Le préservatif et à ce point perçu comme LE moyen de lutte contre le Sida que le moindre doute sur sa réelle efficacité est immédiatement condamné au pilori. Peu importe qu etous les spécialistes admettent que ce morceau de latex n’est ni la seule ni la meilleure réponse à l’extension de la pandémie ! Ainsi le Pape en 2009 qui, après une expression certes un peu maladroite, avait reçu une volée de bois vert. Aujourd’hui, le même Benoît XVI ne change pas d’avis sur la question quand il affirme que le préservatif “n’est pas la véritable manière de répondre au mal que constitue l’infection par le virus VIH…” Mais il ajoute aussitôt : « l’utilisation d’un préservatif peut constituer un premier pas sur le chemin d’une sexualité plus humaine… ». Et du coup, c’est un véritable « ouf » de soulagement que poussent toutes les associations catholiques qui ne sont pas les dernières sur le terrain à accompagner les populations en détresse. Le Pape, au détour d’un paragraphe dans un livre à paraître, dit tout haut ce que tout le monde disait tout bas depuis des années, y compris beaucoup de cardinaux, d’évêques et de prêtres qui se sentent aujourd’hui confortés.
Débarrassée de cet « interdit » incompris, l’Eglise retrouvera-t-elle enfin voix au chapitre ? Pas pour faire croire que le préservatif est la panacée. Mais pour rappeler à temps et à contretemps que l’homme et la femme sont appelés à une sexualité responsable et digne de leur humanité : « la seule fixation sur le préservatif représente une banalisation de la sexualité » souligne encore Benoît XVI. Or l’Amour avec un grand A, c’est quand même autre chose que des relations sexuelles entre de multiples partenaires ! Le principe fondamental de la morale chrétienne restera toujours la fidélité.
Outil de protection et de lutte contre la propagation du sida, le préservatif est aussi un moyen de contraception. Et du coup, cette question que se posent aujourd’hui beaucoup de catholiques : cette ouverture du Pape sera-t-elle un jour suivie d’autres ouvertures en faveur d’autres moyens de contraception ? On n’en est évidemment pas là même si la plupart des catholiques, à la recherche « d’une voie humainement praticable », n’appliquent plus et depuis longtemps, les recommandations pontificales. Or, sur cette question-là aussi, l’incompréhension est totale. Et d’aucuns de penser que les préceptes de l’Eglise sur la contraception nuisent à sa parole prophétique sur le douloureux problème de l’avortement !
Reste pour l’heure l’image de ce Pape qui n’en finit pas de surprendre par sa capacité à dire les choses franchement et simplement. Y compris quand il s’agit de reconnaître humblement ses maladresses comme il le fait dans ce livre « Lumière du monde ». Comme il a affronté avec courage et transparence le scandale de la pédophilie, Benoît XVI ne craint pas la vérité qui rend l’Eglise libre et vraie. Il n’y a bien que lui pour croire qu’il n’est qu’un « petit Pape ».
La pédophilie a toujours été un crime abominable. Même quand les victimes avaient interdiction d’en parler. Même quand certains leaders d’opinion se plaisaient à évoquer dans les années 70, leur expérience d’une « sexualité différente » pour « choquer les bourgeois » !
Quand ce crime est commis par des pères de famille comme c’est le cas la plupart du temps, c’est abject. Quand ce sont des prêtres ou des religieux qui se rendent coupables de tels abus, c’est tout aussi insupportable. L’Eglise catholique est aujourd’hui en pleine tourmente parce que des évêques ont trop longtemps caché la vérité sans tirer aucune conséquence de ce qu’ils savaient. En donnant le sentiment d’avoir plus de sollicitude pour les coupables que de compassion pour les victimes !
Etats-Unis, Irlande, Allemagne, Suisse, Italie, Autriche… aucun grand pays catholique n’est épargné et les diocèses concernés (souvent riches) vont payer cher leur manque de discernement. Mais c’est l’Eglise universelle qui va recevoir la plus lourde facture ! Son image est atteinte. Sa parole devient inaudible sous le vacarme médiatique. Plus qu’aucune autre institution, et même si elle la seule à avoir reconnu publiquement ses fautes en demandant pardon, l’Eglise est au banc des accusés. Depuis quelques semaines, c’est donc l’hallali.
Du coup, la tentation est grande chez bon nombre de catholiques de serrer les rangs pour dénoncer ce climat délétère où la bêtise le dispute au mensonge. Pétitions, déclarations de soutien fleurissent un peu partout sur internet, pour défendre les prêtres et Benoît XVI. C’est au fond très légitime quand l’exaspération est à son comble. Mais il ne faudrait pas cela témoigne d’une tentation d’enfermement pour se protéger d’un monde prétendument et résolument hostile.
