Les candidats à l’élection présidentielle auraient-ils peur de l’Europe ? Ils en parlent en tout cas le moins possible, sinon Marine Le Pen pour en dire le plus grand mal. Sur une heure et demie de discours au Bourget, François Hollande n’y a consacré que 8 minutes. Même François Bayrou n’en fait pas un thème central de sa campagne, lui l’héritier des bâtisseurs, qui se contente d’en dénoncer les insuffisances ! Nicolas Sarkozy de son côté, n’a encore rien dit de son projet alors que la crise l’a conduit à une série de sommets européens dont la succession a nui à la lisibilité des solutions.
Depuis le « non » au référendum de 2005, les leaders politiques marchent sur des œufs avec l’Europe. Leurs discours se focalisent sur nos problèmes franco-français. Et chacun de s’intéresser aux « Français d’abord », pour les « protéger » ou leur promettre « le doublement du plafond de leur livret A ». Vaste programme ! Comme si une ambition nationale n’avait pas besoin d’un cadre européen. Le fameux thème du « produire français » est assez symptomatique. Tout le monde sera d’accord pour promouvoir une industrie forte sur notre territoire. Mais quel est le produit exclusivement composé d’éléments fabriqués en France ? En fait, cette expression « produire et consommer français », poujadiste à souhait, masque une réalité pourtant éclatante : nos plus grands succès industriels sont ceux pour lesquels nous avons été associés à d’autres pays européens. Ariane et Airbus pour ne citer que les plus connus.
Personne ne peut croire que Paris pourrait décider seul dans son coin d’une politique de croissance. Le futur pacte européen doit être signé le 1er mars prochain. Il instaurera une « règle d’or » budgétaire. Qui en parle dans les médias ? À quel degré de rigueur budgétaire nos principaux candidats sont-ils prêts ? On n’en sait rien !
Le premier janvier dernier, l’euro a fêté (tout seul !) ses 10 ans. Ceux qui pourtant partagent le bilan largement positif de la monnaie unique se sont bien gardés de figurer sur la photo d’anniversaire, de peur que ça ne déplaise aux électeurs.
Nous en sommes là parce que nous sommes des Européens honteux. Honteux de notre histoire et de notre culture. Des Européens honteux et donc incapables de faire aimer cette construction inimaginable il y a 70 ans et jamais réalisée depuis les origines. Les hommes et femmes politiques qui ont pour noble ambition de devenir président(e) de la République ne doivent pas être jugés à l’épaisseur de leur catalogue programmatique. Seule une vision qui dépasse les intérêts particuliers et communautaristes dessine le portrait des hommes d’État. Elle tarde hélas à apparaître !
Pendant ce temps-là, le peuple croate a dit « oui » dimanche 22 janvier et à une écrasante majorité, au projet d’adhésion à l’Union européenne. Il est vrai qu’il porte encore dans sa chair les traces des conflits sanglants des années quatre-vingt-dix qui ont déchiré l’ex-Yougoslavie. Une bonne raison d’aimer la paix et la prospérité que garantit l’Europe depuis 60 ans.
jan 30
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