Familles malmenées

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La famille est une valeur sûre dont tout le monde ou presque se réclame, au moins sur le principe. Dans les faits, l’édifice est fragile, souvent malmené par des mesures insidieuses quand ce n’est pas par nos propres comportements sociaux… Trois exemples piochés au hasard d’une actualité presque ordinaire.
Dans les brûlantes négociations actuelles à propos de la réforme des retraites, le gouvernement bute sur le cas des femmes nées dans les années cinquante. Toutes n’ont pas été salariées et quand elles l’ont été, elles ont souvent mis leur profession entre parenthèses pour élever les enfants. Elles n’auront donc pas à 62 ans, le nombre de trimestres requis. Et leur imposer d’attendre 67 ans pour bénéficier d’une retraite à taux plein, c’est les pénaliser lourdement. Le Parlement cherche et doit trouver des mesures propres à réparer cette injustice. Ce serait une décision emblématique que de reconnaître les services rendus à la nation par ces femmes qui ont sacrifié leur carrière pour élever ceux qui paient nos retraites d’aujourd’hui et de demain…
Autre indicateur sur le tableau de bord de la santé des familles : le niveau de vie. L’INSEE vient de publier son enquête annuelle sur les revenus 2008. Et parmi tous les chiffres, l’Institut national de la statistique et des études économiques souligne que 30 % des familles monoparentales (souvent une mère et ses enfants) sont en dessous du niveau de pauvreté fixé à 949 € par mois ! Autrement dit, les chiffres confirment une évidence : les familles déchirées créent de la misère. De la misère affective bien sûr. De la misère matérielle aussi. Tout autour de nous, on assiste impuissants et presque indifférents à des séparations aussi précipitées qu’incompréhensibles. Et parce que ça devient quasi la norme, tout le monde fait semblant de croire que ce n’est pas grave. Mais que de souffrances tues, que de dégâts psychologiques irréparables pour les enfants victimes de l’irresponsabilité des parents ! Combien de générations aurons-nous sacrifiées avant que la société ne se mobilise enfin pour aider les familles à durer ?
Dernier exemple de la place faite aux familles dans la vie courante : l’ouverture des magasins le dimanche. Profitant de la loi récemment votée pour autoriser le commerce dominical dans les zones touristiques, de plus en plus de grandes surfaces pourtant pas concernées par le tourisme, ouvrent désormais le dimanche. La digue est en train de rompre. Ce n’est pas seulement grave pour le petit commerce de proximité ! C’est le signal que rien, pas même le respect des valeurs sacrées, ne saurait résister à la marée des affaires qu’encouragent les consommateurs du dimanche. « Les lignes de caisses ne sont pas notre horizon indépassable ». L’expression n’est pas celle d’un syndicaliste opposé à l’ouverture dominicale. C’est celle de Michel-Edouard Leclerc qui la revendique pour son groupe de grande distribution et qui utilise ce marqueur pour se distinguer de ses concurrents. Ces derniers auront-ils un jour raison de la capacité de résistance du plus célèbre épicier de France ?

Champions d’Europe

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« Championne d’Europe ! » La France est championne d’Europe. Pas d’athlétisme car elle n’a guère brillé aux récents championnats de Berlin. Pas en football non plus depuis son élimination dans l’Euro 2008. Pas plus en économie où ses déficits se creusent inexorablement… Non, la France est championne d’Europe de la natalité et c’est très bien. 828 400 enfants sont nés en 2008. C’est 1,2 % de plus qu’en 2007 et cela nous maintient pour la troisième année consécutive à un niveau jamais atteint depuis bientôt 30 ans. Plus d’enfants, c’est bien pour le renouvellement des générations quasi assuré. C’est bien pour le signe de confiance en l’avenir que les enfants incarnent. C’est bien aussi pour la fameuse croissance économique. D’aucuns prétendent qu’il s’agit d’une performance due au rattrapage générationnel. Les femmes enfantent plus tard que leur mère et les enfants qui naissent aujourd’hui auraient dû naître il y a une dizaine d’années. D’où l’idée que les statistiques ne sont que provisoirement bonnes. D’autres assurent qu’il s’agit là du résultat d’une volonté politique traduite en mesures législatives… Tout cela est sans doute vrai, au moins en partie.
Ce qui est vrai, et totalement vrai, c’est que la famille reste une valeur sûre. Non pas qu’elle ne connaisse pas la crise elle aussi ! On ne dira jamais assez le prix humain, psychologique et social que représente l’éclatement de trop d’entre elles. Mais la famille demeure, même dans la tempête, la vraie « sécurité sociale », au sens propre et premier de l’expression.
Famille et natalité sont donc les deux mamelles d’une société qui regarde vers demain. C’est pourquoi il faut se garder de décisions qui pourraient leur nuire. Ainsi en est-il du projet de réforme de la majoration de durée d’assurance pour les mères. En gros, il s’agit des fameuses deux années de cotisation par enfant, accordées à toutes les femmes au moment de faire valoir leurs droits à la retraite. Certains pères bien intentionnés y voient là une inégalité de traitement. D’où des recommandations européennes, des rapports de la HALDE (Haute autorité de lutte contre les discriminations), qui exigent que le dispositif soit plus « égalitaire ». Pour éviter une inflation de plaintes, le comité d’orientation des retraites préconise effectivement que les choses soient revues. Personne n’a l’intention de pénaliser les femmes et le bon sens devrait permettre de trouver des solutions équilibrées (compensation financière, choix des parents pour déterminer qui, du père ou de la mère, bénéficiera le moment venu des deux années de cotisation…). Les décisions ne sont pas prises mais le phénomène illustre bien le ridicule où nous conduit le fameux « égalitarisme » qui n’a rien à voir avec la justice. Hommes et femmes ont les mêmes droits mais ils ne sont égaux, ni génétiquement, ni physiologiquement, ni physiquement. Et pour porter et mettre au monde les enfants, on n’a encore rien trouvé de plus précieux que les femmes. Ca leur vaut bien quelques avantages si on veut rester les champions d’Europe !

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