En cette période de l’année, gavé de grisaille et de longues nuits, qui n’a jamais ressenti un besoin vital de soleil et de chaleur ? Il en est de la société comme des individus. Nous avons besoin de croire au printemps prometteur ou plus exactement, nous avons besoin de croire que nous ne sommes pas condamnés à l’hiver.
D’après un sondage réalisé dans 53 pays, les Français sont les plus pessimistes au monde, même s’ils font beaucoup d’enfants ! Pessimistes pour eux-mêmes, pessimistes pour leurs enfants… Même les Irakiens ou les Afghans sont plus optimistes que nous, lesquels bénéficient, c’est bien connu, de conditions de vie et de sécurité autrement meilleures que les nôtres ! Il faut en rire ou en pleurer, c’est selon, pour exprimer le même refus de la sinistrose ambiante, alimentée aux sources d’indignations stériles, souvent simplistes et caricaturales.
En témoigne le succès phénoménal d’un petit opuscule intitulé « Indignez-vous ! ». Au soir de sa longue vie, Stéphane Hessel, vieux héros de la deuxième guerre mondiale et des droits de l’homme, puise dans ses souvenirs pour regretter la force politique du programme du Conseil national de la Résistance de 1944 ( !) et jeter sur le monde d’aujourd’hui, un regard noir et sans appel. Quand un peuple, le nôtre en l’occurrence, achète en quelque 3 mois plus de 500 000 exemplaires d’un libelle qui aligne autant de plates évidences teintées de mélancolie, ce n’est pas bon signe pour son moral. Et surtout, ce n’est pas bon signe pour sa capacité à rebondir.
Nous n’avons certes pas besoin d’imaginer que tout va bien dans le meilleur des mondes ! Nous avons tout simplement besoin de croire en nous et en notre capacité collective de changer si chacun se remet en cause et se retrousse les manches ! L’indignation, « ce sentiment qui est de ceux qui ne s’appliquent qu’aux autres » (Luc Ferry), nous empêche d’empoigner l’aujourd’hui pour le transformer et bâtir l’avenir. L’innovation, l’esprit d’entreprise, l’investissement, la solidarité sont des moteurs trop souvent en panne parce qu’alimentés au carburant pervers de la sinistrose et guidés par les seules émotions collectives.
Par bonheur, en contrepoint de ces ratés, s’élèvent des voix et des courants de pensée qui prônent les mérites de la psychologie positive. D’aucuns appellent cela le sentiment de gratitude. Dans tous les cas, il s’agit de jeter un regard neuf sur ce qui va bien en chaussant de nouvelles lunettes. Comme dans un film en trois dimensions, c’est bien le même monde qui vit, grandit, aime et meurt sous nos yeux. Mais les nouvelles lunettes nous permettent d’en mesurer toutes les dimensions et couleurs, et pas seulement les plus noires.
Défiance, pessimisme, sinistrose et autre scepticisme nous replient sur nous-mêmes et nous coupent les ailes. Aucune troupe n’a jamais gagné une bataille en se croyant battue d’avance. « L’optimisme est une forme de courage qui donne confiance aux autres et mène au succès » [Baden-Powell]. S’il est encore temps de formuler un vœu…
Plein d’humour et d’à propos ce message reçu ces jours-ci par internet : « Vos vœux pour 2008 nous avaient fait plaisir mais n’ont servi à rien. Pour 2009, merci de nous envoyer plutôt champagne ou pognon ! » De fait, nos « bonne année » ne sont d’aucune efficacité pratique. Faire un vœu c’est tenter de peser sur l’avenir même si personne n’est tout-puissant. C’est tenter de l’imaginer même si nul n’est devin. La preuve.
En se souhaitant il y a tout juste un an, une « bonne année 2008 », nul n’osait parier sur la victoire de Barack Obama, premier Afro-Américain à la présidence des États-Unis. La libération d’Ingrid Betancourt, toujours prisonnière des Farc dans la forêt colombienne, semblait toujours improbable. Le gasoil était déjà cher à la pompe (1,20 € le litre) et on ne s’attendait pas à ce qu’il frise les 1,50 € en juin avant de ne valoir aujourd’hui « plus que » 0,95 !
En janvier dernier, rares étaient les analystes qui subodoraient la victoire du « non » irlandais au référendum sur le traité européen de Lisbonne. Mais de la même façon, personne n’imaginait que l’Europe ressurgirait sur la scène internationale au second semestre. D’aucuns croyaient possible cette année un accord de paix au Proche-Orient après les engagements pris en novembre 2007 par les Israéliens et les Palestiniens. Ils se sont hélas trompés.
Chacun pourrait ainsi multiplier les exemples pour démontrer que la plupart des événements, heureux ou malheureux, se succèdent sans avoir jamais été envisagés. L’actualité nous inflige en permanence des démentis cinglants. On aurait pourtant besoin de baliser la route, de prévoir. On voudrait maîtriser un avenir qui ne cesse de nous échapper, comme pour nous ramener à la juste réalité de notre fragile humanité. Voyez la crise économique dans laquelle le monde entier est entré. Inutile de préciser que quasi-personne ne l’avait annoncée au premier janvier dernier. Elle occupe pourtant aujourd’hui tous les esprits, menace entreprises et salariés, creuse tous les déficits et du coup paralyse peu à peu toute activité économique. On pourrait se croire condamnés au déclin inexorable, à la récession perpétuelle, à une quasi fin prochaine du monde. Et pourtant, aussi douloureuse que soit la situation pour beaucoup, des chemins de progrès se dessinent déjà. C’est la réhabilitation de la régulation publique et du rôle des États. C’est plus de solidarité et de coopération internationale en perspective. C’est peut-être la défaite des seuls critères financiers à court terme pour juger de la qualité d’une entreprise. C’est peut-être enfin le retour des bonnes questions sur le sens des activités humaines. Soudain on entend mieux la question de Benoît XVI : « où est ton trésor ? »
On n’aura pas trop de 2009 pour formuler une réponse. Alors, bonne année !
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