Chacun d’entre nous a été, est ou sera un jour ou l’autre, confronté de près ou de loin, à des situations humaines douloureuses. Un parent, un proche, un ami, le parent d’un proche ou l’ami d’un parent se meurt à petit feu et survit « comme un légume ». « Ça » n’en finit pas et la mort est alors attendue comme une délivrance pour le malade et son entourage. L’angoisse de la mort est inhérente à notre condition humaine et la fin de vie des autres nous renvoie à la question de notre propre finitude. Pas étonnant que nous soyons sensibles aux événements qui régulièrement, surgissent dans l’actualité à l’occasion d’un cas d’euthanasie. C’est le docteur Bonnemaison de Bayonne qui fait actuellement la Une pour avoir administré des substances à des patients en fin de vie. Sa popularité ne suffit pourtant pas à en faire un praticien qui pourrait échapper à la justice de son pays, au motif qu’en abrégeant les souffrances d’autrui, il aurait fait preuve de compassion. Comme si les bons sentiments pouvaient tout justifier même l’illégal ! Avec le docteur Bonnemaison, l’opinion applaudit spontanément aux faits et gestes de celui qui s’affranchit des règles, parce que la loi pourtant protectrice des plus faibles, est inconsciemment jugée par nature, liberticide et inhumaine…
Aussitôt, des militants se saisissent du sujet pour réclamer une loi qui dépénaliserait l’euthanasie. Le Sénat en janvier dernier a finalement repoussé une telle proposition. Mais le sujet est dans l’air du temps et on n’échappera pas à cette réflexion. Au prétexte que la mort relèverait d’un choix individuel comme l’ultime liberté. Sans oublier les autres pays européens qui se sont déjà dotés d’un tel arsenal juridique et qu’il faudrait bien sûr imiter !
Et si, pour l’euthanasie comme pour les fromages, on revendiquait l’exception française ? Et si l’honneur d’un pays comme le nôtre, consistait justement à privilégier une autre voie, celle du développement des soins palliatifs ? Lesquels soins palliatifs prennent en charge les plus fragiles parce que le plus beau des droits de l’Homme, c’est d’être entouré, aimé et accompagné jusqu’au bout. Cette voie-là, elle existe déjà et porte un nom : la loi dite Léonetti. À l’unanimité, l’Assemblée nationale en 2005, nous a offert cet outil législatif d’avant-garde relatif aux droits des malades et à la fin de vie. Elle est encore loin d’être suffisamment connue et enseignée cette loi, mais cela progresse. Et de l’avis même des médecins, elle règle l’immense majorité des cas de figure, en refusant l’acharnement thérapeutique et en faisant de la lutte contre la souffrance et de la prise en charge des personnes dans toutes leurs dimensions, la plus noble des ambitions.
Le droit de mourir dans la dignité n’est pas l’apanage des seuls militants pro-euthanasie. Personne ne veut mourir dans l’indignité. « On confond euthanasie et bonnes pratiques en fin de vie », affirme Marie de Hennezel, psychologue et écrivain. « On n’a pas besoin d’une nouvelle loi, on a besoin de connaître la loi Léonetti ».