Appelé par son nom

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On ne connaît pas précisément les résultats du recensement que César Auguste ordonna entre 6 et 8 années « avant notre ère », comme disent ceux que l’expression « avant Jésus-Christ » dérange.
Les historiens parlent d’un empire romain de quelque 50 millions de personnes, sans compter les habitants de toutes les provinces annexées. Parmi celles-ci, figurait le royaume d’Hérode l’Ancien qui comprenait la Judée et donc Bethléem.
Sur toute la surface du globe, il n’y avait paraît-il que 250 millions d’habitants à cette époque, c’est-à-dire 28 fois moins qu’en 2011 qui a vu naître le 7 milliardième citoyen du monde. Mais le nombre d’êtres humains vivants ne change rien à l’affaire. Nous pourrions bien être 9 milliards comme on nous le promet d’ici 40 ans, ce serait toujours le même signe offert à tous : c’est à l’occasion d’un recensement qu’eut lieu une naissance apparemment très ordinaire mais qui allait avoir de telles conséquences qu’une nouvelle ère fut inaugurée. Un recensement « chacun dans sa ville » d’origine, comme le dit l’évangile de Luc, et qui a exigé de Joseph qu’il se mette en route avec sa jeune épouse enceinte, pour être inscrit sur un registre par son nom, à la suite de ses ascendants. Quand bien même César Auguste poursuivait-il d’abord des objectifs politiques et économiques, il n’empêche que l’édit impérial permit à chacun des habitants d’être appelé par son nom et inscrit dans une histoire.
Beau clin d’œil de la Providence qui fit naître Jésus de Nazareth à… Bethléem, au cours d’un déplacement familial. Parce que tout déplacement met en mouvement, et pas seulement le corps. Parce que tout recensement reconnaît une identité originale à chacun… Tout est dit ou presque dans ces premiers signes du christianisme : chacun est un être unique et sacré, invité à sortir de chez lui pour prendre place parmi les autres. Tout homme, toute femme est un être attendu au-delà de ce qu’il imagine et utile à toute la communauté humaine. Mais beaucoup meurent de ne pas le savoir. Que l’on soit 250 millions d’humains qui pour la plupart s’ignoraient, ou 7 milliards dans un monde interdépendant et solidaire comme jamais, c’est cette même espérance qui nous manque souvent. Ce même manque de foi en soi, en l’avenir, dans les autres… Ce même goût pour aller de l’avant.
« Le monde devient si délicat qu’il faut le prendre avec des gants parfumés », disait déjà saint François de Sales au XVIIe siècle. De ce point de vue, la situation n’a guère changé ! Nous sommes 7 milliards d’humains capables de prouesses technologiques ou scientifiques inimaginables, mais toujours aussi fragiles et inquiets pour mille et une raisons qui nous brouillent le regard et nous empêchent d’apercevoir cette étoile qui indique un chemin. Non pas qu’elle ne brille pas ! Mais elle se laisse chercher et on ne la voit bien qu’avec le cœur, comme dirait Saint-Exupéry. Encore faut-il se mettre en route et se laisser appeler par son nom… Bon Noël !

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