La rumeur d’Athènes

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D’après une rumeur jamais confirmée, le cinéaste Angelopoulos ne serait pas mort fin janvier à Athènes des suites de ses blessures accidentelles si l’ambulance qui le transportait n’était pas tombée en panne sur le chemin de l’hôpital, faute d’entretien mécanique suffisant ! Une façon pour l’opinion publique d’illustrer l’état de déliquescence du pays et l’incurie des leaders politiques. Ministres et députés ne peuvent plus sortir sans protection, au risque d’être physiquement agressés, eux que le peuple grec tient pour responsables de ses malheurs… En quasi situation de faillite, la Grèce continue pourtant à bénéficier de la solidarité internationale. Au début de la semaine, les négociations se poursuivaient avec les banques pour l’effacement de 100 milliards d’euros de dettes et avec les institutions internationales pour un nouveau prêt de 130 milliards… Tout cela en échange de nouveaux sacrifices financiers alors que ceux déjà consentis sont très lourds à supporter au quotidien. Les Grecs savent bien qu’ils ont été complices d’un système où le travail au noir, la fraude fiscale et l’inefficacité de l’administration étaient érigés en règle sociale. Et ils sont prêts aux efforts et sacrifices à condition qu’ils puissent quand même survivre ! Or, ils étouffent. Salaires et retraites ont été très sensiblement diminués. Les médecins ne sont plus payés pour les services de garde. Les hôpitaux commencent à manquer de fournitures de base. Des écoles ferment faute de chauffage suffisant. Beaucoup de petits commerces baissent définitivement leur rideau parce qu’ils ne peuvent plus payer au comptant les fournisseurs. Sans allocations familiales ni allocations logement, et avec des indemnités chômage forfaitaires mensuelles de 500 € par personne mais pendant un an seulement, les Grecs s’enfoncent dans une récession qu’ils n’avaient plus connue depuis la seconde guerre mondiale… Et voilà que ressurgit du fond de leur mémoire collective, une rancœur contre l’Allemagne, l’ancienne puissance occupante dans les années 41-44 et aujourd’hui chef d’orchestre de la politique de rigueur imposée. Mesure-t-on assez ce que peut avoir de dangereusement violent pour demain, cette haine qu’exprime aujourd’hui la rue grecque ?
La Grèce n’est pourtant pas un pays du tiers-monde hélas habitué aux situations de pénurie et de crise ! C’est l’un des 27 pays de l’Union Européenne qui nous a donné une part essentielle de notre culture et de notre civilisation.
Pour l’heure, la solidarité familiale toujours très forte permet encore dans bien des cas, de faire le dos rond. Et puis, il y a « ce sentiment d’être nés Grecs » cher à l’écrivain et académicien Michel Déon. « Ce sentiment d’appartenir à une communauté morale et religieuse dont le reste du monde est impitoyablement exclu. »
Mais jusqu’à quand cette solidarité des proches et cet orgueil national permettront-ils aux Grecs de supporter ce qu’on a de la peine à imaginer dans la plupart des autres pays européens ? A l’aune de tant de sacrifices exigés, nos propres plans dits de « rigueur » font « rire jaune » aux pieds de l’Acropole d’Athènes ! Il y a comme ça des mots qui ne recouvrent pas le même sens pratique selon les latitudes.

Peur de l’Europe ?

