Nous pourrions évoquer ici sous forme de bilan 2011 le calamiteux taux de chômage qui a encore progressé en novembre ! 30 000 chômeurs de plus en un mois avec un taux jamais atteint depuis 12 ans ! Nous pourrions trembler devant les risques d’explosion de la zone euro qu’envisagent certains économistes sans qu’on sache bien s’ils les craignent ou les souhaitent ! Nous pourrions lire dans l’appel aux dons des Restos du Cœur (5 à 8 % de personnes supplémentaires accueillies dans les centres depuis le début de la campagne), le signe d’une fragilisation croissante de notre société. Oui, nous pourrions dire et crier à propos de toutes ces actualités qui ont en commun d’être grises et douloureuses, sans parler de tous les drames à l’étranger dont nous sommes des témoins impuissants… Ainsi pourrions-nous sans effort, entretenir cette flamme de l’inquiétude qui nous caractérise tant !
Las du catastrophisme ambiant, l’éditorialiste ne participera pas dans ce dernier numéro de l’année, à ce concours d’autodérision et de lamentations collectives. Non pas qu’il faille préserver le climat du réveillon de la Saint-Sylvestre ou chausser des lunettes roses pour ne pas voir la réalité. Mais c’est au moment où l’hiver s’installe (22 décembre) que l’ensoleillement reprend sa course en avant !
Dans une tribune publiée en début de semaine dans Le Figaro, cinq présidents de filiales de grandes sociétés multinationales installées en France (*) ont signé un cri pour « que les Français retrouvent confiance en l’avenir ». Ils connaissent bien ces dirigeants, les lourds nuages économiques et sociaux qui obscurcissent notre ciel. Dans le même temps, ils soulignent nos qualités : « intelligence, savoir, esprit d’initiative et d’innovation, créativité, adaptabilité… » Sans oublier « une démographie dynamique, un système d’éducation et de santé de grande qualité, un dispositif de solidarité unique au monde » qui nous permettent de ne pas laisser se creuser les inégalités autant qu’ailleurs… « N’en jetez plus », serait-on tenté de leur répondre.
Dirigeants d’entreprises mondialisées, ils sont pourtant bien placés pour juger comparativement de nos atouts et ils le font à l’issue d’un colloque annuel sur les « États de la France ». Et si en 2012, nous adoptions la résilience ? Et si comme un malade qui croit à sa guérison, nous trouvions les forces pour nous relever ? Et si, conscients de la brutalité du monde, nous faisions de nos difficultés des forces ? Des économies pour moins de dettes et plus d’indépendance ! Plus d’Europe pour plus de dynamisme économique ! Plus de réformes pour plus d’efficacité sociale ! Des efforts pour plus de solidarité !
Nous sommes les champions du monde du pessimisme et du défaitisme. Mais l’optimisme qui n’est en famille ni avec l’illusion ni avec la naïveté, est une autre flamme olympique autrement plus utile à ranimer. L’optimisme est le père du courage et de l’avenir. Bonne année à tous et d’abord à ceux qui ont besoin de notre solidarité.
(*) « Passer de la défiance à une société de confiance » Tony Blanco (Barclays Bank), Clara Gaymard (General Electric), Christophe de Maistre (Siemens), Christian Nibourel (Accenture) et Robert Vassoyan (Cisco)
On ne connaît pas précisément les résultats du recensement que César Auguste ordonna entre 6 et 8 années « avant notre ère », comme disent ceux que l’expression « avant Jésus-Christ » dérange.
Les historiens parlent d’un empire romain de quelque 50 millions de personnes, sans compter les habitants de toutes les provinces annexées. Parmi celles-ci, figurait le royaume d’Hérode l’Ancien qui comprenait la Judée et donc Bethléem.
