La libération d’Ingrid Betancourt nous a permis de vivre un de ces trop rares moments de joie collective, de soulagement unanime, d’oxygénation nationale, de quasi communion sociopolitique …
Ingrid Betancourt est partout et par tous accueillie en héroïne parce qu’elle incarne la résistance, la volonté, le courage et la force. Mais cette femme n’en finit pas de renverser nos schémas de pensée. Elle n’est pas seulement libre de ses mouvements, elle est aujourd’hui libre dans sa tête. C’est « une icône iconoclaste* » qui ne craint pas de dire ce à quoi elle croit, à contre-courant de la pensée unique. Exemples.
Sa libération par l’armée étaient depuis toujours redoutée et a priori décriée parce qu’elle était évidemment risquée. Souvent accusé de rester sourd aux souffrances des otages et de leur famille, sommé d’engager des pourparlers avec les FARC, Alvaro Uribe a fait de la lutte contre ces guérilleros l’axe de sa politique. L’occident de son côté, a toujours eu pour les forces armées révolutionnaires de Colombie une sympathie inavouée, confondant Robin des bois et ces bandes de racketteurs, d’industriels du rapt et de narco trafiquants. Si la mobilisation des opinions publiques fut indispensable comme moyen de pression internationale, ni le Président Vénézuélien Chavez, pourtant plus proche des FARC, ni les tentatives de négociation en direct des gouvernements français successifs, n’ont suffi à sortir Ingrid Betancourt et ses compagnons d’infortune de la jungle. C’est le gouvernement Colombien qui l’a fait, par la ruse sans jamais rien céder aux terroristes sur le fond. Ingrid Betancourt sait mieux que quiconque ce qui aurait pu lui en coûter si l’opération avait échouée. Mais le risque de la libération valait mieux pour elle qu’une vie de servitude entre les mains de factions qu’aucune tentative de négociation ne pourra jamais raisonner. « Merci à l’homme d’Etat Uribe ».
Autre exemple de sa liberté acquise : en descendant de l’avion à Bogota, Ingrid Betancourt et sa mère se sont d’abord agenouillées pour prier. Et depuis, elle ne cesse de dire sa foi chrétienne. A tel point que ses proches craignent qu’elle n’apparaisse comme trop « grenouille de bénitier ». Mais elle n’a que faire de ces a priori. Elle seule sait ce qui l’a fait tenir pendant 6 ans en enfer : l’Evangile qui lui a donné la force de « ne pas céder à la haine contre ses geôliers… » et de bénir ses ennemis pour ne pas se laisser « enlaidir ».
C’est sûr, la femme qui est rentrée de Colombie n’est plus celle qui faisait campagne pour les élections présidentielles de 2002. Et si d’aventure, il lui venait la tentation de reprendre un combat politique avec de telles convictions iconoclastes, il vaudrait mieux pour assurer son succès, qu’elle tente sa chance en Colombie plutôt qu’en France !
* André Glucksmann, le 9 juillet dans le Figaro
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