Le cavalier seul allemand

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Le tsunami du mois de mars au Japon n’a pas seulement détruit la centrale nucléaire de Fukushima avec les conséquences humanitaires et environnementales dont on parle moins que des frasques de DSK ! Le tsunami a aussi ébranlé durablement la confiance que l’opinion publique internationale plaçait jusqu’ici dans l’énergie nucléaire.
Affaiblie politiquement et menacée de perdre sa majorité au Bundestag, la chancelière allemande a annoncé dans la précipitation et par pur calcul électoral, la fin des centrales nucléaires outre-Rhin d’ici 2022. Cette décision unilatérale qui témoigne un peu plus du cavalier seul allemand que tous les spécialistes observent sur la scène internationale, n’est pas sans inquiéter ses partenaires européens. L’Europe est née avec la CECA (Communauté européenne du charbon et de l’acier). Serait-elle en train de se désagréger un peu plus sur la question essentielle de l’énergie nucléaire ?
Non pas que le débat sur le nucléaire ne soit pas légitime, bien au contraire. Mais il ne faut négliger aucune des conséquences de l’arrêt des centrales. Et notamment le prix de l’électricité (on parle d’une hausse de 30 à 50 %), les émissions des gaz à effet de serre qu’on s’est engagé à réduire mais qu’accroissent les énergies fossiles (charbon, pétrole), l’incapacité des énergies renouvelables à se substituer totalement et à court terme au nucléaire, les besoins croissants d’énergie consommée par une population mondiale en hausse sensible et bien sûr le problème de l’indépendance énergétique qui est un enjeu géopolitique essentiel… Sans compter que les centrales françaises ou polonaises, et celles que construisent les pays émergents, ne protégeraient nullement nos voisins allemands des conséquences d’une éventuelle catastrophe… Toutes ces questions ne mériteraient-elles pas entre Européens, autre chose qu’une décision à court terme de la première puissance économique de l’Union, qui plus est, contraire aux engagements récents de sa dirigeante ?
La France n’échappera pas à ce débat et c’est tant mieux. 62 % des Français interrogés pour le Journal du Dimanche se déclarent partisans d’un arrêt de nos centrales d’ici à 30 ans. La campagne électorale qui s’ouvre ne pourra donc faire l’économie d’une telle question qui risque d’embarrasser plus d’un candidat. Les Verts vont bien sûr « profiter » de Fukushima et de la décision allemande, pour exiger l’arrêt du nucléaire civil avec d’autant plus de facilité que Nicolas Hulot y a lui aussi finalement renoncé. Et les socialistes, traditionnellement pro-nucléaires, n’ont pas fini de se diviser sous la pression de leurs alliés remuants.
Le temps est peut-être venu que nous soyons collectivement placés devant nos responsabilités. Le nucléaire n’est pas sans danger comme on vient de le voir au Japon, même si ce n’est pas le tremblement de terre mais le tsunami qui a détruit la centrale. Mais pour pouvoir s’en passer éventuellement un jour, il va falloir évaluer les conséquences, , toutes les conséquences. C’est un choix politique durable qui suppose autre chose qu’un tsunami émotionnel.

