Les campagnes électorales sont comme les trains : l’une peut cacher l’autre ! Et c’est toujours la plus dangereuse que l’on ne voit pas venir…
Totalement obnubilés par la campagne présidentielle, nous avons superbement ignoré les législatives grecques qui avaient lieu ce même 6 mai dernier, feignant de croire que la crise de l’automne était réglée au motif qu’on en entendait moins parler. Et puis patatras, alors qu’une petite moitié de la France festoyait, les Grecs se dotaient d’un Parlement sans majorité, à l’image d’un pays affaibli et désespéré. Des partis de gouvernement désavoués et des extrêmes triomphants : 7 % pour « l’aube dorée » ( ?) un parti néonazi, et 17,8 % pour « Syriza » et son jeune leader, Alexis Tsipras, le Mélenchon d’Athènes ! Ainsi devenu le deuxième parti politique, il refuse l’austérité qu’impliquent les aides financières substantielles du Fonds monétaire international et de l’Union européenne.
Dix jours après ce séisme électoral, Athènes n’avait toujours pas de gouvernement en début de semaine et il était quasiment certain que de nouvelles élections seraient bientôt convoquées. Sauf que si aucune perspective sérieuse de sortie de crise n’est trouvée, on voit mal comment les mêmes causes ne produiraient pas les mêmes effets ! ?
D’où cette idée jugée folle il y a encore quelques mois et qui ne paraît plus aussi invraisemblable aujourd’hui : la Grèce va peut-être revenir à la drachme et même quitter l’Union européenne, sans que personne ne sache avec certitude s’il s’agirait de décisions salutaires ou du crépuscule européen. Après cinq années de récession, les Grecs n’en peuvent plus même s’ils sont les premiers responsables de cette situation. Mais tout le monde comprend aujourd’hui qu’ils ne pourront jamais se réformer aussi vite qu’il le faudrait, ni rembourser toutes leurs dettes dans les délais impartis.
Derrière la Grèce, c’est bien sûr le sort du domino européen qui inquiète avec notamment le Portugal et l’Espagne dont le poids économique est autrement plus important (13 % du produit intérieur brut en Europe pour l’Espagne ; 2 % seulement pour la Grèce).
Athènes a fait au monde ce cadeau inestimable de la démocratie et l’histoire n’est pas pour rien dans les raisons de l’intégration d’un pays qui n’aurait jamais dû adopter la monnaie commune. Mais la fin de la dictature des colonels ne date que de 1974. C’est justement l’année de naissance d’Alexis Tsipras qui, comme tous les hommes et femmes de sa génération, ne connaît pas le prix et la fragilité d’une démocratie encore récente. D’où les craintes d’un nouveau coup d’État militaire, que d’aucuns expriment désormais à voix haute !
Et comme si cela ne suffisait pas, voilà que d’autres soulignent le positionnement géopolitique de la Grèce, porte orientale de l’Europe, voisine de pays à forts enjeux stratégiques comme la Turquie. Sa sortie de l’Euro voire de l’Union européenne serait incontestablement lourde de sens et de risques.
L’avenir se joue en ce moment sur ces questions essentielles. Bon courage et bonne chance Monsieur le nouveau Président de la République Française !
La division est la rançon des vaincus. Depuis sa défaite surprise aux élections cantonales de 2008, la droite départementale tombe de Charybde en Scylla. Les sénatoriales de 2008 puis à nouveau les cantonales de 2011, ont été perdues par elle dans un département qui a pourtant voté à 57,22% pour Nicolas Sarkozy le 6 mai dernier ! Et ses haines recuites assaisonnées d’ambitions personnelles lui préparent de possibles déconvenues aux législatives des 10 et 17 juin prochains.
Depuis 4 ans, l’UMP départementale se cherche un patron et une dynamique. Aucun des parlementaires n’a autorité sur les troupes et c’est aujourd’hui le règne du n’importe quoi dans les rangs des seconds couteaux !
Dans la 5è circonscription (Oyonnax – Ambérieu) Michel Perraud, le maire et conseiller général d’Oyonnax, élu local légitime, se fiche comme d’une guigne que l’investiture ait été donnée à Damien Abad, jeune Conseiller régional et député européen qui ne s’est encore jamais frotté à un scrutin uninominal. Ni l’un ni l’autre ne se retireront avant le premier tour des législatives, offrant par là une chance non négligeable à Mme Exposito, maire d’Ambérieu-en-Bugey et candidate du PS, de siéger bientôt au Palais Bourbon ! Elue Premier magistrat de la ville cheminote en 2008 grâce aux divisions de la droite ambaroise, voilà qu’elle pourrait hériter presque malgré elle et dans les mêmes circonstances, d’un mandat de parlementaire !