Sur toute la surface du globe, il n’y avait paraît-il que 250 millions d’habitants à cette époque, c’est-à-dire 28 fois moins qu’en 2011 qui a vu naître le 7 milliardième citoyen du monde. Mais le nombre d’êtres humains vivants ne change rien à l’affaire. Nous pourrions bien être 9 milliards comme on nous le promet d’ici 40 ans, ce serait toujours le même signe offert à tous : c’est à l’occasion d’un recensement qu’eut lieu une naissance apparemment très ordinaire mais qui allait avoir de telles conséquences qu’une nouvelle ère fut inaugurée. Un recensement « chacun dans sa ville » d’origine, comme le dit l’évangile de Luc, et qui a exigé de Joseph qu’il se mette en route avec sa jeune épouse enceinte, pour être inscrit sur un registre par son nom, à la suite de ses ascendants. Quand bien même César Auguste poursuivait-il d’abord des objectifs politiques et économiques, il n’empêche que l’édit impérial permit à chacun des habitants d’être appelé par son nom et inscrit dans une histoire.
Beau clin d’œil de la Providence qui fit naître Jésus de Nazareth à… Bethléem, au cours d’un déplacement familial. Parce que tout déplacement met en mouvement, et pas seulement le corps. Parce que tout recensement reconnaît une identité originale à chacun… Tout est dit ou presque dans ces premiers signes du christianisme : chacun est un être unique et sacré, invité à sortir de chez lui pour prendre place parmi les autres. Tout homme, toute femme est un être attendu au-delà de ce qu’il imagine et utile à toute la communauté humaine. Mais beaucoup meurent de ne pas le savoir. Que l’on soit 250 millions d’humains qui pour la plupart s’ignoraient, ou 7 milliards dans un monde interdépendant et solidaire comme jamais, c’est cette même espérance qui nous manque souvent. Ce même manque de foi en soi, en l’avenir, dans les autres… Ce même goût pour aller de l’avant.
« Le monde devient si délicat qu’il faut le prendre avec des gants parfumés », disait déjà saint François de Sales au XVIIe siècle. De ce point de vue, la situation n’a guère changé ! Nous sommes 7 milliards d’humains capables de prouesses technologiques ou scientifiques inimaginables, mais toujours aussi fragiles et inquiets pour mille et une raisons qui nous brouillent le regard et nous empêchent d’apercevoir cette étoile qui indique un chemin. Non pas qu’elle ne brille pas ! Mais elle se laisse chercher et on ne la voit bien qu’avec le cœur, comme dirait Saint-Exupéry. Encore faut-il se mettre en route et se laisser appeler par son nom… Bon Noël !
< Notre corps social est-il à ce point fragile qu'il n'est pas possible de faire un diagnostic public des maux dont il souffre ? Comme un malade qui refuserait de lire le bulletin de santé que lui tend le médecin. Nicolas Perruchot, député Nouveau centre, vient d'en faire l'amère expérience avec un rapport parlementaire enterré avant même d'avoir été publié ! Il faut dire que l'intrépide élu du Loir-en-Cher a voulu s'attaquer à un sujet explosif : le financement des syndicats patronaux et salariés ! Le gouvernement avait tenté de l’en dissuader. Les organisations syndicales de leur côté n’y voyaient évidemment qu’un « acte de défiance » et des « motivations malveillantes » ! Six mois plus tard, exit le rapport, aux oubliettes la tentative de soulever le couvercle ! Qui a dit que la transparence était de règle en tout et pour tous ? Ceux-là mêmes qui viennent de voter contre ce rapport (les élus de gauche) ou qui se sont « courageusement » abstenus (UMP) ! Autrement dit les députés ! Mais comme l’eau qui s’infiltre partout, la réalité finit par rompre les digues corporatistes. Voici que la Cour des comptes révèle de graves malversations au comité d’entreprise de la RATP. Sans oublier la célèbre et puissante caisse centrale d’action sociale d’EDF, le comité d’entreprise de la SNCF ou d’Air France sur lesquels pèsent de récurrents soupçons…
En l’occurrence, le rapport de Nicolas Perruchot souligne que les cotisations syndicales des quelque 8 % de salariés du public et du privé adhérant à une organisation, ne représentent guère que 3 à 4 % des ressources des syndicats. Le reste, ce sont des fonctionnaires mis à disposition des syndicats (l’État ne sait pas exactement combien !), des décharges horaires financées par les grandes entreprises et des bénéfices sur des activités sociales ou de formation professionnelle. Autrefois à la mairie de Paris, on appelait cela des « emplois fictifs » et d’ailleurs le chauffeur de Marc Blondel était payé par l’hôtel de ville quand il était secrétaire général de FO ! Au total, entre 3 et 4 milliards d’euros quand même, selon le Figaro magazine !
