Premier pas

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Le préservatif et à ce point perçu comme LE moyen de lutte contre le Sida que le moindre doute sur sa réelle efficacité est immédiatement condamné au pilori. Peu importe qu etous les spécialistes admettent que ce morceau de latex n’est ni la seule ni la meilleure réponse à l’extension de la pandémie ! Ainsi le Pape en 2009 qui, après une expression certes un peu maladroite, avait reçu une volée de bois vert. Aujourd’hui, le même Benoît XVI ne change pas d’avis sur la question quand il affirme que le préservatif “n’est pas la véritable manière de répondre au mal que constitue l’infection par le virus VIH…” Mais il ajoute aussitôt : « l’utilisation d’un préservatif peut constituer un premier pas sur le chemin d’une sexualité plus humaine… ». Et du coup, c’est un véritable « ouf » de soulagement que poussent toutes les associations catholiques qui ne sont pas les dernières sur le terrain à accompagner les populations en détresse. Le Pape, au détour d’un paragraphe dans un livre à paraître, dit tout haut ce que tout le monde disait tout bas depuis des années, y compris beaucoup de cardinaux, d’évêques et de prêtres qui se sentent aujourd’hui confortés.
Débarrassée de cet « interdit » incompris, l’Eglise retrouvera-t-elle enfin voix au chapitre ? Pas pour faire croire que le préservatif est la panacée. Mais pour rappeler à temps et à contretemps que l’homme et la femme sont appelés à une sexualité responsable et digne de leur humanité : « la seule fixation sur le préservatif représente une banalisation de la sexualité » souligne encore Benoît XVI. Or l’Amour avec un grand A, c’est quand même autre chose que des relations sexuelles entre de multiples partenaires ! Le principe fondamental de la morale chrétienne restera toujours la fidélité.
Outil de protection et de lutte contre la propagation du sida, le préservatif est aussi un moyen de contraception. Et du coup, cette question que se posent aujourd’hui beaucoup de catholiques : cette ouverture du Pape sera-t-elle un jour suivie d’autres ouvertures en faveur d’autres moyens de contraception ? On n’en est évidemment pas là même si la plupart des catholiques, à la recherche « d’une voie humainement praticable », n’appliquent plus et depuis longtemps, les recommandations pontificales. Or, sur cette question-là aussi, l’incompréhension est totale. Et d’aucuns de penser que les préceptes de l’Eglise sur la contraception nuisent à sa parole prophétique sur le douloureux problème de l’avortement !
Reste pour l’heure l’image de ce Pape qui n’en finit pas de surprendre par sa capacité à dire les choses franchement et simplement. Y compris quand il s’agit de reconnaître humblement ses maladresses comme il le fait dans ce livre « Lumière du monde ». Comme il a affronté avec courage et transparence le scandale de la pédophilie, Benoît XVI ne craint pas la vérité qui rend l’Eglise libre et vraie. Il n’y a bien que lui pour croire qu’il n’est qu’un « petit Pape ».

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Le 16 octobre 2010, à la demande du CCFD (comité contre la faim et le développement) du diocèse de Belley-Ars, j’ai fait une intervention pour illustrer les tensions entre “le local et le global”. Le CCFD organisait une réflexion à partir de l’encyclique du Pape Benoît XVI de 2009 : Caritas in veritate (l’amour dans la vérité). Je la propose à vos commentaires !

A partir de l’encyclique du Pape Benoît XVI (29 juin 2009) Caritas in veritate (l’amour dans la vérité) :
“Les tensions entre le local et le global”
Benoît XVI, au paragraphe 33 de son encyclique, parle de « l’explosion de l’interdépendance planétaire ». Une expression pour définir la fameuse « mondialisation ». Chacun de nous agit localement, à son niveau de responsabilité, là où il vit mais nul n’ignore plus que ce qu’il décide et fait localement, peut avoir des conséquences globales. C’est la fameuse théorie d’un météorologue qui a démontré qu’un battement d’ailes de papillon à Paris peut provoquer une tempête à New-York.
