L’enfer me ment

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Si l’objectif de l’organisation non gouvernementale islamiste turque était d’attirer l’attention de la communauté internationale sur la situation des Palestiniens de Gaza, c’est gagné ! Après l’assaut de l’armée israélienne contre les bateaux qui voulaient leur acheminer de l’aide humanitaire et la dizaine de victimes civiles, ce conflit séculaire qui empoisonne le Moyen-Orient en particulier et les relations internationales en général, est revenu au centre de l’actualité. De toute évidence, la flottille savait les risques qu’elle prenait à braver les interdictions qui lui avaient été adressées. Elle n’avait aucune chance d’arriver à bon port. Le même convoi, mais par la route, aurait pu atteindre son but affiché : aider un peuple enfermé dans une prison à ciel ouvert. Mais c’eût été moins spectaculaire. En pleine mer, une ONG attaquée par une armée réputée invincible, c’est quand même meilleur pour les images. Et cette guerre-là, celle des images, Israël l’a perdue depuis bien longtemps. Comment un si grand peuple, héritier d’une si belle, longue, noble et douloureuse histoire, a-t-il pu se laisser enfermer dans la position d’un pays incapable de construire une paix durable ? L’idée que l’on se fait d’Israël mérite mieux que cela. Longtemps menacé par tous ses voisins auxquels il s’est militairement imposé pour exister, Israël a joui d’une légitimité aujourd’hui contestée. Seul îlot de démocratie dans un océan de régimes oligarchiques, l’État hébreu vit sous la menace permanente de tous ceux qui rêvent sa destruction. Et l’évolution démographique de la région ne joue pas en sa faveur. Quand un intellectuel égyptien, formé dans les universités occidentales, avoue en aparté que son pays a fait la paix avec Israël parce qu’il n’a pas les moyens de « les remettre à la mer », on peut effectivement être inquiet des suites…
Et du coup, chacun de s’interroger : cette guerre entre deux peuples rivaux mais pourtant condamnés à coexister, finira-t-elle un jour ? Sauf quelques dizaines de milliers d’extrémistes de par le monde, tout le monde est las de cette situation et voudrait croire qu’il vivra assez vieux pour voir naître enfin quelque espoir de paix. Mais il y faut une résistance culturelle et spirituelle à toute épreuve…
La communauté internationale unanime pour souhaiter la paix n’a aucune sorte d’influence réelle sur le cours des choses. Aucune condamnation verbale d’aucune action violente d’où qu’elle vienne n’a jamais fait bouger les lignes de fracture. Au contraire, au fur et à mesure que les années passent, on a le sentiment que le peuple d’Israël sentant monter le ton des rodomontades, laisse s’élever le mur derrière lequel il s’imagine à l’abri. Croyant qu’il ne peut bientôt plus compter que sur lui-même, il serre les rangs derrière son gouvernement et son armée. Il s’enferme lui aussi hélas dans ses certitudes et ses peurs. Or, comme à chacun, « l’enfer me ment ».