Autre théâtre des divisions, la 2è circonscription (Lagnieu – Miribel), où Charles de la Verpillière tente de renouveler son mandat de député. Non content de subir la candidature du maire DVD de Niévroz, le conseiller général de Lagnieu devra aussi affronter le conseiller général de Reyrieux, Olivier Eyraud, jusqu’ici UMP et qui passe avec armes et bagages du côté du FN ! Suppléant depuis 1997 du député Voisin, Olivier Eyraud se rêvait sans doute en candidat investi en lieu et place de La Verpilllière. Mais personne sauf lui, n’y a jamais songé. Il avait déjà en 2008 imposé à une UMP réticente, son frère Benoît dans le canton de St Trivier-sur-Moignans, facilitant ainsi la victoire de la socialiste Christine Gonnu. Réputé pour ses positions à l’emporte pièce au sein du Conseil général, Olivier Eyraud s’est senti poussé des ailes quand s’est affiché fin avril le score de Marine Le Pen sur la circonscription (21,59%). Et il n’est pas le seul à droite à se dire qu’il ne faut plus « bunkériser le FN ». Sauf qu’en changeant de visage, le Front National n’a pas changé de répertoire ! Une chose est de ne pas mépriser ses électeurs. Une autre est de se ranger derrière sa bannière.
Quand bien même le FN est objectivement depuis 1986 le meilleur allié électoral de la gauche, Olivier Eyraud aurait dû se souvenir de ce qu’il en coûta à Charles Millon d’avoir en 1998 accepté les voix des amis de Bruno Gollnisch au Conseil régional. En cherchant à surfer sur la « vague bleu Marine », l’aventure du Conseiller général de Reyrieux finira elle aussi par un naufrage. La gauche départementale n’en demandait pas tant !
Quel que soit son nom, le prochain Président de la République héritera d’une France psychologiquement usée. Sans franche adhésion ni pour l’un ni pour l’autre des deux candidats, le risque est grand malheureusement, que nous élisions dimanche un Président « par défaut » alors qu’il nous faudrait un Président « pour défi », capable d’entraîner le pays pour le relever. Parmi ces défis et pas des moindres, celui de la confiance. Dans son dernier rapport comme Médiateur de la République, Jean-Paul Delevoye parlait en 2011, d’un peuple « qui ne croit plus à la réussite collective… Un peuple de consommateurs qui croient en eux-mêmes, pas en leur pays ».
Les quelque dix millions et demi d’électeurs de Jean-Luc Mélenchon et de Marine Le Pen ont clairement exprimé leur refus de la mondialisation. Cette fameuse « France du non » qui s’était déjà exprimée à l’occasion des référendums européens de 1992 et de 2005. Derrière cette expression « refus de la mondialisation », de nombreux politologues repèrent les électeurs qui ont le sentiment que ce qu’ils vivent, les angoisses qui sont les leurs, ne sont ni relayées ni comprises par personne. Avec cette impression qu’ils font marche arrière pendant qu’une autre partie de la population va toujours de l’avant, en termes d’emplois et de pouvoir d’achat… À tort ou à raison, c’est la peur du déclassement qui les pousse parfois dans l’abstention (scrutins de 2008 à 2011), ou dimanche 22 avril vers les votes extrémistes.
Si Paris et les grandes métropoles régionales sont des centres globalement réticents au Front National, les territoires périurbains et ruraux constituent désormais la France des marges, de plus en plus séduite par les discours « marinistes », comme le parti aime à se dénommer. Plus qu’un « coup de gueule », ce vote est désormais l’expression d’une défiance, « un vote d’empêchement » selon Pascal Perrineau, le directeur du Centre de recherches politiques de Sciences-Po Paris. Le Front National, bien que très composite avec des électeurs venus de tous les bords, est clairement devenu la troisième force politique du pays et il est bien loin le temps où l’on croyait qu’un cordon sanitaire et de vibrantes condamnations morales suffiraient à freiner sa progression. La question se pose désormais de savoir comment entendre ses électeurs sans adhérer à ses thèses extrémistes ni renoncer aux principes républicains.
Passée l’euphorie de son élection, le prochain Président aura l’urgente obligation de rechercher les termes d’un nouveau contrat social si l’on veut éviter qu’un jour, les partis extrémistes ne gagnent. Un contrat social, c’est-à-dire permettre à chacun de trouver sa place dans la société. « Il faut, écrivait encore Jean-Paul Delevoye, passer de la séduction à la conviction, de la détestation à l’adhésion, de l’indignation à la mobilisation pour un projet soutenu par des valeurs qui méritent l’engagement ». La place centrale qu’a occupée, dans cet entre-deux-tours, le Front National qui n’était pourtant pas qualifié pour le scrutin du 6 mai, en dit long sur l’importance des enjeux.
