\"Graines d\'espoir\" le blog de Chantal Lajus
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Nous avons tous été blessés quelque part, mais ceci ne nous empêche pas d’aimer l’Algérie et les habitants actuels

« Les enfants on a découvert du pétrole en Algérie, je crois que ça va être foutu pour ce pays« : François Asensio se souvient comme si c’était hier de cette phrase de son père alors qu’il travaillait avec lui : mon Père s’appelait PEPITO il fabriquait des Espadrilles en corde et vendait des chaussures. Nous avions un magasin qui donnait sur la place du village et la vie était belle. Et il commente : là où il y a du pétrole, là les puissances se battent pour en être les propriétaires. Pour l’Algérie, c’est la puissante URSS de l’époque qui s’est intéressé à notre sous-sol et nous l’avons payé cher par ce sang versé par des innocents de part et d’autre.

Il a 8 ans quand les évènements viennent troubler le paisible village de son enfance : » c’était à Toussaint 54. Notre voisin M. Canico a failli trouver la mort dans une attaque (une embuscade) de son car, dans la ligne droite entre Bou-Sfer et Ain-El-Turc. Aucun mort dans le car, mais une voisine qui revenait elle aussi sur la route a reçu une balle et en est morte : elle avait à peine 25 ans et venait d’être maman. C’était ma voisine. Je prenais moi-même ce car chaque jour pour aller au collège Jules Ferry à Oran. Jusqu’à ce jour nous vivions au paradis, Français, Arabes et tout le monde.

Ces événements ont changé la vie quotidienne non pas dans le village, car nous nous connaissions tous, les arabes étaient nos amis, mais à cause des personnes qui venaient de l’extérieur et qui venaient pour tuer.

Au village la vie quotidienne ne posait pas de problème en journée et le soir nous avions droit à des You You depuis le village arabe et à un concert de casseroles que nous donnions avec le rythme de Algérie Française. On se manifestait nos peurs en faisant du bruit car les nuits étaient longues et inquiétantes. J’ai assisté à l’indépendance de l’Algérie. J’ai vu le défilé de l’indépendance passé devant chez moi sur la place. Papa nous avait fait sortir du magasin et on assistait au défilé. Les Algériens étaient joyeux et nous savions qu’à cause d’un fou furieux on risquait notre vie, mais Papa avait fait ce choix de nous exposer devant le défilé, comme pour dire, vous êtes indépendants, nous assistons à votre liesse. Mais nous n’en menions pas large,

La situation se compliquant de jour en jour son père décida d’envoyer ses fils en France : le bruit circulait que le FLN considérait que tous les garçons français de plus de 16 ans étaient considéraient comme faisant partie de l’OAS. Nous étions en danger, mon frère et moi et mes parents ont décidé de nous rapatrier en métropole.

 Sans abris

Trois mois plus tard toute la famille rentre à Lyon et se retrouve réunie dans un centre d’accueil : « une pièce de 25 m2 pour cinq personnes. On nous considérait tous comme de richissime colons alors que nous étions sans-abri ! Mais heureux d’être ensemble et vivants. Papa n’a pu rien vendre de ses outils et de son magasin car après l’indépendance, certains membres du FLN disaient que tout appartenait aux algériens et le fait de vendre quelque chose (qui nous appartenait) après l’indépendance était considéré comme une dilapidation du patrimoine national et on pouvait être égorgé (certains l’ont été).

Aujourd’hui François Asensio, marié, père de quatre enfants, regarde sans amertume mais avec lucidité ce passé qui a bouleversé son enfance : je suis retourné en Algérie a trois reprises. J’ai été super bien accueilli. J’ai rencontré des amis d’enfance. Si la politique ne s’en était pas mêlée, on aurait pu éviter tout ce gâchis ! Je retournerai en Algérie car c’est le Pays où je suis né. J’aime cette terre et je désire la revoir avant de mourir. Nous avons tous été blessés quelque part, mais ceci ne nous empêche pas d’aimer l’Algérie et les habitants actuels qui souhaitent enfin vivre en paix. C’est ce que je leur souhaite : In-Challah !

D’autres témoignages à lire dans le dossier publié le 16 mars

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