La révolution tranquille

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Le mur est tombé le 9 novembre 1989 mais sa destruction avait commencé bien avant. Peut-être même, dès le jour de sa construction en août 1961, tant il est vrai que, dès ce moment-là, il était devenu un symbole à abattre. Vingt-huit ans plus tard, cette balafre de 170 km de long s’est effondrée en ne faisant d’autres bruits que les cris de joie, en ne résonnant d’autres notes que celles du violoncelle de Rostropovitch interprétant Bach, assis au pied du mur… Qui aurait osé parier une telle fin pacifique, une telle révolution tranquille après quarante années d’équilibre de la terreur ? Personne !
La mémoire populaire retient que c’est le gouvernement est-allemand qui, sous la pression de la rue, a donné l’ordre d’ouvrir les frontières. Mais l’examen attentif des évènements montre que c’est la Pologne qui avait, la première, secoué l’ours soviétique. Tout avait commencé avec les grèves sur les chantiers navals de Gdansk en 1980, deux ans après qu’un certain Karol Wojtyla eut été élu Pape de l’Église catholique. Depuis lors, les Polonais n’avaient plus peur. Malgré les persécutions, c’est leur mouvement ouvrier explicitement religieux et aux mains nues qui est venu à bout d’un régime totalitaire et puissamment armé.
Certes, bien d’autres éléments ont participé à la destruction du rideau de fer : le manque de liberté, la course effrénée à l’armement, la concurrence spatiale, la faillite économique d’un système absurde… Mais force est de reconnaître avec Mikhaïl Gorbatchev que « rien de ce qui s’est passé en Europe de l’Est n’aurait pu se produire sans ce Pape-là…  »
1989, c’était un autre monde. Celui de Yalta qui s’effondrait et qui faisait dire à François Mitterrand, un peu ébahi et hésitant, que le nouvel équilibre naissant serait « bien mieux mais plus difficile…  » Et chacun de s’interroger sur ce qu’allait devenir la Communauté Économique Européenne d’alors, constituée de 12 pays.
Vingt ans plus tard, une éternité à l’échelle d’une histoire qui s’est accélérée, l’Union européenne se fait à 27. Et ils sont nombreux à frapper à la porte d’un ensemble prospère malgré la crise économique, synonyme de bonheur pour tant de peuples dans la difficulté. Après bien des années perdues, le nouveau traité de Lisbonne va enfin permettre l’émergence d’une Europe plus politique. La construction avance, à tâtons parfois, à contresens jamais.
Pendant qu’on construit ici des ponts, d’autres murs sont hélas érigés. En Israël autour de la Palestine ou entre les États-Unis et le Mexique par exemple. Mais l’expérience prouve que les forces de vie, telle une rivière en crue, ont toujours réussi à creuser des brèches dans les murs jusqu’à laisser passer les flots. C’est ce qu’on appelle le courant de l’histoire !

Champions d’Europe

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« Championne d’Europe ! » La France est championne d’Europe. Pas d’athlétisme car elle n’a guère brillé aux récents championnats de Berlin. Pas en football non plus depuis son élimination dans l’Euro 2008. Pas plus en économie où ses déficits se creusent inexorablement… Non, la France est championne d’Europe de la natalité et c’est très bien. 828 400 enfants sont nés en 2008. C’est 1,2 % de plus qu’en 2007 et cela nous maintient pour la troisième année consécutive à un niveau jamais atteint depuis bientôt 30 ans. Plus d’enfants, c’est bien pour le renouvellement des générations quasi assuré. C’est bien pour le signe de confiance en l’avenir que les enfants incarnent. C’est bien aussi pour la fameuse croissance économique. D’aucuns prétendent qu’il s’agit d’une performance due au rattrapage générationnel. Les femmes enfantent plus tard que leur mère et les enfants qui naissent aujourd’hui auraient dû naître il y a une dizaine d’années. D’où l’idée que les statistiques ne sont que provisoirement bonnes. D’autres assurent qu’il s’agit là du résultat d’une volonté politique traduite en mesures législatives… Tout cela est sans doute vrai, au moins en partie.
Ce qui est vrai, et totalement vrai, c’est que la famille reste une valeur sûre. Non pas qu’elle ne connaisse pas la crise elle aussi ! On ne dira jamais assez le prix humain, psychologique et social que représente l’éclatement de trop d’entre elles. Mais la famille demeure, même dans la tempête, la vraie « sécurité sociale », au sens propre et premier de l’expression.
Famille et natalité sont donc les deux mamelles d’une société qui regarde vers demain. C’est pourquoi il faut se garder de décisions qui pourraient leur nuire. Ainsi en est-il du projet de réforme de la majoration de durée d’assurance pour les mères. En gros, il s’agit des fameuses deux années de cotisation par enfant, accordées à toutes les femmes au moment de faire valoir leurs droits à la retraite. Certains pères bien intentionnés y voient là une inégalité de traitement. D’où des recommandations européennes, des rapports de la HALDE (Haute autorité de lutte contre les discriminations), qui exigent que le dispositif soit plus « égalitaire ». Pour éviter une inflation de plaintes, le comité d’orientation des retraites préconise effectivement que les choses soient revues. Personne n’a l’intention de pénaliser les femmes et le bon sens devrait permettre de trouver des solutions équilibrées (compensation financière, choix des parents pour déterminer qui, du père ou de la mère, bénéficiera le moment venu des deux années de cotisation…). Les décisions ne sont pas prises mais le phénomène illustre bien le ridicule où nous conduit le fameux « égalitarisme » qui n’a rien à voir avec la justice. Hommes et femmes ont les mêmes droits mais ils ne sont égaux, ni génétiquement, ni physiologiquement, ni physiquement. Et pour porter et mettre au monde les enfants, on n’a encore rien trouvé de plus précieux que les femmes. Ca leur vaut bien quelques avantages si on veut rester les champions d’Europe !

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