RAS campagne !

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On parle beaucoup de la campagne présidentielle depuis le début de l’année… Pourtant, si l’on s’attache au fond, il n’y a vraiment pas grand chose à en dire ! Les candidats se contentent de sujets anecdotiques et se livrent en duel, armés d’arguments à blanc.
Ennuyant! Assez inimaginable même… Mais il paraît fort peu probable que la bulle dans laquelle se complaisent nos candidats explosent de si tôt. A la politique du risque et des changements structurels, on préfère celle du statu quo et du toilettage. On rénove là où il faudrait reconstruire. On vernit une peinture qu’il faudrait décaper. Une tendance que notre pays semble partager avec le Japon, si l’on en croit le politologue Maruyama Masao qui regrette « que la vie politique japonaise ne privilégie pas les questions de l’intérêt général et que les désirs de consommation et de jouissance privée l’emportent ».
Cette politique du court terme, forcément fluctuante car peu porteuse de solutions profondes, n’inspire plus confiance au Japon, comme en France. Elle n’est d’ailleurs pas pour rien dans l’expression collective d’un sentiment de morosité. Car si nul ne conteste la réalité des difficultés actuelles, nul n’ignore non plus que la perception que s’en sont fait les Français aggrave ce sentiment dépressionnaire.
La faute aux politiques qui, censés éclairer les choix d’avenir de la France, ont abandonné le terrain. Au pays de l’imaginaire, de l’audace et de la créativité, on ne parle plus que mécanique administrative et financière : triple AAA, RGPP… On administre sans perspective, sans définir de grands chantiers collectifs. De fait, les Français ne se projettent plus vers l’avenir. Pire, ils prennent toutes les mauvaises nouvelles (hausse du coût de l’énergie, du chômage, commerce extérieur qui se dégrade, dette qui explose…) sans voir de rebonds possibles.
« Président de tous les Français » a-t-on coutume de dire… Plus d’un demi siècle après la fondation de la Ve République, on peut se demander ce qu’il reste de cette conception du pouvoir ? Le président n’est-il pas simplement devenu le chef d’un camp qui a triomphé sur l’autre. Le chef d’un camp qui s’est rendu préférable à ces adversaires parce qu’il a moins déplu.
Les Français ont une appétence pour le débat politique. Ils l’ont prouvé lors des primaires à gauche. Ils méritent donc autre chose que cette morne plaine. Ils attendent que les candidats définissent des engagements clairs, prennent des risques dans les idées et aient une ambition pour la France : que ferons-nous pour donner du travail à nos diplômés ? Que ferons-nous si la Grèce fait faillite en mars ? Que ferons-nous pour stopper la précarisation énergétique galopante des Français ?… Il reste moins de 100 jours !

Quand une crise chasse l’autre

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La lutte contre le réchauffement climatique attendra encore un peu. Les leaders mondiaux ont décidé depuis Duban (Afrique du Sud) que le climat n’était finalement pas si déplorable que cela. Certes, le trait est gros… Mais tout de même ! S’il est interdit de parler d’échec, l’accouchement fut difficile et le bébé bien maigre.
Quand une crise chasse l’autre. Il y a deux ans, le monde se passionnait pour la crise climatique. Nous avions alors tous les yeux rivés sur les négociations de Copenhague et l’on nous expliquait unanimement que la réduction des gaz à effet de serre serait « le défi majeur de l’humanité pour le XXIe siècle ». La semaine dernière, de nouvelles négociations sur le climat s’ouvraient à Durban, mais cette fois, dans l’indifférence générale. Pourtant, en deux ans, la crise climatique n’a fait que s’aggraver et les niveaux d’émissions de CO2 n’ont jamais été aussi élevés. Les experts avancent même qu’ils dépassent les scénarii les plus pessimistes. Dans ces conditions comment expliquer que le soufflé soit retombé aussi rapidement ?
La réponse est affaire de temporalité. A la crise climatique s’est substituée une crise plus violente, plus urgente ; celle de la dette. « Quand la maison brûle, la priorité est d’éteindre l’incendie » souffle un diplomate français pour qui, l’engagement de l’Union européenne à réduire les émissions de gaz à effet de serre de 20 % d’ici à 2020 n’est plus vraiment une préoccupation première. D’autant que cet effort réclamerait des milliards de financements publics… Ce qui, en regard des efforts demandés aux citoyens européens pour résorber leurs dettes ne serait pas facilement défendable.
Pour autant, l’argument ne vaut pas loi. Si le court terme n’est pas substituable au long terme, les deux crises ne sont donc pas forcément opposables. Contenir la crise économique revient aussi à chercher des marges de croissance pour demain. Or, selon l’économiste britannique Nicholas Stern, ces marges pourraient venir d’une « économie bas carbone », c’est-à-dire faiblement émettrice de CO2. Mais faut-il encore en jeter sérieusement les bases –contrairement à ce qui vient d’être réalisé avec le photovoltaïque en France-.
A une politique de réaction se corrèlerait alors une politique de fondation, élaborée à partir de nouvelles règles. A l’image de ce qui s’est fait à Bruxelles, des pays moteurs, dont l’Union européenne, pourraient se retrouver sur une feuille de route plus avancée, avec pour leitmotiv « résoudre la crise environnementale pour solutionner la crise économique ». Certes cette idée est loin de faire l’unanimité, mais elle donnerait, quelques mois avant le sommet de la Terre à Rio, un vrai signal positif. Le vert n’est-elle pas la couleur de l’espoir !