A l’inverse, l’expérience nous montre tous les jours que ce qui se passe à l’autre bout du monde n’est pas sans importance pour nous. C’est vrai avec les problèmes environnementaux ou financiers. Quand la bourse de New-York s’enrhume, c’est toute l’Europe financière qui éternue. La fameuse crise des sub primes nous l’a démontré tragiquement.
Cet après-midi, je veux simplement témoigner de la façon dont je perçois dans ma vie professionnelle et personnelle, cette tension entre le local et le global, après avoir constaté avec vous que jamais sans doute dans l’histoire de l’humanité, une telle tension, une telle interdépendance n’a été à ce point perceptible.
Cette tension, je vous propose de l’identifier à partir d’un outil et de 2 réalités professionnelles :
- Un outil technologique : l’internet
- Une réalité éditoriale : le niveau local et le niveau national ou international de l’information
- Une réalité culturelle : c’est l’idée d’une presse catholique qui parle aux catholiques mais aussi aux autres.

Un outil technologique pour identifier la tension entre le local et le global : l’internet
Quel outil, mieux que l’internet, me donne à ce point l’idée de mon interdépendance, quel outil me fait toucher du doigt aussi concrètement la réalité du réseau auquel j’appartiens désormais ? On parle de la « toile » pour évoquer ce qui nous relie (c’est l’avers de la pièce) mais « la toile » c’est aussi ce qui nous enserre comme autant de fils qui nous emprisonnent même, comme une mouche prisonnière de la toile de l’araignée ! (c’est le revers de la pièce)
Où que je sois, 24 h / 24, quelles que soient mes occupations du moment, je suis connecté et donc joignable. Je suis « en réseau ». Je peux m’informer seconde par seconde de tout ce qui se passe dans le monde. Quel formidable outil qui me permet de vivre une forme de solidarité immédiate et planétaire avec les hommes ! La connexion permanente entre le local et le global ! Quel fil à la patte aussi ! On a tous fait l’expérience, de ces réunions auxquelles on participe et au cours desquelles, les internautes ne cessent de tapoter sur leur iphone, leur ordinateur portable, leur ipad ou leur blackberry pour lire et répondre à leurs courriels !
Comment puis-je être assez suffisamment disponible à ceux qui m’entourent, à ceux qui me parlent, si je suis dispersé entre plusieurs conversations et quasi absent de là où je suis physiquement ? Le web me donne l’illusion de posséder le don d’ubiquité (je suis là mais je peux dans l’instant répondre à un problème qui se pose là-bas).
Internet révolutionne nos modes de communication, supprime toute notion de temps et d’espace, bouscule nos propres modes de pensée. Internet, c’est aussi important comme révolution que l’électricité ou l’imprimerie… Pas étonnant si ça crée des tensions nouvelles ! A ce jour, internet n’en est encore qu’à ses débuts !
On connaissait les blogs et la blogosphère, ces pages personnelles où chacun écrit ce qu’il veut et le met à disposition du monde entier. Désormais, on adore les réseaux sociaux. Tout ça crée une sorte d’agora des temps modernes où chacun partage ce qu’il veut de lui-même (textes, photos, vidéos). C’est une belle façon d’être ensemble, d’être avec les autres, même si on y lit et échange beaucoup de futilités !
Pour les professionnels de la presse écrite, pour la société et pour l’Eglise, internet qui me semble parfaitement symboliser cette tension entre le local et le global, représente des défis immenses. Je vous en propose 7 :
- Premier défi : Internet marque l’affaiblissement des médiateurs
Le propre des journalistes et des journaux, c’est d’être des médiateurs, des relayeurs, des traducteurs qui situent, mettent en perspective, décryptent, proposent des clés de lecture. D’une part, l’écran risque de devenir le seul terrain d’enquête des journalistes, le seul rapport à la réalité des événements. L’écran peut « faire écran » au reportage, aux contacts sur le terrain, à l’investigation traditionnelle… D’autre part, dans le même moment où les institutions sont de plus en plus contestées, internet donne à chacun de nous la possibilité de prendre la parole, de publier instantanément photos et textes à l’échelle de la planète. Ce qui était du domaine de compétence d’experts, d’institutions, semble à la portée de tous. On n’aura bientôt plus guère besoin d’envoyés spéciaux, de reporters à l’autre bout de la planète puisque tout le monde peut témoigner de ce qui se passe sous ses yeux. Les récentes élections présidentielles au Brésil sont un exemple de la part croissante qu’ont pris les internautes dans le déroulement de la campagne : chacun pouvait signaler les affichages sauvages, annoncer les initiatives locales en faveur de son candidat, répandre des rumeurs, donner des consignes de vote, montrer des vidéos sur les candidats… et tout ça sous l’œil médusé des médias traditionnels tous un peu dépassés. C’est ce qu’on appelle désormais… l’interactivité !
