C’est un amendement surprise, voté à la quasi-unanimité des députés dans le cadre du vaste chantier actuel de révision constitutionnelle : les députés veulent que la loi fondamentale reconnaisse dès l’article premier que « les langues régionales appartiennent au patrimoine » de la Nation. Et pourquoi pas les vins ou la cuisine régionale pendant qu’on y ait ? Et tant pis pour la contradiction avec l’article 2 de la même Constitution qui stipule toujours que « la langue de la République est le français ». Car enfin, si le français est la langue unique et officielle du pays, en quoi les langues régionales auraient-elles besoin d’être protégées par la Constitution nationale ? Nul ne les menace depuis les lois de ces cinquante dernières années qui ont autorisé leur enseignement jusque dans les écoles de la République, ce qui pourrait déjà être constesté sur le fond.
Il a fallu quatre siècles depuis Louis XIV et jusqu’au début du XXème pour que les enfants renoncent à leur dialecte local et parlent enfin le français. Cela a permis l’unification du pays et fait grandir le sentiment d’appartenance nationale. Longtemps langue officielle de l’Eglise ou des institutions internationales, langue des élites européennes, le Français est aujourd’hui battu en brèche de l’extérieur par l’anglais conquérant. Devriendrions-nous complices de l’intérieur d’un tel appauvrissement ?
Certes, chacune des 78 langues régionales recencées est un réel patrimoine culturel local qui mérite d’être sauvegardé au titre des racines vivantes qu’il exprime. Mais ce n’est pas le rôle de l’Etat décentralisateur que d’assurer ce qui relève de la mission des collectivités locales. Il y a là plus qu’un symbole de l’effritement de la société. C’est le communautarisme qui gagne du terrain et ce peut-être un jour lourd de conséquences sur notre capacité à se parler, à se comprendre, à vivre ensemble. Il n’y a qu’à regarder ce qui se passe chez nos voisins, Espagnols ou Belges, pour voir que la langue n’est pas qu’accessoire. Les Catalans ou les Basques ne veulent pas être confondus avec les Madrilènes ou les Andalous. Les Flamands eux instaurent peu à peu contre leurs concitoyens Wallons, un véritable régime d’apartheid linguistique au nom de la défense de leur culture. La Belgique, siège des institutions européennes, se ghéttoïse. Nous ne devons rien décider qui puisse un jour participer à ce Babel moderne, porteur de risques d’éclatement…
En attendant, et si le Parlement conserve cet amendement dans la version définitive du texte constitutionnel, on ne voit pas bien comment le gouvernement pourra justifier longtemps son refus de ratifier la Charte européenne des langues régionales et minoritaires. Celle-ci, signée par la France en 1999, reconnait à chacun le droit imprescriptible de parler une langue dans la sphère privée ET publique. La profession de traducteur aurait alors de beaux jours devant elle !
Toute réflexion faite, cette révision constitutionnelle qui vise à donner plus de pouvoirs au parlement est-elle réellement une bonne chose ?
juin 02
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