*Le Monde du 25 avril 2012
Vous ne serez pas étonnés d’apprendre que je ne partage pas la “mélenchonite aigüe” qui s’est emparée de tous les médias audiovisuels qui ont déjà oublié avec quel mépris le candidat les traitait ! Mais c’était il y a bien longtemps, avant qu’il ne grimpe aux arbres sondagiers ! Aujourd’hui, c’est une coqueluche électorale ou le veau d’or de la campagne ! Loin de m’enthousiasmer, les discours à la Roberspierre de Jean-Luc Mélenchon me font froid dans le dos, sans parler de son programme… Ses propos outranciers me choquent, y compris quand il insulte les militants et électeurs du Front National, pour lesquels je n’ai pourtant jamais eu de sympathie. Mais nous sommes en République et tout le monde a droit au respect, même ceux qui ne partagent pas mes opinions. Je me scandalise que ceux-là mêmes qui dénoncent une campagne “qui ne serait pas à la hauteur des enjeux, qui ne parlerait pas des vrais problèmes” (c’est le même discours tous les 5 ans !), oui ceux-là mêmes qui donnent des leçons à la terre entière, ne trouvent rien à redire quand Mélenchon parlent des “poivrots, des branquignols et des bons à rien” du FN. Je refuse ce discours et dénonce la “scandalite” sélective de tous les commentateurs qui s’énervent au fur et à mesure que le candidat socialiste baisse dans les sondages alors qu’ils nous avaient annoncé une élection jouée d’avance. Je les trouve décidément bien nerveux, tellement nerveux qu’ils en perdent le sens de la mesure et l’esprit critique pour eux-mêmes. Je n’ose imaginer la dimension du chapeau qu’il leur faudrait avaler si par malheur pour eux, le 6 mai prochain… ! Mais ne vous faites aucune illusion. Ils ne se répandraient pas en regrets ni ne reconnaîtraient s’être à ce point trompés. Il faut dire que dans les bureaux parisiens, c’est pas facile à ressentir, l’état de l’opinion au fond des provinces…
Montauban et Toulouse, sept morts par fanatisme. Beauvoir-en-Lyons (Seine-Maritime), un adolescent assassiné par ses « copains » rendus à l’état sauvage…
Scènes de vie « ordinaires » qui jalonnent l’actualité et qui, tel un mauvais feuilleton, anesthésient notre capacité d’indignation. Jean-Claude Guillebaud, journaliste et ancien correspondant de guerre, parle « d’apnée de la conscience capable de désactiver toute émotion ». Il fut professionnellement témoin d’une « jubilation barbare, d’une possession meurtrière qui ne devait rien à la géopolitique ou au conflit religieux ». Simple démence indescriptible qui habitait le cœur de gens « normaux » emportés par une guerre civile qui submergeait tous les esprits. C’était au Liban dans les années quatre-vingt. C’était aussi dans les Balkans dans les années quatre-vingt-dix et dans tant d’autres endroits du monde avant et depuis…
Nous n’en sommes heureusement pas là mais, dans le contexte de la campagne électorale, de tels drames ne restent pas sans lendemain. Au moment des faits, la trêve qu’ont tenté de s’imposer quelques candidats, le temps du deuil, a fait long feu. Comme si l’on pouvait circonscrire les événements dans l’espace d’une parenthèse pour tenter d’en souligner le caractère d’exception ! Une trêve, une pause comme si le tragique n’appartenait pas à nos réalités humaines ! Aucun lieu, aucune communauté, ni même aucun d’entre nous n’est totalement à l’abri de la violence et pas seulement comme victime potentielle ! Il serait si rassurant de croire qu’il suffit de se protéger derrière un mur ou une barrière pour ne jamais être atteint ! Malheureusement, la violence habite le cœur de tous les hommes comme un ennemi intime toujours prompt à jaillir de nos caves cérébrales. Selon qu’il est plus ou moins nourri des circonstances, de l’environnement ou des frustrations, il peut exceptionnellement prendre les commandes.
Cet « ennemi intime », d’aucuns le nomment « le mal ». Encore faut-il d’abord le reconnaître comme passager clandestin sinon pour l’éradiquer, du moins le tenir définitivement à distance. Les moyens les plus efficaces pour cela se nomment « éducation » ou « civilisation » et s’appuient sur des valeurs vieilles comme la Bible et le célèbre « tu ne tueras point ».
Pour les chrétiens, la fête de Pâques vient opportunément rappeler que nous ne sommes pas condamnés à subir les assauts de cette culture de mort. La foi dans la résurrection ne vaut pas seulement comme espérance pour l’après. Elle renouvelle chaque jour la capacité de résistance en donnant l’assurance aux croyants que le mal n’aura pas le dernier mot. C’était un matin, le premier jour d’une première semaine. La vie a subitement repoussé la pierre qui fermait le tombeau. Et en roulant, la pierre a signé l’échec définitif des forces du mal. Depuis lors, des milliards d’hommes et de femmes se savent au quotidien promis à cette victoire-là. C’est fou, c’est peut-être même incompréhensible et proprement incroyable pour des milliards d’autres qui se repaissent d’images violentes au point d’en être aveuglés ! On a souvent besoin de voir pour croire mais si, pour une fois, on essayait de croire pour voir ?
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