- Et c’est le deuxième défi.
L’interactivité, c’est le modèle de production de contenus dont nous commençons seulement dans la presse écrite et même dans l’Eglise catholique, à prendre la mesure. Chacun apporte sa part d’idées et de savoirs à l’édifice collectif avec sa part de richesses ou d’erreurs, de vérités ou de mensonges ! L’exemple type, c’est Wikipédia, l’encyclopédie virtuelle qui n’est que la somme des contributions individuelles, sans qu’il soit possible d’identifier la source de la définition qui est donnée. Quand on consulte le Petit Robert, on sait que la définition du mot que l’on recherche est le résultat d’un travail d’universitaires et d’experts. Avec Wikipédia, je ne sais pas d’où vient ce que l’on me dit et que je suis tenté de prendre pour « argent comptant ». L’interactivité repose sur le concept de la relativité.
On est habitué, nous la presse comme les institutions et notamment l’Eglise, à une communication unilatérale qui va de haut en bas, dans le sens vertical, à partir de notre chaire d’enseignant. Or, avec internet, ce mode de communication est bousculé puisque la communication est d’abord écoute de l’autre. Regardez ce qui se passe sur les réseaux sociaux, à l’antenne des radios (avec les émissions « les auditeurs ont la parole »). Il m’arrive d’en dénoncer les limites qui me semblent grandes souvent. Mais on ne peut pas en dénier le caractère démocratique. Dans notre Eglise, nous appellerions cela la « communion ». Et nous les catholiques, nous avons beaucoup à apprendre là-dessus. Une étude réalisée l’année dernière sur la fréquentation des sites internet à connotation religieuse, montre que les sites des églises évangéliques sont beaucoup plus fréquentés que ceux de l’Eglise catholique. Pourquoi ? C’est au Vatican que la réponse nous a été donnée : « parce-que les évangéliques écoutent d’abord alors que les catholiques commencent par donner la réponse ! »
- Troisième défi : le risque de confusion entre le réel et le virtuel. C’est Benoît XVI lui-même qui insistait devant le congrès mondial de la presse catholique la semaine dernière à Rome : « l’image peut devenir indépendante du réel et donner vie à un monde virtuel… avec un risque d’indifférence au vrai car les nouvelles technologies peuvent rendre le vrai et le faux interchangeables, peuvent amener à confondre le réel et le virtuel… » Autrement dit, la perception que j’ai du local et plus encore du global éloigné, je peux n’en avoir qu’une image floue, incertaine, douteuse, mouvante avec les risques d’incertitude, et peut-être même d’angoisse que cela crée.
- Quatrième défi : l’explosion de la communication
C’est une évidence. On ne maîtrise plus guère la communication. Elle est partout, elle nous précède. Mais c’est aussi une chance. Au Vatican, ils reconnaissent par exemple qu’à l’occasion de la publication de l’encyclique qui nous vaut d’être ensemble aujourd’hui, il y a eu sur internet, des centaines de millions de connections. C’est l’imprimerie qui a permis à la Bible d’être à ce point diffusée. C’est l’internet qui a permis qu’un texte officiel soit depuis 2000 ans, autant partagé, commenté, critiqué dans le même espace public… Ce qui était réservé jusqu’ici à la petite communauté « locale » (au sens sociologique) des théologiens, des évêques voire des prêtres, toute l’Eglise et bien au-delà des catholiques, « le global » a pu se saisir, lire, réfléchir et commenter un texte d’une grande profondeur. On peut parler en la circonstance d’un outil d’évangélisation moderne !
- Cinquième défi : une communication qui se segmente.