Ce système, né en 1945, qui enrichit les organisations salariales ou patronales (on n’a jamais connu le fin mot de l’histoire du magot de la puissante fédération patronale de la métallurgie : l’UIMM) mais ne favorise en rien le fameux dialogue social, est aujourd’hui à bout de souffle.
Ce que l’on a fait pour le financement des partis politiques après de nombreuses affaires et procès retentissants, doit être imité pour les activités syndicales. Affaiblis, sans contrôle ni transparence, dépendant de financements occultes, il n’y a rien d’étonnant à ce que nous ayons en France les syndicats les moins représentatifs d’Europe, parce que dépourvus d’adhérents. L’absence de dialogue social a des coûts et il est donc urgent de soutenir Nicolas Perruchot dans son combat pour faire la lumière sur la situation actuelle. Qu’en disent nos candidats à l’élection présidentielle ? Auraient-ils sur ce sujet là aussi, peur d’imiter le système allemand, pourtant réputé pour son efficacité ?
Sous le coup des tremblements de terre économique, des gouvernements pourtant légitimes, tombent à cause de leur prétendue incurie à réduire leur dette publique. Quand il faut des semaines à un état pour décider d’un plan d’économies drastiques, et des années pour en mesurer l’efficacité, il faut quelques heures seulement à la finance internationale pour décider que ce n’est pas suffisant ni crédible. Ainsi va le monde occidental qui, après des décennies de budgets déficitaires, s’est livré pieds et poings liés à ceux qui assurent aujourd’hui ses fins de mois.
En mettant chacun en face de ses responsabilités, on comprend vite que la crise d’aujourd’hui n’est pas seulement le résultat de dysfonctionnements techniques et financiers. La crise de nos dettes est aussi morale. Quelle morale y a-t-il à vivre à crédit comme nous le faisons depuis 30 ans ? Quel sens du bien commun peut-on reconnaitre dans l’attitude de certains actionnaires internationaux, qui préfèrent une rentabilité à court terme des capitaux investis dans les grandes entreprises, au mépris de projets industriels innovants et des hommes qui les conduisent ? C’est le règne du « court termisme » dont nous nous sommes gavés pendant des années mais qui déstabilise aujourd’hui tout le monde parce qu’il n’offre ni perspective ni ambition collective.
Il est donc urgent de changer les règles du jeu !
Le G20 de 2009 appelait de ses vœux « une nouvelle ère pour une activité économique mondiale durable, basée sur la responsabilité ». C’est aussi en d’autres termes, ce que disent les chrétiens depuis des décennies. Ses prédécesseurs avant lui et Benoît XVI dans son encyclique de 2009 (« L’amour dans la vérité »), rappelle qu’il faut « éviter que le motif de l’emploi des ressources financières soit spéculatif et cède à la tentation….d’un profit à court terme sans rechercher la continuité de l’entreprise à long terme … » Et dans le prolongement, le Conseil pontifical Justice et Paix, vient de publier une note intitulée « Pour une réforme du système financier et monétaire dans la perspective d’une autorité publique à compétence universelle ».
