), cette paternité que nous affirmons chaque fois que nous prions le « Notre Père ».
Nous sentons bien qu’il y a des limites à chercher dans la paternité humaine une image de la paternité de Dieu, car notre paternité est toujours limitée, imparfaite. Il y a donc des éléments à purifier dans notre imaginaire pour accéder à une image saine de Dieu. Guy Gilbert rendait compte des paroles d’un adolescent dont il s’occupait : « Si Dieu est père, alors c’est un salaud ! »
Si un prêtre est appelé Père, c’est qu’il donne quelque chose à voir de la Paternité de Dieu. Il n’est père, tout comme un père de famille d’ailleurs, que par délégation. De lui-même, il n’a aucun pouvoir. Par l’ordination, il l’a reçu de Dieu notre Père et de l’Église et devant lesquels il est responsable. C’est à lui que revient donc la mission d’accompagner tout ceux qui lui sont confiés vers un plein épanouissement, vers sa propre vocation au service de l’humanité, c’est à lui de rappeler la loi de l’Évangile, c’est à lui d’accepter de se laisser dépasser.
Mais là aussi, la paternité d’un prêtre est limitée. Le prêtre parfait n’existe pas. Les limites vous les connaissez bien, j’espère qu’elles ne tombent pas complètement dans tous les excès dénoncés par Jésus. J’espère que nous ne sommes pas pour vous des pères tyrannique et abusifs, des gourous profitant de notre situation de ministres ordonnés.
Finalement, nous, prêtres, ne sommes de bons Pères que si nous sommes de bons fils de Dieu, à l’image du Fils de Dieu, à l’image du Christ. Il n’y a qu’en nous abaissant à l’image du Christ serviteur et souffrant, à l’image de Paul qui a su allier tendresse et fermeté pour annoncer l’évangile, que nous sommes élevés. Il n’y a qu’en étant de bons serviteurs que nous grandissons au milieu de vous.
Vous voyez que la place d’un prêtre dans une Église n’est pas évidente à trouver. Elle n’est comparable à aucune autre responsabilité professionnelle ou associative. Elle continue de se chercher dans une Église qui souffre, en France du manque de prêtres, une église qui a à traverser des scandales dus, pour certains, aux prêtres eux-mêmes.
La relation d’un prêtre avec sa communauté a une réelle spécificité. Elle s’exprime finalement le mieux à l’aide du vocabulaire habituellement familial, à l’aide des mots frère et père :
Frère, le prêtre est chrétien parmi les autres. Il est fils de Dieu, frère de Jésus, dans l’Église, s’adressant aussi à Dieu avec le Notre Père. Il fait aussi partie d’un presbyterium, et est à ce titre doublement frère des autres prêtres, sous la bienveillance de la paternité épiscopale.
Père, le prêtre préside une communauté comme pasteur, comme celui qui annonce l’Évangile et qui sanctifie le monde par la célébration des sacrements.
De tout mon cœur, frères et sœurs, j’aimerais vous redire que nous ne pouvons bâtir une Église vivante et responsable que si nous œuvrons ensemble, prêtres et laïcs dans une même dynamique, au-delà de toute idéologie, de toute prise de pouvoir. Ceci implique que nous avons à nous aimer mutuellement avec nos imperfections, nos caractères, nos limites humaines, sans dette réciproque, mais avec respect, confiance et pardon.
Avec le psalmiste, puissions-nous tous nous redire, prêtres, parents, responsables : « Seigneur, tu m’invites à ne pas avoir le cœur fier, ni le regard ambitieux. Oui, je veux tenir mon âme égale et silencieuse, loin des remous de l’orgueil et du bruit de la vanité. Je veux être simple, sans détours, comme un petit enfant contre la poitrine de sa mère. O mon âme, attends le Seigneur !» Amen.