En même temps qu’elle explose, cette communication peut aussi se segmenter, se parcelliser, se compartimenter. Exemple d’un directeur d’établissement scolaire qui dit ne plus avoir besoin de la presse locale pour parler à sa communauté éducative de ce qu’il fait dans son institution scolaire. Exemple : les jeunes qui, sur l’internet, vont lire des publications hyper pointues sur tel ou tel sujet et qui ne s’intéressent pas à l’actualité générale. C’est ce que j’appellerais « la communication en silo » ! Vu la multiplication des sites, des réseaux sociaux, et compte tenu du temps dont je dispose et qui lui n’est pas illimité, je me contente de surfer sur les sites que je connais, qui me ressemblent et auxquels je m’identifie parfaitement. La dimension de mon « local » est plus profonde mais j’ignore la réalité du global qui m’entoure… Au lieu de profiter des nouvelles technologies pour entrer en contact avec de nouvelles personnes, on s’en sert pour communiquer plus et « mieux » avec un nombre très limité d’intimes. Avec ceux-ci on est en communication quasi non-stop, à propos de tout et de n’importe quoi. Je n’ai plus guère de temps pour m’intéresser à ceux qui n’appartiennent pas à mon réseau ! Ces gens là ont de fait des profils similaires au mien et le type d’informations échangées est plus que limité. Je faisais allusion il y a un instant à la blogosphère et aux réseaux sociaux. Quand j’ouvre un blog, je permets à tous ceux qui le veulent de « venir jusqu’à moi ». Mais quand je suis sur un réseau social, je n’autorise l’accès à mes pages, qu’à mes amis. On se parle entre gens du même milieu !
- Sixième défi : c’est une lapalissade, mais internet c’est le roi de l’immédiateté. Pas de recul, pas de réflexion, pas de vérification préalable de l’information, plus guère de hiérarchisation… Je ne sais pas bien ce que cela nous prépare… Je sais tout, tout de suite, mais je ne suis pas toujours sûr de la véracité de ce que j’apprends !
- Enfin, septième et dernier défi : internet pousse à la transparence. La transparence, c’est le système que tous les régimes totalitaires cherchent à mettre en place. C’est un risque pour mon intimité. C’est aussi le risque du narcissisme puisque je peux me répandre sans limite sur les écrans. Mais la transparence, c’est heureux aussi ! Le Père Lombardi, porte-parole du Pape et directeur de la salle de presse du Vatican témoigne de la révolution qu’internet suscite dans la manière même du Vatican de communiquer. On se souvient que Benoît XVI reconnaissait dans sa lettre aux évêques du monde en 2009 après la main tendue aux 4 évêques intégristes et notamment à propos de Mgr Williamson : « si on s’était renseigné sur internet, on aurait su… » Il me semble que la leçon a porté ! Le Père Lombardi parle aujourd’hui d’un dynamisme de compréhension, d’un dialogue grâce à internet.
Voilà ces quelques réflexions à propos d’un outil professionnel et technologique qui illustre bien cette tension entre le local et un global de plus en plus grand et fragile

Une réalité éditoriale pour illustrer la tension entre le local et le global : l’info locale et l’info globale.
Quand on parle d’information locale, on voit bien de quoi il s’agit. A VA, on connaît bien ce niveau de l’information. C’est notre fonds de commerce. On dit pour faire intelligent, à moins que ça ne soit pour se rassurer, que l’on crée avec l’info locale, « du lien social ». Et c’est vrai, même si c’est aussi le règne du « parlez-moi de moi, y’à que ça qui m’intéresse ! » Et pour les gens, dans ce domaine là, on n’en fait jamais assez…
Ce niveau de l’information est parfois considéré par certains beaux esprits comme un genre très mineur face à l’information globale, nationale ou internationale.
Dans VA, il y a 50 ans, on publiait beaucoup d’informations nationales ou internationales. La une était systématiquement faite avec ces sujets là. Et puis, au fur et à mesure que les radios et télévisons se sont développées, les infos locales ont pris le pas dans nos colonnes au point d’occuper aujourd’hui tout l’espace. On s’est recentré sur le marché local où nous avons le moins de concurrence et où notre expertise est la moins contestée, compte-tenu de nos moyens.
