Ce devait être une main tendue. C’est devenu “l’affaire Williamson”. Car c’est bien d’une “affaire” qu’il s’agit plus que d’un débat sur l’opportunité ou non de lever la fameuse excommunication en faveur des quatre évêques intégristes. Au fond, et passées les premières émotions liées à cette décision, personne ne peut sérieusement croire que Benoît XVI, immense intellectuel et théologien, ait jamais voulu remettre en cause les acquis fondamentaux du concile Vatican II. En tout cas, sa déclaration du 4 février est sans équivoque :
« la pleine reconnaissance du concile et du magistère des papes Jean XXIII, Paul VI, Jean-Paul 1er, Jean-Paul II et Benoît XVI est la condition indispensable à la reconnaissance future de la Fraternité Saint-Pie X… »
Non, ce qui a provoqué une telle tempête dans l’Église et jusqu’aux sommets des États européens, ce sont les insupportables propos négationnistes de cet évêque d’origine anglaise qui s’obstine à défier le Pape. Lequel l’a pourtant enjoint de « prendre ses distances d’une manière absolument sans équivoque et publique vis-à-vis de ses positions inacceptables… »
Aussi incroyable que cela puisse paraître, il est aujourd’hui évident que le Pape ne connaissait rien de Mgr Williamson et de ses positions douteuses, avant de rendre publique la levée de l’excommunication. Mieux informé, Benoît XVI aurait vraisemblablement assorti son geste d’ouverture, de conditions préalables qui lui auraient évité bien des difficultés. La fraternité intégriste Saint-Pie X à laquelle Mgr Williamson appartient, paraît elle-même bien en peine d’avoir à gérer un tel énergumène. Ne l’a-t-elle pas désormais relevé de ses responsabilités à la tête d’un séminaire en Argentine ? C’est dire… Parmi toutes les questions et remarques que soulève ce triste épisode, on peut se demander d’où vient le fait que les déclarations de Mgr Williamson aient été enregistrées quelques semaines seulement avant la levée de l’excommunication ? À ce moment-là, il ne pouvait ignorer la décision imminente du Pape et, sauf à vouloir torpiller la tentative de réconciliation, on ne comprend pas bien ses objectifs.
Autre remarque à propos du fonctionnement de l’Église elle-même : jamais dans l’histoire récente, des évêques et des cardinaux (allemands, autrichiens, belges et français en l’occurrence) n’ont aussi clairement et publiquement exprimé leur désarroi et leur désaccord sur la façon dont le Saint-Siège avait géré la décision du Pape. Une parole s’est à coup sûr libérée qui devrait obliger le Vatican à revoir le processus des décisions importantes et l’organisation de la communication. L’opinion publique existe aussi dans l’Église. On ne peut plus à Rome faire semblant de l’ignorer quand l’image et la crédibilité de l’Église universelle et du Pape risquent d’être à ce point altérées.
fév 17
17 février 2009 à 14:46
LA VERSION ELECTRONIQUE CI-DESSUS ME RASSURE; CAR LA VERSION PAPIER ME SEMBLAIT COMPORTER UN “n’” de trop à la 9°ligne (voir la 4° ligne ci-dessus).Plus grammairien que poête, il me semblait qu’il y avait un os!et une contradiction avec votre pensée – Me voici rassuré. Faut-il une correction? ou suis-je le seul à avoir repéré l’erreur? merci.
17 février 2009 à 16:42
merci de votre perspicacité et de votre fidélité !
votre remarque est évidemment (et malheureusement pour l’auteur !) juste
25 février 2009 à 11:09
Le drame dans cette histoire – heureusement, peut-être aussi une chance -, c’est qu’on a jamais autant parlé de la fraternité St Pie X. Ils n’ont pas leur pareil pour faire leur pub ! Damned !
Il est maintenant urgent que l’Église s’organise pour qu’une voie structurée existe qui permette à une “opposition” de s’exprimer. C’est rendre service au Pape que de permettre les expressions contraires dans un cadre d’unité de l’Église.
L’autorité du Vatican n’est jamais aussi forte que quand elle est collégiale.
On parle trop de la fraternité St Pie X et du pape Benoit XVI, c’est une séquelle des années Jean-Paul II qui prenait beaucoup de place, même si c’était pour la bonne cause.
Nous avons déjà un omni-président, avons nous besoin d’un omni-pape ?