L’islam politique

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Neuf mois après le printemps arabe, l’islam politique redessine ses contours. Percée du mouvement islamiste Ennahda à l’élection de l’Assemblée constituante tunisienne, victoire du Parti de la justice et du développement aux élections législatives anticipées au Maroc, succès annoncé des Frères musulmans en Egypte, les partis islamistes tirent aujourd’hui électoralement profit des révolutions d’hier.
Mais ces bouleversements à l’œuvre dans le monde arabe, cet avènement de ce qui est communément appelé « l’islam modéré » n’est pas sans inquiéter les occidentaux et les minorités chrétiennes. Tous s’interrogent : faut-il avoir peur de l’accès au pouvoir des islamistes ?
A cette question, évitons de répondre « à travers une grille d’interprétation européenne vieille de plus de 30 ans ; celle de la révolution iranienne » avance Olivier Roy, directeur du programme méditerranéen de l’Institut universitaire européen de Florence. Aucun des grands partis islamistes candidats aux élections ne revendique en effet un retour à la charia.
Les islamistes les plus radicaux ont déserté la scène politique pour se fondre dans l’islam insurrectionnel, celui d’Aqmi. « L’islam n’est plus le cadre de la vie politique, mais la vie politique est le cadre du développement de collectifs publics faisant référence à l’islam » écrit Jean-Noël Ferrié, directeur de recherche au CNRS. Le changement de paradigme est d’importance ! Et plutôt que de parler d’islam « modéré », il conviendrait d’avancer sur le terrain de l’islam « légaliste ». Un islam qui inscrit son action politique dans le cadre de la loi, sans volonté de changer les règles du jeu.
C’est cette voie que semble avoir choisi Ennhada en Tunisie. Pour le Parti de la justice et du développement au Maroc, il n’y a d’avenir politique qu’avec la monarchie. Reste à éclaircir le discours des Frères musulmans en Egypte, eux-mêmes très divisés entre courants rivaux. Néanmoins, souvenons-nous que quand l’AKP a pris le pouvoir en Turquie, la sincérité d’Erdogan était sérieusement mis en doute. Aujourd’hui, c’est moins l’islam que l’excès autocratique qui pose problème dans le pays.
« L’islam parlementaire se professionnalise. Le personnel parlementaire se spécialise et se différencie du personnel de prédication » constate Jean-Noël Ferrié. Une programmation politique ne peut plus se faire sur la simple application de la loi divine. La rue a des attentes sociales. L’islam parlementaire est obligé de s’occuper de la gestion du quotidien des gens, dans une société où c’est tout de même le principal problème.
Bien sûr, il faut rester vigilant sur les développements à venir… Mais essayons de nous défaire de nos schémas de pensée anciens. Et gardons en mémoire que le nationalisme arabe n’aura, quoi qu’on en dise, pas abouti à la création d’Etats stables et démocratiques.