Mais l’éditeur que je suis ne peut pas taire cette question lancinante à laquelle il n’a pas été capable d’apporter de réponse définitive depuis 25 ans : qu’est-ce que ça veut dire que d’être un journal catholique local qui ignore la dimension globale de l’actualité ? Est-ce que le catholicisme, ce n’est pas justement l’ouverture à l’universel ? Comment puis-je faire semblant d’ignorer mon frère lointain ? Comment ne pas être en mesure de resituer tel ou tel événement local dans sa perspective nationale ou internationale ?
En disant cela, je fais semblant d’ignorer que de temps en temps, au gré des sujets ou de l’actualité, nous traitons à la sauce locale des actualités nationales. Et puis, je n’aurai garde d’oublier une rubrique à laquelle je suis « abonné » : l’édito dont la vocation est justement d’élargir les horizons locaux…
Deuxième réalité pour situer professionnellement la tension entre le local et le global : une réalité culturelle ou je pourrais dire presque « cultuelle ».
Il ne s’agit pas d’une réalité géographique entre l’ici que je connais et l’ailleurs qui m’est lointain. Il s’agit de repérer cette frontière culturelle entre les chrétiens que nous sommes et le vaste monde qui ignore quasiment tout de notre foi.
Il y a 40 ans, VA s’adressait à un public de catholiques pour beaucoup issus des rangs de l’action catholique rurale. Ils étaient en général des pratiquants réguliers et en tout cas, ils avaient tous fréquenté le caté. La foi était alors transmise par héritage. Dans ce diocèse, les lecteurs potentiels de VA étaient parfaitement identifiables. Je pouvais donc leur parler avec un langage « boutique », évoquer avec eux et pour eux des événements qui les concernaient, avoir un produit éditorial aux couleurs de la « tribu »… La majorité des habitants d’ici se reconnaissaient plus ou moins, mais se reconnaissaient dans une échelle de valeurs. Tous vivaient dans le même bain, avaient été nourris au même lait !
Aujourd’hui, nous savons tous ce qu’il en est de l’évolution culturelle de la société où les références chrétiennes tendent à disparaître de plus en plus.La presse catholique en général et VA en particulier, ne peuvent donc plus se contenter de parler « ad intra » (ce serait en l’occurrence le niveau local). Il faut s’adresser aussi au niveau « ad extra » pour demeurer accessible à tous. C’est là la vocation de tout chrétien depuis les origines, en marche derrière St Paul ! Cela suppose que l’on soit très attentif au langage utilisé quand on parle de la foi et de l’Eglise. Cela suppose que l’on soit attentif à ne pas parler seulement de l’institution mais d’abord de ce que les chrétiens vivent. On a besoin de témoins joyeux pour démontrer l’actualité, la vivacité et l’avenir de la foi chrétienne à ceux qui pensent d’abord sacristie » quand on leur parle de croyants. Comme directeur, je me sens souvent écartelé entre mon désir d’en faire plus pour la communauté et ma crainte d’en faire trop pour le public qui se tient éloigné de nous.

Conclusion
En conclusion, je veux citer Benoît XVI dans son encyclique qui dit : « la société globalisée nous rapproche les uns des autres mais elle ne nous rend pas frères… »
Cette fraternité ne va pas effectivement de soi. Comment ne pas reconnaître que l’information à propos d’une catastrophe au Pakistan ne fait pas spontanément de moi, quelqu’un qui se sent concerné par l’événement ?
C’est une banalité que de reconnaître que le global n’a jamais été si vaste ! Les frontières du global s’élargissent de plus en plus au fur et à mesure que les techniques de communication nous rapprochent les uns des autres ! Pour la première fois, les outils technologiques nous offrent les moyens de réaliser cette vocation universelle à laquelle nous appelle le Christ dans les Evangiles ! Les frontières s’estompent et pas seulement dans l’espace de Schengen ! Cela ouvre des perspectives totalement inimaginables il y a encore deux générations. La mondialisation est une chance historique et en même temps, cela crée aussi une tension que je ressens dans ma propre chair, dans un stress permanent et grandissant.
