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< Notre corps social est-il à ce point fragile qu'il n'est pas possible de faire un diagnostic public des maux dont il souffre ? Comme un malade qui refuserait de lire le bulletin de santé que lui tend le médecin. Nicolas Perruchot, député Nouveau centre, vient d'en faire l'amère expérience avec un rapport parlementaire enterré avant même d'avoir été publié ! Il faut dire que l'intrépide élu du Loir-en-Cher a voulu s'attaquer à un sujet explosif : le financement des syndicats patronaux et salariés ! Le gouvernement avait tenté de l’en dissuader. Les organisations syndicales de leur côté n’y voyaient évidemment qu’un « acte de défiance » et des « motivations malveillantes » ! Six mois plus tard, exit le rapport, aux oubliettes la tentative de soulever le couvercle ! Qui a dit que la transparence était de règle en tout et pour tous ? Ceux-là mêmes qui viennent de voter contre ce rapport (les élus de gauche) ou qui se sont « courageusement » abstenus (UMP) ! Autrement dit les députés ! Mais comme l’eau qui s’infiltre partout, la réalité finit par rompre les digues corporatistes. Voici que la Cour des comptes révèle de graves malversations au comité d’entreprise de la RATP. Sans oublier la célèbre et puissante caisse centrale d’action sociale d’EDF, le comité d’entreprise de la SNCF ou d’Air France sur lesquels pèsent de récurrents soupçons…
En l’occurrence, le rapport de Nicolas Perruchot souligne que les cotisations syndicales des quelque 8 % de salariés du public et du privé adhérant à une organisation, ne représentent guère que 3 à 4 % des ressources des syndicats. Le reste, ce sont des fonctionnaires mis à disposition des syndicats (l’État ne sait pas exactement combien !), des décharges horaires financées par les grandes entreprises et des bénéfices sur des activités sociales ou de formation professionnelle. Autrefois à la mairie de Paris, on appelait cela des « emplois fictifs » et d’ailleurs le chauffeur de Marc Blondel était payé par l’hôtel de ville quand il était secrétaire général de FO ! Au total, entre 3 et 4 milliards d’euros quand même, selon le Figaro magazine !
Ce système, né en 1945, qui enrichit les organisations salariales ou patronales (on n’a jamais connu le fin mot de l’histoire du magot de la puissante fédération patronale de la métallurgie : l’UIMM) mais ne favorise en rien le fameux dialogue social, est aujourd’hui à bout de souffle.
Ce que l’on a fait pour le financement des partis politiques après de nombreuses affaires et procès retentissants, doit être imité pour les activités syndicales. Affaiblis, sans contrôle ni transparence, dépendant de financements occultes, il n’y a rien d’étonnant à ce que nous ayons en France les syndicats les moins représentatifs d’Europe, parce que dépourvus d’adhérents. L’absence de dialogue social a des coûts et il est donc urgent de soutenir Nicolas Perruchot dans son combat pour faire la lumière sur la situation actuelle. Qu’en disent nos candidats à l’élection présidentielle ? Auraient-ils sur ce sujet là aussi, peur d’imiter le système allemand, pourtant réputé pour son efficacité ?

