En direct du Caire avec Pauline Ducos : au coeur des élections égyptiennes
Burgienne, arrivée au Caire en septembre 2008, Pauline Ducos est devenue en mai 2010 coordonnatrice Asmae en Égypte. Elle représente l’association auprès des partenaires d’Asmae, des institutions publiques et des autres associations internationales. Fin 2009, les troisièmes États généraux d’Asmae ont notamment permis de mettre en évidence le travail à effectuer sur le terrain pour aider les jeunes à devenir des citoyens, responsables, actifs, critiques et solidaires. Pauline a vécu en direct les événements de la place Tahrir et observe avec intérêt les élections en cours.
En quoi êtes-vous directement concernée par les élections en cours ? Qu’en attendez-vous ? Comment parlez-vous de la démocratie avec les jeunes générations qui vous sont confiées ?
Les élections en cours sont une étape sur le chemin de la démocratie, une expérience concrète pour la population. La société civile joue depuis longtemps un grand rôle dans cette direction. Par exemple : l’association Lekaa, soutenue par Asmae, a mis en place des ateliers pour 25 jeunes sur la libre expression, l’analyse des journaux, le respect de la différence filles et garçons. Ainsi la plupart de ces jeunes ont participé et pris des responsabilités pendant la révolution de janvier.
L’association El Shehab, appuyée financièrement et techniquement par Asmae, développe un projet pour lutter contre la déscolarisation en se basant sur une méthode par le droit. La communauté ainsi apprend et revendique ses droits.
L’école Mahaba, fondée par sœur Emmanuelle et parrainée par Asmae, a mis en place une assemblée des élèves. Les élèves vivent ainsi une expérience démocratique en se faisant élire, en émettant des propositions d’actions et en prenant des décisions.
Suite à la révolution, Asmae a augmenté le nombre de chantiers, convaincue que le chantier est un outil efficace et pertinent dans la conscientisation sur la démocratie et les droits. Ainsi sur l’été 2011, ce fut plus de 400 enfants et familles qui ont discuté, simulé, représenté artistiquement leur droit et leur vision de leur société à travaers deux pièces de théâtre sur le droit et la révolution. Également, Asmae en collaboration avec France Volontaire a animé deux jours sur le bénévolat et l’engagement des jeunes en Égypte mais aussi en France.
Quel constat faites-vous ? Quel espoir portez-vous ?
La démocratie ne s’acquiert pas facilement et prend du temps. Des transformations profondes de la société doivent être opérées comme par exemple la mise en place d’une éducation et des soins de qualité pour tous les enfants. Quand je regarde la motivation des jeunes rencontrés sur la place Tahrir, le professionnalisme des associations qu’Asmae accompagne, l’engagement des bénévoles égyptiens, j’ai l’espoir qu’un jour tous les enfants d’Égypte vivent et seront des acteurs de la démocratie en Égypte.
Des élections importantes vont avoir lieu en France au printemps… Or il y a chez nous beaucoup d’abstentionnistes : comprenez-vous cela quand ailleurs, d’autres se battent pour avoir justement ce droit de voter ?
La participation en Égypte aux premières élections libres reste importante. Cependant, tous n’ont pas participé par choix ou par non-connaissance du fonctionnement (système très complexe pour une partie de la population analphabète). Voter est une pierre pour construire une démocratie, mais, seule, elle n’est pas suffisante. En ce sens, le combat que mènent tous les jours les associations égyptiennes pour faire respecter les droits des plus démunis reste un exemple pour développer une société plus juste.
Recueillis par Chantal Lajus ( publié dans Voix de l’Ain du 9 décembre 2011)
vidéo « la révolution des enfants du Caire » sur http ://www.lesenfantsdemahaba.com/video.php ? vid=5
Une mission passionnante
« Je suis arrivée au Caire en septembre 2008 en tant que conseillère technique pour l’association Asmae. Pendant un an et demi, j’ai accompagné six associations égyptiennes dans la mise en place d’un système de suivi et d’évaluation de projet. Cela a été l’occasion pour moi de comprendre mieux la société civile et d’appréhender les enjeux de structuration. En mai 2010, je suis devenue coordinatrice Asmae en Égypte. Je représente ainsi l’association auprès des partenaires d’Asmae, des institutions publiques et des autres associations internationales. Concrètement qu’est-ce que je fais ? Le travail de coordinatrice est riche et varié : j’accompagne les conseillers techniques (quatre actuellement) dans la réalisation de leur appui technique à nos partenaires en les conseillant par exemple dans l’organisation de formation. J’appuie les partenaires égyptiens dans la conception, réalisation et suivi de projet. Asmae en Égypte développe cinq projets dans les domaines du handicap, le préscolaire et l’accès de scolarité de qualité. J’assure le suivi de quatre projets parrainages en participant à la consolidation des relations entre les enfants et les parrains en France. Enfin, pendant les périodes d’été, je supervise les chantiers de solidarité internationale réunissant des bénévoles égyptiens et français au service des enfants les plus défavorisés ».
ASMAE
En 1981, Asmae a été créée par une quinzaine de jeunes, déjà engagés dans des mouvements de jeunesse, pour proposer à sœur Emmanuelle de l’aider dans son action auprès des chiffonniers du Caire en Égypte.
Elle accompagne des jeunes en termes de citoyenneté, de coopération et d’éducation aux développements. Association Sœur Emmanuelle est une ONG de solidarité internationale spécialisée dans le développement de l’enfant. Indépendante, laïque et apolitique, elle est ouverte à tous. Elle est présente dans 9 pays sur trois continents : Égypte, Liban, Soudan, Mali, Philippines, Madagascar, Inde, Burkina-Faso, et France.

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