Changer les règles du jeu

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Sous le coup des tremblements de terre économique, des gouvernements pourtant légitimes, tombent à cause de leur prétendue incurie à réduire leur dette publique. Quand il faut des semaines à un état pour décider d’un plan d’économies drastiques, et des années pour en mesurer l’efficacité, il faut quelques heures seulement à la finance internationale pour décider que ce n’est pas suffisant ni crédible. Ainsi va le monde occidental qui, après des décennies de budgets déficitaires, s’est livré pieds et poings liés à ceux qui assurent aujourd’hui ses fins de mois.
En mettant chacun en face de ses responsabilités, on comprend vite que la crise d’aujourd’hui n’est pas seulement le résultat de dysfonctionnements techniques et financiers. La crise de nos dettes est aussi morale. Quelle morale y a-t-il à vivre à crédit comme nous le faisons depuis 30 ans ? Quel sens du bien commun peut-on reconnaitre dans l’attitude de certains actionnaires internationaux, qui préfèrent une rentabilité à court terme des capitaux investis dans les grandes entreprises, au mépris de projets industriels innovants et des hommes qui les conduisent ? C’est le règne du « court termisme » dont nous nous sommes gavés pendant des années mais qui déstabilise aujourd’hui tout le monde parce qu’il n’offre ni perspective ni ambition collective.
Il est donc urgent de changer les règles du jeu !
Le G20 de 2009 appelait de ses vœux « une nouvelle ère pour une activité économique mondiale durable, basée sur la responsabilité ». C’est aussi en d’autres termes, ce que disent les chrétiens depuis des décennies. Ses prédécesseurs avant lui et Benoît XVI dans son encyclique de 2009 (« L’amour dans la vérité »), rappelle qu’il faut « éviter que le motif de l’emploi des ressources financières soit spéculatif et cède à la tentation….d’un profit à court terme sans rechercher la continuité de l’entreprise à long terme …  » Et dans le prolongement, le Conseil pontifical Justice et Paix, vient de publier une note intitulée « Pour une réforme du système financier et monétaire dans la perspective d’une autorité publique à compétence universelle ».
En attendant que naisse cette hypothétique « autorité politique mondiale », nous avons en Europe bâti depuis 54 ans, un ensemble qui va dans ce sens là et qui nous rend déjà solidaires les uns des autres. A la différence des années 30 où c’était le chacun pour soi pour tenter de sortir de la crise (avec une deuxième guerre mondiale au bout du compte !), c’est la solidarité qui prévaut aujourd’hui entre les 27 pays d’Europe. Et la survie de l’Union Européenne dépend de notre capacité à aller désormais vers plus d’intégration politique et de discipline budgétaire. Plutôt que de pleurer sur les douloureux efforts de redressement de nos finances publiques qui nous rendront pourtant notre indépendance vis-à-vis des marchés, réjouissons-nous des pas que nos pays font vers plus d’unité. L’Allemagne de la chancelière Merkel longtemps réticente, réclame aujourd’hui avec la France, « plus d’Europe ». Ce sera in fine le fruit de la crise actuelle. Là aussi, il est temps de changer et améliorer les règles du jeu institutionnel.

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