mai 07
L’âge légal de départ à la retraite pour les salariés du secteur privé est aux questions sociales, ce que les éoliennes sont à l’écologie : un symbole, un totem. Autrement dit, quelque chose qui n’est pas vraiment essentiel mais auquel tout le monde est attaché. Et le gouvernement y réfléchira sans doute à deux fois avant de s’attaquer de front à cette conquête sociale la plus emblématique des années Mitterrand. Quitte à contourner l’obstacle pour ne pas bousculer la vache sacrée !
Pourtant, la retraite à taux plein dès 60 ans ne concernera bientôt plus beaucoup de monde au fur et à mesure que les générations entrées plus tardivement dans le monde du travail, s’approcheront de cet âge fantasmagorique sans pouvoir justifier des années de cotisations nécessaires ! Chacun comprend bien qu’avec une espérance de vie qui ne cesse heureusement de s’allonger, il faut adapter les conditions sociales aux conditions démographiques et économiques.
Niveau de vie
Ce qui est important sur le fond, ce n’est pas tant l’âge du départ à la retraite que le niveau de vie possible après. C’est là la préoccupation majeure de bon nombre de futurs retraités. Il est grand temps d’opérer une vraie réforme de fond qui fixe enfin les nouveaux paramètres car le climat d’incertitude nuit à l’ambiance générale et encourage à l’épargne plutôt qu’à la consommation… Les générations actives ont besoin de visibilité pour retrouver confiance.
Cette réforme des retraites, la « la mère des réformes » n’est pas qu’un projet franco-français. Elle sera aussi examinée attentivement par tous nos partenaires et toutes les autorités financières internationales. Nous sommes sous observation et, de notre capacité à prendre les bonnes et courageuses décisions, dépendra notre capacité à gérer notre dette. Colossale, celle-ci est aujourd’hui évaluée à quelque 1 500 milliards d’euros alors que notre déficit budgétaire annuel a été multiplié par 2,5 sous l’effet de la crise internationale. Ce que vient de subir la Grèce peut nous servir d’aiguillon pour revoir nos pratiques budgétaires. Si la cote de la France est encore bonne aux yeux de nos créanciers, c’est parce qu’ils croient à notre capacité d’améliorer nos comptes. Un État en déficit, c’est comme une entreprise en difficulté. Le banquier reste disponible pour accorder des crédits tant qu’il a confiance en des lendemains meilleurs. Sinon, le crédit se fait rare et de plus en plus cher. Et un crédit plus cher, c’est une dette qui enfle et une faillite qui se profile… Si la réforme des retraites devait ne convaincre personne parce qu’elle ne serait qu’un ravaudage de façade, la France pourrait voir sa notation se dégrader et sa situation financière se tendre encore plus. Avec à la clé, des mesures autrement plus douloureuses que le rallongement de la durée de vie au travail. Les Grecs en savent hélas quelque chose…
Mais cette réforme ne sera acceptée qu’à la condition qu’elle soit socialement juste et équitable. C’est tout l’enjeu des négociations qui s’ouvrent.
juin 25
Ils sont trois, âgés de 30, 36 et 48 ans. Franck, le plus jeune a été ordonné il y a quelques jours seulement. Avec Michel et Christophe, prêtres comme lui du diocèse de Besançon, il propose depuis le 20 juin sur internet, des épisodes vidéo sur ce qui fait leur vie quotidienne : « la Prêtres Académy », sur le modèle de la fameuse émission de télé réalité. Tout y est pour pasticher la « Star’Ac ». Le logo, le générique et jusqu’au fauteuil où les stars s’expriment ! Dans les deux premiers épisodes déjà disponibles (*), on y découvre des hommes en prière, en réunion ou en train de faire une sauce salade pour le repas du midi ! Tout ça pour que les gens et notamment les jeunes, découvrent cette réalité souvent ignorée. Quand il y avait un prêtre dans chaque village, des jeunes pouvaient avoir envie de les imiter parce qu’ils les rencontraient souvent. Des vocations sont ainsi nées de cette admiration qu’on avait parfois enfant, pour les adultes. C’était d’ailleurs pareil pour bien des professions qui travaillaient à ciel et coeur ouverts, au milieu des populations, avant qu’on exile les métiers dans des zones artisanales souvent anonymes. Mais aujourd’hui, qui sait ce qu’est un prêtre, à quoi il ressemble et à quoi il sert ?