Pèlerin politique

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Les voyages du Pape, c’est comme les matchs de foot ! Il faut attendre la dernière minute pour être sûr de connaître le résultat final ! Pour appréhender réellement la portée politico-spirituelle de ce pèlerinage, il faut embrasser l’événement dans son ensemble… Tous les jours, tous les gestes, toutes les ambiances, tous les mots jusqu’au dernier, comptent pour saisir la portée et le sens de ce voyage. Un voyage que l’on disait à hauts risques et que d’aucuns jugeaient d’ailleurs peu opportun même parmi les catholiques de Terre sainte ! Parce que la situation politique y est explosive. Parce que Benoît XVI y allait précédé de toutes les « affaires ». Celle du fameux discours sur l’islam à Ratisbonne et qui a posé des problèmes avec les musulmans. Celle de la levée de l’excommunication d’un évêque traditionaliste et négationniste en janvier et qui a suscité beaucoup d’émoi dans le monde juif en particulier. Et chacun d’y aller de ses injonctions sur ce que devrait dire et faire le Pape. La grille de lecture de ses auditeurs était d’avance établie et on attendait qu’il se comporte comme chacun le lui enjoignait. Il ne manquait plus qu’un nouveau « faux pas »
Et ce fut en définitive le voyage pour l’heure le plus riche et le plus audacieux du pontificat ! Parce que le Pape est resté un homme libre, capable de saisir la main des uns et des autres.
Benoît XVI ne s’est pas contenté d’appeler à l’unité des chrétiens qui sont pourtant hélas très déchirés là-bas aussi. Il a voulu rassembler « le » peuple que constitue l’humanité tout entière, rejetant bien sûr le choc mortifère des civilisations. Les catholiques du Proche-Orient sont bien peu nombreux, broyés qu’ils sont entre des belligérants peu habitués à défendre les minorités. Mais ils sont une chance pour les deux camps en présence. Ils peuvent servir de lien, de pont, de ciment. Qui d’autre que le Pape peut se permettre d’aller dans la même journée sur l’esplanade des Mosquées, 3e haut lieu de l’islam avant de descendre quelques dizaines de mettre plus bas, devant le célèbre mur des lamentations où tous les juifs rêvent un jour de prier ? Et qui d’autre que lui peut se permettre de glisser dans l’interstice de ce mur, une prière pour l’unique peuple de Dieu qui reconnaît Jérusalem comme « la demeure spirituelle commune des juifs, des musulmans et des chrétiens » ? Mais pour donner chair à ce vœu de paix, le pèlerin Benoît XVI s’est fait aussi homme politique quand il a réclamé à cor et à cri la sécurité pour Israël et un pays, enfin, pour les Palestiniens. Nous savons d’expérience et le Pape allemand mieux que personne, que les murs qui séparent et emprisonnent n’ont pas l’assurance de l’éternité. Leur chute est déjà inscrite dans leur plan d’édification. Celui que bâtissent les Israéliens comme les autres. Pour en venir à bout, les peuples ont besoin d’une force spirituelle capable d’agir sur les forces politiques rivales. Le Pape, sans armée ni moyens, est pour la Terre sainte, cette chance-là. On se souvient du sarcasme de Staline : « le Pape, combien de divisions ?  » On connaît la « chute » de l’histoire…

Inconditionnels de la paix

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« Non à l’importation du conflit !  » Les autorités françaises sont sur les dents depuis le début des opérations militaires menées par l’État israélien contre Gaza. C’est que les risques d’incidents en Europe entre les communautés musulmane et juive sont réels. Une voiture a été lancée contre la synagogue de Toulouse. Un feu a été allumé contre la porte d’une synagogue à Bruxelles. Les violents réflexes communautaires nous guettent, et c’est ce type de dérives qu’il faut refuser. Ainsi les slogans des nombreuses manifestations pro-palestiniennes sont parfois caricaturaux : « Israël assassin, Kouchner complice ». Tout cela ne fait pas avancer le problème d’un iota et salit l’honneur d’un homme engagé depuis toujours au service de la paix, fut-il juif par son père.
La France s’est toujours située sur la crête étroite de la médiation avec tous ceux qui veulent la sécurité pour Israël et un État digne de ce nom pour la Palestine. Pourquoi entend-on si peu cette immense majorité silencieuse qui tend la main aux deux camps en présence ? À quand des manifestations convoquées sur cette thématique et qui refuseraient l’anathème ? La seule façon d’être des inconditionnels de la paix, c’est de refuser justement d’être des inconditionnels d’un seul camp ! Le conflit israélo-palestinien est la matrice de la plupart des difficultés internationales. Mais il est si vieux, qu’on finit par s’habituer à son actualité, par se lasser d’une question qui paraît définitivement insoluble. La circonspection nous menace. Et c’est l’autre idée qu’il faut refuser, car la paix est possible. Il faut la vouloir. Or précisément, Israël veut la sécurité pour tous ses habitants, mais veut-il vraiment la paix quand il fragilise le Président Mahmoud Abbas pourtant disposé au dialogue ? Le Hamas qui domine Gaza veut un État, mais se résoudra-t-il enfin à l’existence de l’état hébreu plutôt que de le harceler inutilement ? La paix suppose la reconnaissance de l’autre. Le chemin sera encore long.
Un des problèmes aujourd’hui, c’est qu’il n’y a pas une mais deux Palestine, géographiquement et politiquement séparées. La Palestine de Cisjordanie prête à un accord avec Israël mais qui végète derrière le terrible mur de séparation. Et puis il y a l’autre Palestine, celle de Gaza, l’autre territoire « autonome », coincée entre Israël, l’Égypte et la Méditerranée et aujourd’hui prisonnière de la stratégie du Hamas. Cette Palestine-là, personne n’en veut. Ni l’autorité palestinienne qui craint les islamistes, ni l’Égypte qui craint la contagion, ni bien sûr Israël. Sauf à imaginer l’impossible, à savoir la disparition pure et simple du Hamas, il faudra bien pourtant renouer un jour les fils du dialogue avec toutes les parties en présence. Ce sera l’ardente obligation du prochain gouvernement israélien et du futur Président américain, étonnamment silencieux sur cette question pourtant cruciale pour le monde.