Changer les règles du jeu

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Sous le coup des tremblements de terre économique, des gouvernements pourtant légitimes, tombent à cause de leur prétendue incurie à réduire leur dette publique. Quand il faut des semaines à un état pour décider d’un plan d’économies drastiques, et des années pour en mesurer l’efficacité, il faut quelques heures seulement à la finance internationale pour décider que ce n’est pas suffisant ni crédible. Ainsi va le monde occidental qui, après des décennies de budgets déficitaires, s’est livré pieds et poings liés à ceux qui assurent aujourd’hui ses fins de mois.
En mettant chacun en face de ses responsabilités, on comprend vite que la crise d’aujourd’hui n’est pas seulement le résultat de dysfonctionnements techniques et financiers. La crise de nos dettes est aussi morale. Quelle morale y a-t-il à vivre à crédit comme nous le faisons depuis 30 ans ? Quel sens du bien commun peut-on reconnaitre dans l’attitude de certains actionnaires internationaux, qui préfèrent une rentabilité à court terme des capitaux investis dans les grandes entreprises, au mépris de projets industriels innovants et des hommes qui les conduisent ? C’est le règne du « court termisme » dont nous nous sommes gavés pendant des années mais qui déstabilise aujourd’hui tout le monde parce qu’il n’offre ni perspective ni ambition collective.
Il est donc urgent de changer les règles du jeu !
Le G20 de 2009 appelait de ses vœux « une nouvelle ère pour une activité économique mondiale durable, basée sur la responsabilité ». C’est aussi en d’autres termes, ce que disent les chrétiens depuis des décennies. Ses prédécesseurs avant lui et Benoît XVI dans son encyclique de 2009 (« L’amour dans la vérité »), rappelle qu’il faut « éviter que le motif de l’emploi des ressources financières soit spéculatif et cède à la tentation….d’un profit à court terme sans rechercher la continuité de l’entreprise à long terme …  » Et dans le prolongement, le Conseil pontifical Justice et Paix, vient de publier une note intitulée « Pour une réforme du système financier et monétaire dans la perspective d’une autorité publique à compétence universelle ».
En attendant que naisse cette hypothétique « autorité politique mondiale », nous avons en Europe bâti depuis 54 ans, un ensemble qui va dans ce sens là et qui nous rend déjà solidaires les uns des autres. A la différence des années 30 où c’était le chacun pour soi pour tenter de sortir de la crise (avec une deuxième guerre mondiale au bout du compte !), c’est la solidarité qui prévaut aujourd’hui entre les 27 pays d’Europe. Et la survie de l’Union Européenne dépend de notre capacité à aller désormais vers plus d’intégration politique et de discipline budgétaire. Plutôt que de pleurer sur les douloureux efforts de redressement de nos finances publiques qui nous rendront pourtant notre indépendance vis-à-vis des marchés, réjouissons-nous des pas que nos pays font vers plus d’unité. L’Allemagne de la chancelière Merkel longtemps réticente, réclame aujourd’hui avec la France, « plus d’Europe ». Ce sera in fine le fruit de la crise actuelle. Là aussi, il est temps de changer et améliorer les règles du jeu institutionnel.

Le vote des catholiques

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Quels que soient les candidats et leurs discours, on peut parier que les marges de manœuvre du prochain Président(e) de la République seront si étroites que la seule politique économique possible sera faite d’austérité, de baisse des dépenses publiques et d’augmentation des impôts. Ce n’est pas très drôle mais c’est le prix à payer pour notre indépendance et notre liberté.
Les élections ne se joueront donc pas tant sur des promesses d’argent que personne n’a plus, mais sur des questions de sens : quelle place pour l’homme dans la société et dans l’économie ? Quelle Europe ? Quelle politique migratoire ? Quelle finalité pour la finance internationale ? Quelle politique énergétique ? Etc.
Comme toujours à la veille de chaque grande échéance électorale, l’Église de France, par la voix de la Conférence des Évêques, vient d’adresser une lettre* « à tous les hommes de bonne volonté » qui propose treize thèmes essentiels qui seront autant de clés pour situer chacun des candidats sur l’échelle des valeurs. La quasi-totalité des sujets s’y trouve, de « la vie naissante » à « la fin de vie », en passant par la famille, l’économie, l’environnement, la justice, l’Europe, la coopération internationale, les banlieues ou la laïcité… Tout y est, sauf évidemment le portrait-robot du candidat idoine et encore moins son nom ! Parce qu’il n’existe pas ! Il n’y a pas en France de parti chrétien et le vote catholique, d’après une enquête récente**, n’est pas si éloigné que ça du vote des Français en général, même s’il porte quelques inflexions significatives. Conscients de la diversité des choix politiques des catholiques, les évêques invitent donc chacun à hiérarchiser en conscience les sujets qui pourront « rendre notre pays plus agréable à vivre et plus humain pour tous…  ».
Sur des questions essentielles qui touchent à l’idée même de l’Homme et de sa dignité, les catholiques n’ont pas de leçons à donner mais une voix à faire résonner dans le concert d’une société pluraliste qui doit garantir à chacun la liberté de conscience et d’expression. Rien ne serait plus contraire à la vocation des chrétiens que de se réfugier dans une citadelle prétendument assiégée pour rester entre eux et défendre leurs idées comme n’importe quel groupe de pression. Mieux que de pousser un(e) candidat(e) qui serait chimiquement pur(e) ( ?) parce qu’ajusté(e) à leurs options mais condamné(e) à un score ridiculement faible, les citoyens catholiques sont invités à s’engager et à participer aux débats. L’élection présidentielle n’est pas un concours de beauté où toutes les familles de pensée devraient avoir leur représentant pour avoir le sentiment d’exister. Celui ou celle qui sera élu(e) pour porter les couleurs nationales pendant cinq ans doit d’abord être choisi(e) en fonction de sa capacité à peser sur la scène internationale et nationale, au service du bien commun.
*www.eglise.catholique.fr
** Enquête Ifop pour l’Association pour la fondation de service politique