Pour illustrer cela, je prendrais volontiers la comparaison avec un élastique qui relie mon petit monde quotidien et local, à l’univers global. Quand un tendeur grandit, quand je tire sur ses deux extrémités, il me permet de relier des points à l’origine très éloignés. Les deux points ainsi reliés par le tendeur sont donc désormais solidarisés… Mais si j’ai suffisamment de force pour poursuivre la tension opposée entre les deux extrémités de mon tendeur, il va finir par se fragiliser jusqu’à se rompre peut-être, sauf à ce que les deux points reliés quittent peu à peu leur situation d’origine pour se rapprocher l’un de l’autre sous la force d’attraction du tendeur… Une nouvelle solidarité sera alors en route. Mais a priori, je ne sais pas si la tension va relier, rapprocher ou rompre le lien…
Autre exemple de cette tension perceptible par chacun : plus je me laisse submerger par le flot des mauvaises nouvelles quotidiennes, plus je suis tenté de me recroqueviller dans ma bulle. Combien de fois ne sommes-nous pas tentés de fermer TV et radio pour ne pas être littéralement submergés ? Dans le même mouvement, ma TV me fait voyager à l’échelle de la planète et pourtant cette découverte de réalités inconnues me renferme dans mon salon en me laissant ignorant de ce qui se passe dans mon village ! J’apprends les nouvelles de l’autre bout du monde dans un record de temps court sur mon écran d’ordinateur avant de savoir que mon voisin vient de mourir à l’hôpital où je ne savais même pas qu’il était depuis quelques jours !
J’ai le sentiment que cette globalisation de mon univers est parfois sur dimensionnée pour l’homme ma petite humanité. C’est trop grand, trop vaste pour mon humanité psychologique et physiologique !
Mon tendeur interne pourra-t-il résister à cette tension entre le local et le global ?
Je crois que Dieu seul peut m’en donner les moyens et me donner l’équilibre dont j’ai besoin.
C’est pourquoi je fais mienne cette autre conviction du Pape qui affirme : « l’humanisme qui exclut Dieu est un humanisme inhumain ». En tout cas, à mes yeux, il risque de le devenir bien vite.
« Nous ne serons capables, dit encore le Pape, de déployer de nouvelles énergies au service d’un véritable humanisme intégral que si nous nous reconnaissons, en tant que personnes et communautés, appelés à faire partie de la famille de Dieu en tant que fils. »
En tout cas, pour moi, cette tension entre le local et le global ne sera supportable, cet élargissement de l’horizon, cette fraternité universelle qui n’est plus seulement une idée intellectuelle mais une réalité tangible, ne pourra être intégré à ma nature humaine très limitée que si je suis capable de me situer comme fils de Dieu et de reconnaitre l’autre, comme fils du même Père que moi. C’est parce que je peux reconnaitre l’autre comme fils du même père que moi, que je serai capable de lui donner le titre de « frère » et de me comporter comme tel vis-à-vis de lui. Si Dieu est dans le circuit, je ne suis pas dans une relation binaire, dans un vis-à-vis qui peut devenir vite conflictuel. Dieu est cet Autre qui nous situe différemment l’un vis-à-vis de l’autre et chacun vis-à-vis de Lui. Car comme le dit encore Benoît XVI dans son encyclique dans son premier chapitre : « …Seule la rencontre de Dieu permet de ne pas voir dans l’autre que l’autre, mais de reconnaitre en lui l’image de Dieu, parvenant ainsi à découvrir vraiment l’autre et à développer un amour qui devienne soin de l’autre pour l’autre… »
Bernard Bienvenu

Un épisode de plus

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Tout compte fait, on préférerait que les déclarations du ministre de l’Intérieur ne soient que de « l’enfumage » politicien pour détourner l’attention, comme l’en soupçonnent certains ! Hélas, d’après tous les spécialistes de l’antiterrorisme, les risques d’attentat sont bien réels. Risques bien réels et même à un niveau élevé, mais pas nouveaux. Depuis quinze ans, le fameux plan Vigipirate n’a jamais été totalement levé alors qu’aucun attentat n’a heureusement été perpétré depuis 1996. Tout juste a-t-il été un peu allégé à certaines périodes. On a finalement appris à vivre avec le terrorisme, sauf ceux qui en ont été victimes à Paris, à Madrid, à Londres, à Manhattan et dans tant d’autres villes au monde…
Menaces sur le territoire ou enlèvements de ressortissants à l’étranger, c’est partout la même pression qui s’exerce contre des pays engagés sur la scène internationale. En Afghanistan, en Somalie et maintenant au Niger ou au Mali, dix de nos compatriotes sont otages. Et l’assassinat de Michel Germaneau en Mauritanie en juillet dernier ne rassure pas sur le sort qu’il leur sera fait…
