Inconditionnels de la paix

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« Non à l’importation du conflit !  » Les autorités françaises sont sur les dents depuis le début des opérations militaires menées par l’État israélien contre Gaza. C’est que les risques d’incidents en Europe entre les communautés musulmane et juive sont réels. Une voiture a été lancée contre la synagogue de Toulouse. Un feu a été allumé contre la porte d’une synagogue à Bruxelles. Les violents réflexes communautaires nous guettent, et c’est ce type de dérives qu’il faut refuser. Ainsi les slogans des nombreuses manifestations pro-palestiniennes sont parfois caricaturaux : « Israël assassin, Kouchner complice ». Tout cela ne fait pas avancer le problème d’un iota et salit l’honneur d’un homme engagé depuis toujours au service de la paix, fut-il juif par son père.
La France s’est toujours située sur la crête étroite de la médiation avec tous ceux qui veulent la sécurité pour Israël et un État digne de ce nom pour la Palestine. Pourquoi entend-on si peu cette immense majorité silencieuse qui tend la main aux deux camps en présence ? À quand des manifestations convoquées sur cette thématique et qui refuseraient l’anathème ? La seule façon d’être des inconditionnels de la paix, c’est de refuser justement d’être des inconditionnels d’un seul camp ! Le conflit israélo-palestinien est la matrice de la plupart des difficultés internationales. Mais il est si vieux, qu’on finit par s’habituer à son actualité, par se lasser d’une question qui paraît définitivement insoluble. La circonspection nous menace. Et c’est l’autre idée qu’il faut refuser, car la paix est possible. Il faut la vouloir. Or précisément, Israël veut la sécurité pour tous ses habitants, mais veut-il vraiment la paix quand il fragilise le Président Mahmoud Abbas pourtant disposé au dialogue ? Le Hamas qui domine Gaza veut un État, mais se résoudra-t-il enfin à l’existence de l’état hébreu plutôt que de le harceler inutilement ? La paix suppose la reconnaissance de l’autre. Le chemin sera encore long.
Un des problèmes aujourd’hui, c’est qu’il n’y a pas une mais deux Palestine, géographiquement et politiquement séparées. La Palestine de Cisjordanie prête à un accord avec Israël mais qui végète derrière le terrible mur de séparation. Et puis il y a l’autre Palestine, celle de Gaza, l’autre territoire « autonome », coincée entre Israël, l’Égypte et la Méditerranée et aujourd’hui prisonnière de la stratégie du Hamas. Cette Palestine-là, personne n’en veut. Ni l’autorité palestinienne qui craint les islamistes, ni l’Égypte qui craint la contagion, ni bien sûr Israël. Sauf à imaginer l’impossible, à savoir la disparition pure et simple du Hamas, il faudra bien pourtant renouer un jour les fils du dialogue avec toutes les parties en présence. Ce sera l’ardente obligation du prochain gouvernement israélien et du futur Président américain, étonnamment silencieux sur cette question pourtant cruciale pour le monde.

Un si long chemin de paix

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C’est un incident mineur en soi mais un contre-témoignage flagrant : Grecs Orthodoxes et Arméniens en sont venus aux mainsdimanche dernier à l’intérieur même du Saint Sépulcre à Jérusalem, pour de basses querelles de voisinage. Tragiquement humain et spirituellement affligeant au cœur de cette basilique où tous pourtant vénèrent la mort et la résurrection du Christ !
Fruit de l’histoire des hommes et/ou de l’humour de Dieu, les clés du Saint Sépulcre sont jalousement gardées depuis sept siècles par… deux familles musulmanes ( !) qui se relayent pour ouvrir et fermer l’unique porte de ce lieu saint chrétien. Comme pour rappeler qu’entre des communautés rivales, un tiers est souvent requis pour garantir la paix !
C’est justement le rôle capital que jouent là-bas les chrétiens entre juifs et musulmans. Ils essayent de construire des ponts entre ces deux peuples qui se disputent la Palestine depuis 60 ans. Mais cette situation devient pour eux intenable. Comme Palestiniens, les chrétiens de Terre Sainte souffrent de l’occupation israélienne des territoires occupés. Comme Arabes et chrétiens, ils vivent souvent dans la peur leur situation de minorité vis-à-vis des musulmans. De même qu’en Irak, au Soudan ou en Égypte, les chrétiens de Terre sainte sont tentés d’émigrer. La démographie joue contre eux au point que beaucoup pronostiquent d’ici peu leur disparition définitive sur cette terre où ils sont pourtant nés. Dans ce contexte extrêmement tendu, le Vatican et des intellectuels musulmans viennent de se rencontrer à Rome, trois jours durant. Le dialogue islamo-catholique n’a pas attendu ce forum pour commencer mais cette rencontre est significative. Significative d’abord quand on sait qu’elle est l’heureux fruit de l’incident diplomatique qu’avait suscité le discours de Benoît XVI à Ratisbonne en 2006. Pour donner de leur religion, l’image d’un islam nouveau et non violent, des intellectuels musulmans avaient écrit au Pape en lui proposant ce dialogue direct. Plus significatif encore sur le fond, le communiqué final de ce forum qui insiste sur « le droit des individus à pratiquer leur religion en privé et en public… en renonçant à toute oppression, toute violence, tout terrorisme …  ». Un message fort qui pourrait changer radicalement le sort de toutes les minorités religieuses opprimées ! Il y a hélas comme toujours, loin de la coupe aux lèvres. Pour que cela se vérifie dans la vie quotidienne, il faudrait que ce discours de tolérance ne reste pas l’apanage des intellectuels mais imprègne les peuples. C’est loin d’être le cas même si depuis longtemps, beaucoup d’initiatives sont prises sur le terrain pour établir des liens constructifs.
Ce chemin de la paix sera long. Cela donne du temps aux chrétiens du Saint Sépulcre pour trouver des solutions dans l’ordonnancement des processions afin de ne plus défigurer le visage de Celui qu’ils reconnaissent comme Sauveur !

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