JMJistes et fiers de l’être

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Cinq jours après que les jeunes du monde entier ont quitté Madrid et les Journées Mondiales de la Jeunesse, on perçoit encore les échos sonores de leurs applaudissements au passage de la papamobile et aux propos du Pape. Les images de cette foule colorée se bousculent, qui exprimaient une ambiance de liesse, d’amitié, de confiance et de bonheur. Benoît XVI n’a pas raté son rendez-vous de Madrid avec la jeunesse du monde entier. S’il a pu, en 2005 au début de son pontificat et au moment des JMJ de Cologne, s’interroger sur la poursuite de ces rencontres, tant la succession de Jean-Paul II paraissait difficile, on a senti cette année que le vieux Pape a pris un réel plaisir à être avec ce million et demi de jeunes pèlerins qui ne lui ont ménagé ni leur enthousiasme ni même leur tendresse ! Impossible pour lui et l’Église de ne pas mesurer la chance que représentent ces JMJ. Avec cette jeunesse tumultueuse venue de tous les continents et de plus de 190 pays ( !), l’Église n’est peut-être jamais aussi « catholique » (« pour le tout et pour tous ») que quand elle est ainsi rassemblée en JMJ, multiraciale, multiculturelle, jeune et joyeuse (il ne manque que la dimension intergénérationnelle !) ; les JMJ renouvellent de façon surprenante et paradoxale l’image souvent caricaturée de l’Église même si les réalités ordinaires des communautés paroissiales souvent vieillissantes et tristes révèlent une autre facette plus ordinaire.
Comment une institution aussi décriée, dépeinte comme ringarde et dépassée, peut-elle réussir à rassembler autant de jeunes en un même lieu et dans un tel climat de paix et de fraternité (aucune vitrine brisée ni agression par les JMJistes !) ? Peut-être a-t-elle, l’Église, ce génie inné de la jeunesse à laquelle elle s’intéresse au fond depuis toujours. Il n’y a qu’à relire dans l’histoire, les initiatives de tous ces prêtres, religieux et religieuses qui ont été les premiers à se préoccuper de l’éducation des enfants ! Avec un discours qui les respecte, qui leur offre un chemin de liberté et qui leur fait confiance, l’Église propose aux jeunes de donner du sens à leur vie. Dans une enquête menée par l’hebdomadaire La Vie, les jeunes Français qui ont participé aux JMJ adhèrent très majoritairement aux conceptions de l’Église sur les questions sociales, de défense de la vie ou de bioéthique. Même sur les questions de morale sexuelle, ils sont encore 58 % à l’approuver. C’est ce que le directeur de la rédaction du magazine appelle « la génération cathoplus » pour laquelle, « dans le catholicisme, tout est bon ! ».
Il faut dire que la majorité de ces JMJistes est plutôt issue de milieux socialement privilégiés, toujours d’après l’enquête de La Vie. Clairement fils et filles de l’Église, ces jeunes catholiques sont fiers de l’être, même s’ils refusent le repli identitaire. Ce sont manifestement eux qui constituent les bataillons des catholiques de demain quand ce n’est pas déjà d’aujourd’hui. Reste un défi de taille pour eux et pour l’Église : proposer l’évangile à tous avec une priorité aux pauvres. « L’homme doit être au centre de l’économie » a encore rappelé Benoît XVI à Madrid.