En attendant que naisse cette hypothétique « autorité politique mondiale », nous avons en Europe bâti depuis 54 ans, un ensemble qui va dans ce sens là et qui nous rend déjà solidaires les uns des autres. A la différence des années 30 où c’était le chacun pour soi pour tenter de sortir de la crise (avec une deuxième guerre mondiale au bout du compte !), c’est la solidarité qui prévaut aujourd’hui entre les 27 pays d’Europe. Et la survie de l’Union Européenne dépend de notre capacité à aller désormais vers plus d’intégration politique et de discipline budgétaire. Plutôt que de pleurer sur les douloureux efforts de redressement de nos finances publiques qui nous rendront pourtant notre indépendance vis-à-vis des marchés, réjouissons-nous des pas que nos pays font vers plus d’unité. L’Allemagne de la chancelière Merkel longtemps réticente, réclame aujourd’hui avec la France, « plus d’Europe ». Ce sera in fine le fruit de la crise actuelle. Là aussi, il est temps de changer et améliorer les règles du jeu institutionnel.
Quels que soient les candidats et leurs discours, on peut parier que les marges de manœuvre du prochain Président(e) de la République seront si étroites que la seule politique économique possible sera faite d’austérité, de baisse des dépenses publiques et d’augmentation des impôts. Ce n’est pas très drôle mais c’est le prix à payer pour notre indépendance et notre liberté.
Les élections ne se joueront donc pas tant sur des promesses d’argent que personne n’a plus, mais sur des questions de sens : quelle place pour l’homme dans la société et dans l’économie ? Quelle Europe ? Quelle politique migratoire ? Quelle finalité pour la finance internationale ? Quelle politique énergétique ? Etc.
Comme toujours à la veille de chaque grande échéance électorale, l’Église de France, par la voix de la Conférence des Évêques, vient d’adresser une lettre* « à tous les hommes de bonne volonté » qui propose treize thèmes essentiels qui seront autant de clés pour situer chacun des candidats sur l’échelle des valeurs. La quasi-totalité des sujets s’y trouve, de « la vie naissante » à « la fin de vie », en passant par la famille, l’économie, l’environnement, la justice, l’Europe, la coopération internationale, les banlieues ou la laïcité… Tout y est, sauf évidemment le portrait-robot du candidat idoine et encore moins son nom ! Parce qu’il n’existe pas ! Il n’y a pas en France de parti chrétien et le vote catholique, d’après une enquête récente**, n’est pas si éloigné que ça du vote des Français en général, même s’il porte quelques inflexions significatives. Conscients de la diversité des choix politiques des catholiques, les évêques invitent donc chacun à hiérarchiser en conscience les sujets qui pourront « rendre notre pays plus agréable à vivre et plus humain pour tous… ».
Sur des questions essentielles qui touchent à l’idée même de l’Homme et de sa dignité, les catholiques n’ont pas de leçons à donner mais une voix à faire résonner dans le concert d’une société pluraliste qui doit garantir à chacun la liberté de conscience et d’expression. Rien ne serait plus contraire à la vocation des chrétiens que de se réfugier dans une citadelle prétendument assiégée pour rester entre eux et défendre leurs idées comme n’importe quel groupe de pression. Mieux que de pousser un(e) candidat(e) qui serait chimiquement pur(e) ( ?) parce qu’ajusté(e) à leurs options mais condamné(e) à un score ridiculement faible, les citoyens catholiques sont invités à s’engager et à participer aux débats. L’élection présidentielle n’est pas un concours de beauté où toutes les familles de pensée devraient avoir leur représentant pour avoir le sentiment d’exister. Celui ou celle qui sera élu(e) pour porter les couleurs nationales pendant cinq ans doit d’abord être choisi(e) en fonction de sa capacité à peser sur la scène internationale et nationale, au service du bien commun.
*www.eglise.catholique.fr
** Enquête Ifop pour l’Association pour la fondation de service politique
Commentaires récents