On parle peu d’habitude de nos voisins suisses… Sauf quand ils répondent « oui » à l’interdiction de construire des minarets ! Il faut dire qu’avec trois ou quatre votations par an, ils ont pu confondre les questions d’autant que ce même dimanche, ils ont répondu « non » à l’interdiction d’exporter des armes !
Plus sérieusement, si on est bien contents de ne pas avoir à gérer les conséquences diplomatiques d’un tel résultat, personne en Europe ne peut se sentir totalement exonéré des questions que cela pose. Il n’y a bien que le ministre de l’Éducation nationale pour penser que « ce n’est pas d’actualité en France ». Marine Le Pen n’a pas tardé à se rappeler à son bon souvenir en réclamant à son tour un référendum sur le sujet.
Les arguments intellectuels, culturels et spirituels ne manquent pas pour dénoncer les racines de la peur qui ont poussé les Suisses à dire « oui » à l’interdiction. Mais outre que la même question pourrait bien susciter la même réponse chez nous aussi, les élites auraient tort de ne pas entendre l’inquiétude sourde qui au pire, s’exprime dans le vote extrémiste, au mieux, se tait honteusement.
Pendant que les musulmans ont à s’interroger sur la caricature de leur religion que l’islamisme radical véhicule trop souvent dans une actualité violente, nous avons collectivement à nous saisir du débat fort opportun sur l’identité nationale, même si on peut regretter qu’il se déroule en période préélectorale. L’identité est une subtile alchimie d’histoire, de culture, de devoirs et de droits. Pour sa part, la liberté religieuse est consubstantielle de notre identité nationale et europénne. Loin d’être un ferment de divisions, les religions participent au contraire à son unité dès lors qu’une foi vivante, si elle est fidèle à ses racines spirituelles, ne peut pas se vivre « contre » les autres mais bien au contraire « avec » et en dialogue avec tous.
Dans un pays démocratique et adulte comme le nôtre, on ne doit jamais craindre les questions qui fâchent à condition de pourchasser les manipulateurs et de refuser les boucs émissaires. Tous les partis politiques, tous les intellectuels et courants de pensées seraient bien inspirés de prendre part à ce débat pour ne pas laisser le champ libre aux extrémistes.
Mais attention à ne pas confondre libre expression et démocratie participative ! La votation suisse est un beau contre-exemple de ce que cette dernière peut produire. Le traité de Lisbonne permet désormais à un million de citoyens européens réunis par une pétition, d’exiger une proposition de loi sur le sujet de son choix… Gare ! On sait trop qu’il ne suffit pas d’être majoritaire pour avoir moralement raison. Et comme disait un confrère sur une radio nationale : « La démocratie participative est soluble dans le premier populisme venu… ! »
déc 03
12 décembre 2009 à 13:11
Que le référendum suisse soit inopportun et critiquable, aucun doute la-dessus. Que l’Église émette à juste titre des doutes sur l’idée de réciprocité, on peut en être d’accord. Mais même le Cardinal Barbarin a parlé à propos de l’Algérie, il y a quelques années, du “catholicisme des caves”.
Cependant, faut-il céder sur tout?
La grande majorité des musulmans est attachée à un Islam tranquille, mais reste cependant un troupeau sans berger du fait de l’absence de hiérarchie. Comme tout le monde, elle peut entendre, même si elle ne les écoute pas encore, les propos fielleux d’un Tariq Ramadan ou ceux très ambigus de dirigeants islamiques tel Cheikh Al Tantaoui, Recteur de la mosquée Al-Azhar du Caire, sans parler des harangues des islamistes radicaux.
Le danger est celui d’un basculement progressif de cet Islam tranquille dans le radicalisme. Des foyers de cet Islam conquérant existent déjà autour de mosquées qui n’ont pas besoin de minarets.
Comment anticiper cette évolution? Certainement pas avec des initiatives telles que le référendum suisse. Mais sûrement pas non plus en baissant les bras devant les revendications et menaces venant de certains Etats musulmans.
Bien que la marge de manœuvre soit étroite, elle ne doit pas être négligée. Les déclarations fracassantes de ces derniers jours n’arrangent rien et minent la confiance de part et d’autre.
De nouvelles formes de dialogue restent à imaginer, qui ne soient pas réservées à une élite intellectuelle, comme c’est souvent le cas lorsqu’on parle de “dialogue islamo-chrétien”.