Un si long chemin de paix

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C’est un incident mineur en soi mais un contre-témoignage flagrant : Grecs Orthodoxes et Arméniens en sont venus aux mainsdimanche dernier à l’intérieur même du Saint Sépulcre à Jérusalem, pour de basses querelles de voisinage. Tragiquement humain et spirituellement affligeant au cœur de cette basilique où tous pourtant vénèrent la mort et la résurrection du Christ !
Fruit de l’histoire des hommes et/ou de l’humour de Dieu, les clés du Saint Sépulcre sont jalousement gardées depuis sept siècles par… deux familles musulmanes ( !) qui se relayent pour ouvrir et fermer l’unique porte de ce lieu saint chrétien. Comme pour rappeler qu’entre des communautés rivales, un tiers est souvent requis pour garantir la paix !
C’est justement le rôle capital que jouent là-bas les chrétiens entre juifs et musulmans. Ils essayent de construire des ponts entre ces deux peuples qui se disputent la Palestine depuis 60 ans. Mais cette situation devient pour eux intenable. Comme Palestiniens, les chrétiens de Terre Sainte souffrent de l’occupation israélienne des territoires occupés. Comme Arabes et chrétiens, ils vivent souvent dans la peur leur situation de minorité vis-à-vis des musulmans. De même qu’en Irak, au Soudan ou en Égypte, les chrétiens de Terre sainte sont tentés d’émigrer. La démographie joue contre eux au point que beaucoup pronostiquent d’ici peu leur disparition définitive sur cette terre où ils sont pourtant nés. Dans ce contexte extrêmement tendu, le Vatican et des intellectuels musulmans viennent de se rencontrer à Rome, trois jours durant. Le dialogue islamo-catholique n’a pas attendu ce forum pour commencer mais cette rencontre est significative. Significative d’abord quand on sait qu’elle est l’heureux fruit de l’incident diplomatique qu’avait suscité le discours de Benoît XVI à Ratisbonne en 2006. Pour donner de leur religion, l’image d’un islam nouveau et non violent, des intellectuels musulmans avaient écrit au Pape en lui proposant ce dialogue direct. Plus significatif encore sur le fond, le communiqué final de ce forum qui insiste sur « le droit des individus à pratiquer leur religion en privé et en public… en renonçant à toute oppression, toute violence, tout terrorisme …  ». Un message fort qui pourrait changer radicalement le sort de toutes les minorités religieuses opprimées ! Il y a hélas comme toujours, loin de la coupe aux lèvres. Pour que cela se vérifie dans la vie quotidienne, il faudrait que ce discours de tolérance ne reste pas l’apanage des intellectuels mais imprègne les peuples. C’est loin d’être le cas même si depuis longtemps, beaucoup d’initiatives sont prises sur le terrain pour établir des liens constructifs.
Ce chemin de la paix sera long. Cela donne du temps aux chrétiens du Saint Sépulcre pour trouver des solutions dans l’ordonnancement des processions afin de ne plus défigurer le visage de Celui qu’ils reconnaissent comme Sauveur !

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