Devant le trop peu d’ordinations sacerdotales (il y en aura une centaine cette année pour toute la France alors qu’ils sont plusieurs centaines à mourir !) Franck, Michel et Christophe ont donc accepté de jouer les vedettes. C’est déjà en soi très original dans un monde catholique où il est toujours mal vu de se mettre en avant. Et ça marche ! La bande annonce qui précédait le premier épisode de ce feuilleton d’un genre nouveau, avait été vue par plus de 35 000 personnes en quelques jours.
Ca ne suffira pas évidemment pas, comme par miracle ( !), à inverser la courbe des statistiques. Mais cette initiative parmi tant d’autres, démontre que les chrétiens savent trouver, comme toujours dans l’histoire, des moyens nouveaux pour s’adresser aux hommes et femmes de leur temps. Loin de se réfugier dans leur sacristie en ressortant tout le matériel sacerdotal du XIXème siècle, ils vont au large pour jeter leur filet, tendre une main, adresser une parole que le monde ignore mais dont il a pourtant besoin… L’aventure de ces trois prêtres peut intéresser des jeunes en quête d’un sens à leur vie. En col romain ou en chemisette ouverte, jeunes et décomplexés, ils ne vont pas devenir célèbres pour leurs performances. Les internautes ne sont de toute façon pas invités à voter pour éliminer l’un ou l’autre d’entre eux.
« J’embauche » s’était exclamé Mgr Marty en 1968 dans sa cathédrale de Paris. Le bureau de recrutement est toujours ouvert !
(*) www.pretres-academy.com
juin 12
Si l’on parlait de « choc pétrolier » dans les années 70, quand l’or noir valait quelque 15 dollars, ou en l’an 2000, quand il était aux environs de 28, quelle expression faudrait-il employer aujourd’hui pour parler d’un baril à 133 $ ?
À ce tarif-là, ce n’est plus un choc, c’est une révolution ! Une révolution en marche depuis une dizaine d’années que se développe l’économie de pays émergents comme la Chine ou l’Inde.
Cette situation nourrit toutes les conversations. Pêcheurs, ambulanciers, transporteurs routiers, agriculteurs ou autres chauffeurs de taxi ne cessent de réclamer des aides que le gouvernement est bien en peine de trouver. Sans oublier tous ceux, encore plus nombreux et démunis, qui doivent chaque jour prendre leur voiture pour aller au travail. Après avoir fait le choix de s’éloigner des villes pour ne pas subir le « choc immobilier », beaucoup sont aujourd’hui pénalisés par le coût du « plein ». Tout le monde n’est pas égal devant la pompe ! Et tous les pays non plus.
Il y a au fond, trois catégories de pays face à la crise pétrolière. Tout d’abord les producteurs. Ils sont de plus en plus riches et même l’Irak dévasté par la guerre n’est plus un pays sans ressources financières. Deuxième catégorie, les pays pauvres d’Asie ou d’Afrique. La croissance de leur industrie déjà très faible a besoin d’un pétrole de plus en plus cher qui alourdit leur dette. Les pauvres sont toujours les plus vulnérables, quel que soit le choc…
Troisième catégorie de pays, les nôtres, ceux d’Europe de l’Ouest, l’Amérique ou le Japon. Cette révolution pétrolière nous pénalise mais elle sera peut-être à terme, un aiguillon pour une croissance nouvelle.