Dans ce climat de menace extérieure que renforce une violence quotidienne, « nationale et ordinaire », est-il bien raisonnable d’en rajouter ? Autrement dit, les autorités sont-elles bien inspirées quand elles en remettent une couche au risque de créer une psychose à propos d’une femme kamikaze recherchée ? Les illuminés n’en demandent pas plus pour se répandre en appels anonymes. Et le moindre bagage abandonné devient vite un paquet suspect déjà qualifié de colis piégé ! En même temps, peut-on imaginer qu’une démocratie puisse vivre dans le déni de réalité ? Que ne dirait-on pas d’un gouvernement qui ne mettrait pas en garde la population contre les risques encourus ? Après tout, les tragiques statistiques de la sécurité routière n’ont jamais empêché quiconque de prendre la route ! On fait avec, on circule avec, on vit avec et même plus longtemps quand on est un usager bien informé et prudent.
Les moyens de lutte antiterroriste n’ont jamais été si importants et efficaces. Deux attentats par an seraient régulièrement déjoués en France. La présence de militaires dans les principaux lieux publics, les moyens de contrôle font désormais partie du paysage et personne ne s’en offusque même parmi les plus sourcilleux défenseurs des libertés publiques. Les risques accrus d’aujourd’hui ne sont donc qu’un épisode de plus dans l’histoire du long combat quotidien contre la barbarie, qui requiert aussi la vigilance de chacun et pas seulement les moyens de l’État.
Quand la menace extérieure renforce la coopération entre nations visées, quand un pays comme le nôtre refuse de se laisser dicter ses choix politiques par les intimidations, en adoptant par exemple la loi contre le voile intégral, quand un peuple refuse l’amalgame entre une population d’origine étrangère et quelques islamistes fanatiques qu’ils font combattre sans merci, c’est déjà une façon civilisée de relever avec succès le défi terroriste.

Un débat qui dérange

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Le débat actuel sur les Roms est malsain et caricatural. Malsain d’abord parce que la politique du chiffre est inappropriée quand il s’agit de populations en situation de dénuement extrême dont le comportement répréhensible de quelques-uns ne saurait être assimilé à une faute collective. Caricatural ensuite parce que les outrances verbales servent de paravents à l’absence de propositions alternatives concrètes. Comparer la politique des « retours volontaires avec indemnité » à l’extermination des juifs durant la seconde guerre mondiale est inacceptable alors qu’il s’agit de l’application d’une loi en vigueur depuis quelques années. Débat malsain et caricatural enfin parce que l’écume des vagues masque la proportionnalité de la situation. Combien sont-ils les Roms en situation illégale ? Combien des dix mille personnes renvoyées chaque année, reviennent ? Comment font les autres pays européens ? Que fait la Roumanie soutenue financièrement par l’Europe, pour les intégrer ?
Tout cela est évidemment marqué de toutes parts, d’arrière-pensées politiques. Sauf de la part du Pape qui lui, ne sera pas candidat en France en 2012 ! Mais qu’a donc dit Benoît XVI pour qu’il ait un tel succès médiatique ? En fait, rien de très nouveau. Il a simplement répété ce que l’Église dit depuis des siècles de la part de Jésus-Christ : « ce que vous faites au plus petit d’entre les miens, c’est à moi que vous le faites… J’étais étranger et vous m’avez accueilli…  » L’Église est évidemment dans son rôle quand elle rappelle les valeurs de l’Évangile pour permettre un « vivre ensemble » dans le respect de chacun et notamment des plus petits. N’en déplaise à tous ses détracteurs habituels, pour une fois adeptes surprises de Benoît XVI, ce sont toujours les mêmes valeurs qui lui font obligation de répéter les principes qui doivent guider les décisions dans tous les domaines de la vie publique ou privée : social, économie, bioéthique, ou encore avortement et euthanasie. Reste alors le plus difficile : prendre des décisions politiques à l’aune de ces valeurs ! Derrière les principes, il y a des réalités et personne n’a de réelle solution pratique et réaliste. On n’entend personne réclamer l’installation d’aires de stationnement pour les Roms ou les gens du voyage à proximité de chez lui ou la régularisation de tous les réfugiés en situation illégale !