Victimes collatérales

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L’information est presque passée inaperçue. Pourtant elle fait froid dans le dos : le taux de cancer dans la ville de Fallujah (Irak) est aujourd’hui pire que celui constaté à Hiroshima.
Ce terrible constat émane de plusieurs études sérieuses et indépendantes britanniques. Toutes font remonter l’explosion des courbes cancérigènes à la fin de l’année 2004, soit peu après la tristement célèbre bataille de Fallujah, où les marines avaient donné l’assaut sur une ville symbole de la résistance à l’occupation américaine en Irak.
Pour la première fois à grande échelle, les Américains testaient alors, des armes particulièrement sophistiquées et beaucoup plus meurtrières que les précédentes. L’opération, appelée “Phantom Fury”, visait au nettoyage total de plusieurs quartiers de la ville. Ainsi, des bombes à l’uranium appauvri, un déchet nucléaire hautement toxique, mais aussi au plasma et au phosphore blanc ont été déversées sur la cité aux cent mosquées. Ces bombes, à l’efficacité augmentée, peuvent percer n’importe quel blindage ou tuer toutes les personnes se trouvant dans un bunker, sans détruire la structure de celui-ci.
Suite à ces bombardements, certains quartiers avaient été déclarés zones interdites et le sol avait été enlevé sur plusieurs mètres de profondeur…
Sept ans après, qui du bien ou du mal l’a emporté ? A Fallujah, le taux de leucémie est 38 fois plus élevé, le taux de cancer infantile est douze fois plus grand et le cancer du sein est plus fréquent que dans les populations des pays voisins. Dernier chiffre, tout aussi effrayant, Fallujah enregistre aujourd’hui 80 décès pour 1000 naissances.
Tel est la réalité, celle que vit au quotidien une population désespérée, bien loin des images aseptisées et déconnectées du jeu vidéo “Six days in Fallujah” vendu sur Playstation. Il y a là quelque chose de scandaleux, d’inconvenant ! Tout comme l’est d’ailleurs la chape de plomb qui entoure cette tragédie. Sans le travail de la presse anglaise, ces faits ne seraient peut être même pas ressortis au grand jour. Or, ce droit de suite est essentiel. Il nous montre à tous que la guerre n’est pas qu’un clip d’une minute sur écran plat au 20h. Il nous montre qu’une fois les troupes partis, le poison continue de se diffuser. Et il nous fait comprendre comment se cultivent les rancoeurs et se nourrissent les haines de demain.
Selon le protocole III additionnel à la Convention sur certaines armes classiques de l’ONU (1983), l’utilisation qui a été faite de certaines substances par les Américains pourrait nourrir une procédure pour crime de guerre. Les habitants de Fallujah demandent l’ouverture d’une enquête indépendante ; ce qu’ils sont bien entendu très loin d’obtenir. De crime de guerre, il n’est pas question pour les Américains ! Eux parlent juste de victimes collatérales. Des générations de victimes civiles collatérales…

Délit de solidarité

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Le Samu Social vient d’être primé pour sa campagne de communication choc qui illustre la grande détresse des sans-abris.
La Fondation Abbé Pierre a remporté le prix du jury de la communication solidaire pour son spot, « Carton rouge ». Un clip TV qui dénonce la situation du mal logement en France.
Nous vivons une drôle d’époque, où ceux qui sont en charge des plus fragiles reçoivent des prix pour la qualité de leur communication, alors qu’ils sont eux-mêmes de plus en plus démunis face à la montée des précarités. Il y a là quelque chose qui ne va pas… Le train de l’ordonnancement des priorités a déraillé ! On fête une bonne campagne, au lieu de se désoler qu’il faille encore faire campagne. On remporte des prix au lieu de récolter de l’indignation.
La capacité à s’indigner dont Stéphane Hessel s’est fait le premier porte voix n’est pourtant pas morte. A Madrid, Londres, New York, Bruxelles… Les « Indignés » se montrent au grand jour. Et le mouvement s’enracine durablement, mais en dehors de toutes institutions : partis politiques, syndicats, ONG, mouvements associatifs… Cet élan donné par des jeunes surdiplômés est aujourd’hui en train d’agrégé à son noyau les fracassés de la vie, ceux qui souffrent du délit de solidarité de notre société. Et ces gens-là n’attachent que peu d’intérêt aux prix que l’on décerne à leurs causes. Sans-abris, mal logés, chômeurs… aimeraient juste ne plus être ce qu’ils sont. Ils ne disent pas « No futur ». Ils craignent un « No futur » !
Mais que réclament-ils, s’interrogent observateurs et politiques. Tous avouent avoir du mal à trouver chez les « Indignés » un message clair. Mais c’est peut être parce qu’ils ne réclament rien, si ce n’est de manifester le sentiment de la fin d’un système. L’emballement de la machine les a conduit dans le mur… Alors contre un modèle « corrompu », « une société occidentale qui fracture », ils prônent un modèle « vertueux » et « une société solidaire ».
Le délit de solidarité a contaminé tous les champs d’action : politique, sociétale, familiale. Et il est une racine profonde du mal qui désorganise et désordonne. On le voit aujourd’hui dans le monde associatif (conflit social chez Emmaüs, malaise des salariés du WWF). On le vit, en ce moment même en Europe : solidarité vis-à-vis de la Grèce et demain peut-être de l’Italie.
Pilier du vivre ensemble, la solidarité ne peut être bradée. Il est temps d’en reposer les fondements et de s’interroger sur la place qu’on veut bien lui accorder, sous peine de voir d’autres partis –plus extrémistes- s’en emparer. L’économie des sociétés occidentales ne prospère plus, en revanche le mouvement des « Indignés » affichent, lui, une croissance régulière.

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