Mais qui était Philippe Séguin pour mériter pareilles obsèques nationales avec cet « écho lointain et assourdi de la mort du Général de Gaulle » comme l’a dit Jean-Louis Bourlanges, ancien député européen ?
Un homme politique de premier plan ? Pas vraiment. En tout cas, plus vraiment. Aussi brillantes et honorables qu’elles furent, ses responsabilités nationales l’ont rarement placé aux avant-postes. Et quand elles l’y ont mis, il n’y est guère demeuré, avec cette propension naturelle qui était la sienne, à échouer ou à démissionner !
En 1989, dans l’aventure des jeunes députés « rénovateurs » qui voulaient se débarrasser du duo infernal Giscard-Chirac. En 1990, dans son alliance avec Pasqua pour bouter Chirac hors du RPR. En 1999, lorsqu’il abandonna parti et colistiers en pleine campagne pour les élections européennes. En 2001 enfin, dans une campagne désastreuse pour les élections municipales à Paris…
Il n’y a guère que la campagne de 1992 contre le traité de Maastricht, qui fit de lui un leader incontesté. Il représentait le camp du « non » et même s’il manqua son objectif (mais de peu avec 49 % !), il s’est alors hissé au sommet du combat politique tout en défendant une thèse qui s’est révélée être une erreur.
Le « non », c’est peut-être ce qui lui allait le mieux ! Le « non » de ceux qui ne veulent jamais transiger ni avec l’honneur ni avec les principes. Le « non » de ceux qui préfèrent renoncer pour eux-mêmes plutôt que de céder sur l’essentiel. Le « non » de ceux qui ne sont jamais prêts à piétiner les autres pour accéder au pouvoir. En cela, il ressemblait à Pierre Mendès-France ou à Raymond Barre. Ces hommes d’État qui n’ont jamais pu ou su accéder au pouvoir suprême, et que les Français qui n’en sont pas à une incohérence près, ont toujours beaucoup aimés même s’ils n’ont jamais voté pour eux ! ?
À la présidence de la Cour des Comptes, Philippe Séguin exprimait sans ménagement la voix de l’État impartial, chargé d’évaluer les politiques publiques et de contrôler l’action du gouvernement. Et depuis que souffle la tempête économique mondiale, les Français ont retrouvé à l’État des vertus jusqu’ici contestées.
Sur la forme, avec son caractère impossible et son allure mélancolique, sa carrure de bon vivant et son regard las, son amour du football sans jamais faire de sport, Philippe Séguin ressemblait bien aux Français. Sur le fond, il incarnait une certaine idée de la France. Une France qui peut se tromper parfois. Orgueilleuse et caractérielle souvent mais une France qui a une certaine conception de la grandeur, des valeurs et des projets qui devraient guider l’action des hommes publics. C’est peut-être ce type d’hommes qui manque aujourd’hui dans le monde politique. C’est peut-être cela que les Français pleurent le plus quand ils s’inclinent unanimement devant le cercueil de Philippe Séguin.
Elle n’est qu’un objet vestimentaire assez inutile en soi mais qui souligne pour les hommes qui la portent, le style et peut-être même le caractère, voire les choix politiques… La cravate, c’est ce que l’on remarque en premier chez un homme dont les costumes sont finalement très ressemblants, d’une saison à l’autre, d’une mode à l’autre. Traditionnellement, les responsables politiques, sociaux ou économiques en arborent une chaque jour de la semaine, sauf peut-être le vendredi, qui devient sous l’influence conjointe des anglo-saxons et des 35 heures, le jour “détente” au bureau… Mais voilà que dans la ville chef-lieu de l’Ain, désormais gérée par la gauche, la cravate se fait plus rare, plus lâche ou carrément absente. Et certains esprits mal tournés, d’y lire le signe d’une nouvelle fracture.
Dans les allées du salon de l’habitat qu’on inaugurait le 2 octobre dernier, on pouvait comparer trois comportements différents pour des hommes partageant normalement les mêmes convictions.
Jean-François Debat tout d’abord. Le jeune maire socialiste de Bourg a semble-t-il décidé de se passer désormais des services de la cravate. Il travaille et se déplace le col ouvert, signe sans doute d’une volonté d’exprimer sa proximité, sa décontraction, sa jeunesse aussi. Chez ce politique déjà très averti et qui ne fait rien par hasard, cette habitude vestimentaire est évidemment un message pour se distinguer des autres. De ses adversaires politiques bien sûr mais aussi de ses amis politiques qui forment avec lui la majorité municipale et dont bon nombre, issus des Verts ou du PC, ne sont pas franchement des habitués de la cravate.
Deuxième personnage à entrer en scène : Guillaume Lacroix. Adjoint au maire de Bourg, vice-Président du Conseil général, l’encore plus jeune élu radical de gauche, revendique haut et fort le port de la cravate. Par habitude, par élégance, par respect pour ses interlocuteurs, par volonté aussi de ne pas faire semblant ! Personne n’ignore qu’entre lui et son maire, il y a plus d’épaisseur dans les inimitiés que de différences dans leurs habitudes vestimentaires ! L’un et l’autre ne sont peut-être pas mécontents d’afficher un look différent.
Troisième et dernier personnage du défilé de mode : Rachel Mazuir en personne. L’ancien élu burgien, aujourd’hui sénateur socialiste et Président du Conseil général est resté fidèle à la cravate qu’il porte selon ses propres canons : le noeud desséré sur un col de chemise légèrement ouvert. C’était déjà comme ça quand il n’était que conseiller municipal et conseiller général d’opposition et l’homme n’a pas pour habitude de changer de comportement. Décontracté, ouvert, souriant et toujours serein il était. Décontracté, ouvert souriant et toujours serein il reste. A 68 ans, sa carrière politique vient de connaître cette année son apogée et il n’est pas de ceux qui se laissent enfler la tête. Sa cravate en témoigne et le situe ainsi à mi-chemin entre ses deux jeunes poulains, forcément plus impétueux et concurrents. La cravate en dit plus long qu’on veut bien le dire…
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