Oui, le démantèlement de camps illégaux de Roms, réfugiés chez nous parce que marginalisés chez eux, nous met mal à l’aise. On préférerait peut-être l’hypocrisie d’une ignorance silencieuse à l’examen d’une réalité objective. Dans deux semaines, quand on sera engagé dans la réforme des retraites, on sera sans doute bien content de passer à autre chose. Mais le sort de ces populations misérables et instrumentalisées ne sera pas réglé pour autant. Ni les problèmes sanitaires ou de sécurité qui se posent chez nous. Ni les conditions de leur intégration dans leur pays d’origine. Il est de notre responsabilité collective d’assumer, en l’occurence à l’échelle européenne, la question du partage des richesses et de la solidarité. Et il appartient aux dirigeants de poser le débat dans des termes qui conviennent à nos valeurs.

Des mots comme des pierres

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La pédophilie a toujours été un crime abominable. Même quand les victimes avaient interdiction d’en parler. Même quand certains leaders d’opinion se plaisaient à évoquer dans les années 70, leur expérience d’une « sexualité différente » pour « choquer les bourgeois » !
Quand ce crime est commis par des pères de famille comme c’est le cas la plupart du temps, c’est abject. Quand ce sont des prêtres ou des religieux qui se rendent coupables de tels abus, c’est tout aussi insupportable. L’Eglise catholique est aujourd’hui en pleine tourmente parce que des évêques ont trop longtemps caché la vérité sans tirer aucune conséquence de ce qu’ils savaient. En donnant le sentiment d’avoir plus de sollicitude pour les coupables que de compassion pour les victimes !
Etats-Unis, Irlande, Allemagne, Suisse, Italie, Autriche… aucun grand pays catholique n’est épargné et les diocèses concernés (souvent riches) vont payer cher leur manque de discernement. Mais c’est l’Eglise universelle qui va recevoir la plus lourde facture ! Son image est atteinte. Sa parole devient inaudible sous le vacarme médiatique. Plus qu’aucune autre institution, et même si elle la seule à avoir reconnu publiquement ses fautes en demandant pardon, l’Eglise est au banc des accusés. Depuis quelques semaines, c’est donc l’hallali.
Du coup, la tentation est grande chez bon nombre de catholiques de serrer les rangs pour dénoncer ce climat délétère où la bêtise le dispute au mensonge. Pétitions, déclarations de soutien fleurissent un peu partout sur internet, pour défendre les prêtres et Benoît XVI. C’est au fond très légitime quand l’exaspération est à son comble. Mais il ne faudrait pas cela témoigne d’une tentation d’enfermement pour se protéger d’un monde prétendument et résolument hostile.
Sur toute la ligne d’horizon des opinions philosophiques, politiques ou religieuses, se dessinent des crispations. Moins que d’autres, les chrétiens ne sont autorisés à ce type de comportement frileux. Pour autant, ils ne sont pas condamnés au silence quand il s’agit de faire entendre et respecter leur foi !
Vendredi dernier 4 avril, c’était le vendredi saint, jour où quatre milliards de chrétiens célébraient la mort du Christ, injustement condamné et crucifié. C’est ce jour là que l’humoriste Laurent Gerra a choisi pour déverser à la radio, un tombereau d’insanités sur le Pape. Et il n’est pas le seul à se répandre en calomnies. Pour ceux qui en sont profondément blessés, toutes ces injures ou ces outrances peuvent devenir des pierres qui, en s’accumulant les unes sur les autres, finiront par ériger un mur. D’incompréhension d’abord, pour construire un refuge identitaire ensuite… Ainsi s’élèvent, quand il n’y a pas un minimum de respect mutuel, des citadelles rivales qui sont vite en guerre les unes contre les autres !

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