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Les candidats à l’élection présidentielle auraient-ils peur de l’Europe ? Ils en parlent en tout cas le moins possible, sinon Marine Le Pen pour en dire le plus grand mal. Sur une heure et demie de discours au Bourget, François Hollande n’y a consacré que 8 minutes. Même François Bayrou n’en fait pas un thème central de sa campagne, lui l’héritier des bâtisseurs, qui se contente d’en dénoncer les insuffisances ! Nicolas Sarkozy de son côté, n’a encore rien dit de son projet alors que la crise l’a conduit à une série de sommets européens dont la succession a nui à la lisibilité des solutions.
Depuis le « non » au référendum de 2005, les leaders politiques marchent sur des œufs avec l’Europe. Leurs discours se focalisent sur nos problèmes franco-français. Et chacun de s’intéresser aux « Français d’abord », pour les « protéger » ou leur promettre « le doublement du plafond de leur livret A ». Vaste programme ! Comme si une ambition nationale n’avait pas besoin d’un cadre européen. Le fameux thème du « produire français » est assez symptomatique. Tout le monde sera d’accord pour promouvoir une industrie forte sur notre territoire. Mais quel est le produit exclusivement composé d’éléments fabriqués en France ? En fait, cette expression « produire et consommer français », poujadiste à souhait, masque une réalité pourtant éclatante : nos plus grands succès industriels sont ceux pour lesquels nous avons été associés à d’autres pays européens. Ariane et Airbus pour ne citer que les plus connus.
Personne ne peut croire que Paris pourrait décider seul dans son coin d’une politique de croissance. Le futur pacte européen doit être signé le 1er mars prochain. Il instaurera une « règle d’or » budgétaire. Qui en parle dans les médias ? À quel degré de rigueur budgétaire nos principaux candidats sont-ils prêts ? On n’en sait rien !
Le premier janvier dernier, l’euro a fêté (tout seul !) ses 10 ans. Ceux qui pourtant partagent le bilan largement positif de la monnaie unique se sont bien gardés de figurer sur la photo d’anniversaire, de peur que ça ne déplaise aux électeurs.
Nous en sommes là parce que nous sommes des Européens honteux. Honteux de notre histoire et de notre culture. Des Européens honteux et donc incapables de faire aimer cette construction inimaginable il y a 70 ans et jamais réalisée depuis les origines. Les hommes et femmes politiques qui ont pour noble ambition de devenir président(e) de la République ne doivent pas être jugés à l’épaisseur de leur catalogue programmatique. Seule une vision qui dépasse les intérêts particuliers et communautaristes dessine le portrait des hommes d’État. Elle tarde hélas à apparaître !
Pendant ce temps-là, le peuple croate a dit « oui » dimanche 22 janvier et à une écrasante majorité, au projet d’adhésion à l’Union européenne. Il est vrai qu’il porte encore dans sa chair les traces des conflits sanglants des années quatre-vingt-dix qui ont déchiré l’ex-Yougoslavie. Une bonne raison d’aimer la paix et la prospérité que garantit l’Europe depuis 60 ans.

vive le PSG Qatari !

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Pas besoin d’être ni un grand sportif, ni un supporter, ni même un amateur ordinaire des grandes compétitions de foot, pour pronostiquer la victoire en ligue 1 du PSG… Victoire en 2012 sans doute et pour plusieurs années à suivre ! Grâce aux pétro dollars Qataris, rien ni personne ne résiste plus au club qui attire les Beckham et autre Ancelotti à coups de salaires faramineux comme la confiture …les guêpes ! On a longtemps railler les clubs français incapables de briller vraiment au palmarès des grandes compétitions internationales. On verra bientôt le changement puisque les victoires s’achètent non pas comme les arbitres mais à force de recrutements onéreux. Il faut y mettre le prix, et quel prix !
ce sport business fait bien tousser ici où là, mais les supporters du PSG préfèrent le succès aux défaites et il y a fort à parier que l’opinion publique se fera vite une raison en applaudissant au palmarès, argurant qu’il nous faut les meilleurs si on veut réussir… Et en politique ou dans les grandes entreprises qui créent des emplois, on n’a pas besoin des meilleurs ? Dire qu’on fustige souvent les salaires ridiculement bas en comparaison des footballeurs, de nos hommes politiques ou autres grands patrons. Aucun abus n’est en ce domaine tolérable mais de fait, dans l’économie comme dans la vie politique, on a aussi besoin des meilleurs qui décident aussi de notre avenir. Et aujourd’hui, les meilleurs, il ne sont bien souvent ni dans l’industrie ni en politique mais dans la finance internationale ! Tant pis pour nous qui préfèrons le foot business et autres spectacles !