Sur toute la ligne d’horizon des opinions philosophiques, politiques ou religieuses, se dessinent des crispations. Moins que d’autres, les chrétiens ne sont autorisés à ce type de comportement frileux. Pour autant, ils ne sont pas condamnés au silence quand il s’agit de faire entendre et respecter leur foi !
Vendredi dernier 4 avril, c’était le vendredi saint, jour où quatre milliards de chrétiens célébraient la mort du Christ, injustement condamné et crucifié. C’est ce jour là que l’humoriste Laurent Gerra a choisi pour déverser à la radio, un tombereau d’insanités sur le Pape. Et il n’est pas le seul à se répandre en calomnies. Pour ceux qui en sont profondément blessés, toutes ces injures ou ces outrances peuvent devenir des pierres qui, en s’accumulant les unes sur les autres, finiront par ériger un mur. D’incompréhension d’abord, pour construire un refuge identitaire ensuite… Ainsi s’élèvent, quand il n’y a pas un minimum de respect mutuel, des citadelles rivales qui sont vite en guerre les unes contre les autres !
Les voyages du Pape, c’est comme les matchs de foot ! Il faut attendre la dernière minute pour être sûr de connaître le résultat final ! Pour appréhender réellement la portée politico-spirituelle de ce pèlerinage, il faut embrasser l’événement dans son ensemble… Tous les jours, tous les gestes, toutes les ambiances, tous les mots jusqu’au dernier, comptent pour saisir la portée et le sens de ce voyage. Un voyage que l’on disait à hauts risques et que d’aucuns jugeaient d’ailleurs peu opportun même parmi les catholiques de Terre sainte ! Parce que la situation politique y est explosive. Parce que Benoît XVI y allait précédé de toutes les « affaires ». Celle du fameux discours sur l’islam à Ratisbonne et qui a posé des problèmes avec les musulmans. Celle de la levée de l’excommunication d’un évêque traditionaliste et négationniste en janvier et qui a suscité beaucoup d’émoi dans le monde juif en particulier. Et chacun d’y aller de ses injonctions sur ce que devrait dire et faire le Pape. La grille de lecture de ses auditeurs était d’avance établie et on attendait qu’il se comporte comme chacun le lui enjoignait. Il ne manquait plus qu’un nouveau « faux pas »
Et ce fut en définitive le voyage pour l’heure le plus riche et le plus audacieux du pontificat ! Parce que le Pape est resté un homme libre, capable de saisir la main des uns et des autres.
Benoît XVI ne s’est pas contenté d’appeler à l’unité des chrétiens qui sont pourtant hélas très déchirés là-bas aussi. Il a voulu rassembler « le » peuple que constitue l’humanité tout entière, rejetant bien sûr le choc mortifère des civilisations. Les catholiques du Proche-Orient sont bien peu nombreux, broyés qu’ils sont entre des belligérants peu habitués à défendre les minorités. Mais ils sont une chance pour les deux camps en présence. Ils peuvent servir de lien, de pont, de ciment. Qui d’autre que le Pape peut se permettre d’aller dans la même journée sur l’esplanade des Mosquées, 3e haut lieu de l’islam avant de descendre quelques dizaines de mettre plus bas, devant le célèbre mur des lamentations où tous les juifs rêvent un jour de prier ? Et qui d’autre que lui peut se permettre de glisser dans l’interstice de ce mur, une prière pour l’unique peuple de Dieu qui reconnaît Jérusalem comme « la demeure spirituelle commune des juifs, des musulmans et des chrétiens » ? Mais pour donner chair à ce vœu de paix, le pèlerin Benoît XVI s’est fait aussi homme politique quand il a réclamé à cor et à cri la sécurité pour Israël et un pays, enfin, pour les Palestiniens. Nous savons d’expérience et le Pape allemand mieux que personne, que les murs qui séparent et emprisonnent n’ont pas l’assurance de l’éternité. Leur chute est déjà inscrite dans leur plan d’édification. Celui que bâtissent les Israéliens comme les autres. Pour en venir à bout, les peuples ont besoin d’une force spirituelle capable d’agir sur les forces politiques rivales. Le Pape, sans armée ni moyens, est pour la Terre sainte, cette chance-là. On se souvient du sarcasme de Staline : « le Pape, combien de divisions ? » On connaît la « chute » de l’histoire…
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