Le pétrole est une énergie naturelle mais épuisable et polluante. Tant qu’il n’était pas très cher, nul n’avait intérêt à diversifier réellement les ressources énergétiques. Aujourd’hui, il n’est que temps de se préoccuper de trouver autre chose. Et c’est déjà en marche ! Une économie nouvelle naît sous nos yeux, soucieuse de l’environnement et qui sera à terme source de développements et d’emplois nouveaux. Les toits de nos maisons se couvrent de panneaux photovoltaïques, les véhicules en feront bientôt autant et « si on n’a pas de pétrole, on ne manque pas d’idées » pour économiser l’énergie ou organiser différemment notre vie quotidienne…
Mais cette mutation économique fait une autre victime : l’illusion écologiste d’un monde sans nucléaire ! Grâce à notre parc de centrales nucléaires, nous sommes moins que d’autres, dépendants du pétrole. Mieux, nous sommes capables de vendre nos technologies à nos voisins qui ont été moins prévoyants !
juin 02
C’est un amendement surprise, voté à la quasi-unanimité des députés dans le cadre du vaste chantier actuel de révision constitutionnelle : les députés veulent que la loi fondamentale reconnaisse dès l’article premier que « les langues régionales appartiennent au patrimoine » de la Nation. Et pourquoi pas les vins ou la cuisine régionale pendant qu’on y ait ? Et tant pis pour la contradiction avec l’article 2 de la même Constitution qui stipule toujours que « la langue de la République est le français ». Car enfin, si le français est la langue unique et officielle du pays, en quoi les langues régionales auraient-elles besoin d’être protégées par la Constitution nationale ? Nul ne les menace depuis les lois de ces cinquante dernières années qui ont autorisé leur enseignement jusque dans les écoles de la République, ce qui pourrait déjà être constesté sur le fond.
Il a fallu quatre siècles depuis Louis XIV et jusqu’au début du XXème pour que les enfants renoncent à leur dialecte local et parlent enfin le français. Cela a permis l’unification du pays et fait grandir le sentiment d’appartenance nationale. Longtemps langue officielle de l’Eglise ou des institutions internationales, langue des élites européennes, le Français est aujourd’hui battu en brèche de l’extérieur par l’anglais conquérant. Devriendrions-nous complices de l’intérieur d’un tel appauvrissement ?
Certes, chacune des 78 langues régionales recencées est un réel patrimoine culturel local qui mérite d’être sauvegardé au titre des racines vivantes qu’il exprime. Mais ce n’est pas le rôle de l’Etat décentralisateur que d’assurer ce qui relève de la mission des collectivités locales. Il y a là plus qu’un symbole de l’effritement de la société. C’est le communautarisme qui gagne du terrain et ce peut-être un jour lourd de conséquences sur notre capacité à se parler, à se comprendre, à vivre ensemble. Il n’y a qu’à regarder ce qui se passe chez nos voisins, Espagnols ou Belges, pour voir que la langue n’est pas qu’accessoire. Les Catalans ou les Basques ne veulent pas être confondus avec les Madrilènes ou les Andalous. Les Flamands eux instaurent peu à peu contre leurs concitoyens Wallons, un véritable régime d’apartheid linguistique au nom de la défense de leur culture. La Belgique, siège des institutions européennes, se ghéttoïse. Nous ne devons rien décider qui puisse un jour participer à ce Babel moderne, porteur de risques d’éclatement…
En attendant, et si le Parlement conserve cet amendement dans la version définitive du texte constitutionnel, on ne voit pas bien comment le gouvernement pourra justifier longtemps son refus de ratifier la Charte européenne des langues régionales et minoritaires. Celle-ci, signée par la France en 1999, reconnait à chacun le droit imprescriptible de parler une langue dans la sphère privée ET publique. La profession de traducteur aurait alors de beaux jours devant elle !
Toute réflexion faite, cette révision constitutionnelle qui vise à donner plus de pouvoirs au parlement est-elle réellement une bonne chose ?
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