Retrouver confiance

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Nous pourrions évoquer ici sous forme de bilan 2011 le calamiteux taux de chômage qui a encore progressé en novembre ! 30 000 chômeurs de plus en un mois avec un taux jamais atteint depuis 12 ans ! Nous pourrions trembler devant les risques d’explosion de la zone euro qu’envisagent certains économistes sans qu’on sache bien s’ils les craignent ou les souhaitent ! Nous pourrions lire dans l’appel aux dons des Restos du Cœur (5 à 8 % de personnes supplémentaires accueillies dans les centres depuis le début de la campagne), le signe d’une fragilisation croissante de notre société. Oui, nous pourrions dire et crier à propos de toutes ces actualités qui ont en commun d’être grises et douloureuses, sans parler de tous les drames à l’étranger dont nous sommes des témoins impuissants… Ainsi pourrions-nous sans effort, entretenir cette flamme de l’inquiétude qui nous caractérise tant !
Las du catastrophisme ambiant, l’éditorialiste ne participera pas dans ce dernier numéro de l’année, à ce concours d’autodérision et de lamentations collectives. Non pas qu’il faille préserver le climat du réveillon de la Saint-Sylvestre ou chausser des lunettes roses pour ne pas voir la réalité. Mais c’est au moment où l’hiver s’installe (22 décembre) que l’ensoleillement reprend sa course en avant !
Dans une tribune publiée en début de semaine dans Le Figaro, cinq présidents de filiales de grandes sociétés multinationales installées en France (*) ont signé un cri pour « que les Français retrouvent confiance en l’avenir ». Ils connaissent bien ces dirigeants, les lourds nuages économiques et sociaux qui obscurcissent notre ciel. Dans le même temps, ils soulignent nos qualités : « intelligence, savoir, esprit d’initiative et d’innovation, créativité, adaptabilité…  » Sans oublier « une démographie dynamique, un système d’éducation et de santé de grande qualité, un dispositif de solidarité unique au monde » qui nous permettent de ne pas laisser se creuser les inégalités autant qu’ailleurs… « N’en jetez plus », serait-on tenté de leur répondre.
Dirigeants d’entreprises mondialisées, ils sont pourtant bien placés pour juger comparativement de nos atouts et ils le font à l’issue d’un colloque annuel sur les « États de la France ». Et si en 2012, nous adoptions la résilience ? Et si comme un malade qui croit à sa guérison, nous trouvions les forces pour nous relever ? Et si, conscients de la brutalité du monde, nous faisions de nos difficultés des forces ? Des économies pour moins de dettes et plus d’indépendance ! Plus d’Europe pour plus de dynamisme économique ! Plus de réformes pour plus d’efficacité sociale ! Des efforts pour plus de solidarité !
Nous sommes les champions du monde du pessimisme et du défaitisme. Mais l’optimisme qui n’est en famille ni avec l’illusion ni avec la naïveté, est une autre flamme olympique autrement plus utile à ranimer. L’optimisme est le père du courage et de l’avenir. Bonne année à tous et d’abord à ceux qui ont besoin de notre solidarité.
(*) « Passer de la défiance à une société de confiance » Tony Blanco (Barclays Bank), Clara Gaymard (General Electric), Christophe de Maistre (Siemens), Christian Nibourel (Accenture) et Robert Vassoyan (Cisco)

Appelé par son nom

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On ne connaît pas précisément les résultats du recensement que César Auguste ordonna entre 6 et 8 années « avant notre ère », comme disent ceux que l’expression « avant Jésus-Christ » dérange.
Les historiens parlent d’un empire romain de quelque 50 millions de personnes, sans compter les habitants de toutes les provinces annexées. Parmi celles-ci, figurait le royaume d’Hérode l’Ancien qui comprenait la Judée et donc Bethléem.
Sur toute la surface du globe, il n’y avait paraît-il que 250 millions d’habitants à cette époque, c’est-à-dire 28 fois moins qu’en 2011 qui a vu naître le 7 milliardième citoyen du monde. Mais le nombre d’êtres humains vivants ne change rien à l’affaire. Nous pourrions bien être 9 milliards comme on nous le promet d’ici 40 ans, ce serait toujours le même signe offert à tous : c’est à l’occasion d’un recensement qu’eut lieu une naissance apparemment très ordinaire mais qui allait avoir de telles conséquences qu’une nouvelle ère fut inaugurée. Un recensement « chacun dans sa ville » d’origine, comme le dit l’évangile de Luc, et qui a exigé de Joseph qu’il se mette en route avec sa jeune épouse enceinte, pour être inscrit sur un registre par son nom, à la suite de ses ascendants. Quand bien même César Auguste poursuivait-il d’abord des objectifs politiques et économiques, il n’empêche que l’édit impérial permit à chacun des habitants d’être appelé par son nom et inscrit dans une histoire.
Beau clin d’œil de la Providence qui fit naître Jésus de Nazareth à… Bethléem, au cours d’un déplacement familial. Parce que tout déplacement met en mouvement, et pas seulement le corps. Parce que tout recensement reconnaît une identité originale à chacun… Tout est dit ou presque dans ces premiers signes du christianisme : chacun est un être unique et sacré, invité à sortir de chez lui pour prendre place parmi les autres. Tout homme, toute femme est un être attendu au-delà de ce qu’il imagine et utile à toute la communauté humaine. Mais beaucoup meurent de ne pas le savoir. Que l’on soit 250 millions d’humains qui pour la plupart s’ignoraient, ou 7 milliards dans un monde interdépendant et solidaire comme jamais, c’est cette même espérance qui nous manque souvent. Ce même manque de foi en soi, en l’avenir, dans les autres… Ce même goût pour aller de l’avant.
« Le monde devient si délicat qu’il faut le prendre avec des gants parfumés », disait déjà saint François de Sales au XVIIe siècle. De ce point de vue, la situation n’a guère changé ! Nous sommes 7 milliards d’humains capables de prouesses technologiques ou scientifiques inimaginables, mais toujours aussi fragiles et inquiets pour mille et une raisons qui nous brouillent le regard et nous empêchent d’apercevoir cette étoile qui indique un chemin. Non pas qu’elle ne brille pas ! Mais elle se laisse chercher et on ne la voit bien qu’avec le cœur, comme dirait Saint-Exupéry. Encore faut-il se mettre en route et se laisser appeler par son nom… Bon Noël !

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