Une mécanique infernale

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La mécanique socialiste est lancée à la conquête de l’Elysée. On connaît d’ores et déjà la liste des principaux candidats à la candidature… Depuis le 15 mai et la chute de DSK, on sait que ces primaires seront sans merci entre des compétiteurs que lie uen profonde inimitié. L’issue de ce scrutin sans précédent dans l’histoire politique française, est totalement imprévisible, quoi qu’en disent les oracles sondagiers.
Cette idée de primaires, venue des États-Unis, devait être pour ses promoteurs une révolution politique et démocratique, propre à coller une image définitive de sacro-sainte modernité sur le PS. Il n’est pas sûr à ce jour que la belle mécanique ne se retourne pas contre ses ingénieurs !
Liés par un même programme de gouvernement, les candidats aux primaires n’ont, sur le fond, guère de marge de manœuvre pour se différencier. Il ne leur reste donc que la guerre des images et des petites phrases assassines entre vrais faux amis. Après un rude combat entre personnes, le rassemblement pourtant indispensable à la victoire, sera d’autant plus difficile. Ségolène Royal en 2007 n’a jamais pu ressouder les rangs de son camp. Et si, en octobre prochain, Martine Aubry, aujourd’hui candidate par défaut, n’est pas désignée, l’appareil du parti et ses principaux éléphants auront de la peine à s’enthousiasmer pour le candidat qui leur aura été imposé de l’extérieur.
En jouant sur l’opinion publique qu’orchestrent les médias, les primaires sont devenues le bal des ambitieux. On a vu en 2006 comment les militants à 20 € qui n’avaient adhéré que pour participer au choix du prétendant, ont finalement plombé le résultat en désignant une candidate sur le seul critère de la popularité du moment. Jusqu’ici, c’étaient les militants de toujours qui choisissaient leur représentant. Ils avaient pour cela une vraie légitimité, un engagement sans faille, et des convictions qui ne sont pas nées de la veille ni des humeurs du moment. Aujourd’hui, les primaires les dépossèdent de cette prérogative essentielle et il n’est pas sûr que ce soit de nature à relancer le militantisme ordinaire.
Dans la plupart des démocraties, c’est le chef du parti qui a gagné les élections qui est désigné chef du gouvernement. Pourquoi la première secrétaire du PS n’est-elle pas la candidate naturelle, qu’auraient plébiscitée les militants ? Mais au fond, ce que soulignent ces primaires, c’est le manque de leadership au PS et ses profondes divisions. Quand personne ne s’impose de lui-même, on demande à l’opinion de trancher.
C’est d’ailleurs bien dans l’air du temps. D’aucuns appellent cela « la démocratie participative ». On dirait de la « vraie » démocratie mais ça n’en a pas le sens ! Les corps intermédiaires sont décrédibilisés et ça rend très aléatoire la stratégie, la continuité, la fidélité aux valeurs et la vision de l’avenir.
Le Général de Gaulle avait voulu que l’élection présidentielle au suffrage universel soit le moment de la rencontre d’un homme (ou d’une femme) qui incarne une ambition avec un peuple qui se cherche un chemin. Mais de cette intuition fondatrice, que reste-t-il aujourd’hui ?

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