Pauvres débats !

7 avril 2017

La Fondation Abbé Pierre veut « en finir avec la grande pauvreté ». Elle a dévoilé en début de semaine, un plan « zéro SDF » dans les villes françaises d’ici dix ans. Démagogique ? « Non » assure son président, Manuel Domergue qui donne aux candidats à la présidentielle, les outils pour y parvenir.
Intéressante cette remontée de propositions concrètes, sur un thème identifié, par un acteur de la société civile, à l’attention des candidats. Mais que vont-ils en faire… ? Dans cette campagne folle, feuilletonnée par les affaires judiciaires, les mœurs politiques ont relégué jusqu’ici toutes les autres questions au rang secondaire. A croire que rien de ce qui inquiète, préoccupe les Français au quotidien ne puisse prétendre à devenir une valeur cardinale de ce théâtre médiatico-politique. La pauvreté, au même titre d’ailleurs que l’éducation, la santé, l’emploi… C’est toute la singularité de cette campagne 2017 ; aucune thématique n’anime les débats.
En 2014, date du dernier décompte de l’INSEE, 14.1 % de la population hexagonale vivait sous le seuil de pauvreté, soit 8.8 millions de personnes. Pour bien comprendre cette notion de pauvreté, définie par les économistes et les statisticiens, il faut avoir en tête deux indicateurs. Le premier, c’est le niveau du revenu médian, fixé en France à 1008 euros par mois et par personne. Le deuxième, est de se souvenir que ce seuil inclut la proportion de population dont le niveau de vie est inférieur à 60 % du niveau de vie médian de la population.
Si la pauvreté est plus apparente, notamment dans les grandes villes françaises, l’INSEE montre qu’elle n’a pas explosé en nombre, au fil des années. Elle croît, mais reste par exemple plus faible que dans les années 70, où elle atteignait 18 % de la population. En revanche, cette population a beaucoup plus de mal à se loger qu’auparavant. L’augmentation du prix des loyers, la tension immobilière, les contrats précaires ont éloigné ces personnes fragilisées de l’habitat. Si bien que plus de 150 000 personnes sont aujourd’hui sans domicile. Et signe alarmant : la pauvreté s’installe chez les seniors !
A quinze jours de la présidentielle, la Fondation Abbé Pierre donne donc aux candidats une belle opportunité de siffler la fin de récréation et de parler de fraternité en politique. L’attelage n’est certes pas courant. Mais parfois, les outsiders finissent en tête !

Objet non identifié

10 mars 2017

« Dans quelle France on vit ? » s’interroge la journaliste Anne Nivat dans son dernier livre. La reporter de guerre a troqué les terrains minés d’Irak ou d’Afghanistan, pour ceux plus familiers, moins accidentés, de l’Hexagone. A Montluçon, Evreux, Laon…, elle a côtoyé, parfois vécu, durant plusieurs semaines, avec ces Français qui se débattent au quotidien pour garder leur emploi, payer leur loyer ou leur prêt, éduquer leur enfant… Ces Français pour qui l’isolement et la solitude sont souvent devenus plus pénibles à vivre que la précarité. Ces Français qui ont maintes fois espéré le changement, sans jamais vraiment le voir venir.
Dans quelle France on vit ? C’est drôle comme cette question résonne à nos oreilles après cette folle semaine médiatico-politique. A un peu plus d’un mois de l’élection présidentielle et alors que ce rendez-vous devrait être un grand et formidable moment de débats et d’échanges sur le devenir de la France, il n’est en fait que tempête et brouillard. Les affaires ont pris le pas sur les idées. La situation est devenue si confuse qu’on peine à savoir si François Fillon se bat encore pour devenir président ou simplement pour rester candidat.
Vaille que vaille, contre presse et justice, le vainqueur des primaires de la droite et du centre ne lâche rien et affronte tout. Il l’a dit aux ténors de son parti en début de semaine : « Personne ne pourra m’empêcher d’être candidat ». Dans son camp, nombreux sont ceux qui ne comprennent pas son entêtement. Mais François Fillon n’en a que faire. Il trace sa route et puise désormais sa légitimité auprès de la base militante. Cette même base qui est venu le soutenir lors de la manifestation parisienne du dimanche 5 mars.
Le candidat de la droite et du centre est progressivement en train de rompre avec son camp, sans que quiconque chez Les Républicains ne puissent intervenir. Pourquoi ? Tout simplement, parce que la primaire est plus forte que le système des partis. Autrement dit : ce que la primaire a fait, les partis ne peuvent le défaire. Incroyable spectacle, digne d’un épisode de la célèbre série américaine House of Cards.
Dans quelle France on vit ? Il est intéressant de se répéter cette question comme un mantra… Beaucoup de Français ne se reconnaissent pas dans la politique spectacle que la droite leur donne à voir aujourd’hui. Ils se sentent mis à l’écart et cherchent l’inspiration ailleurs, quitte à frayer avec les extrêmes.
Dans le même temps, beaucoup de politiques n’entendent plus battre le cœur de la France d’aujourd’hui.
Cette campagne présidentielle est devenue un objet non identifié et personne ne peut vraiment dire aujourd’hui jusqu’où elle va nous emmener !

Continent englouti

22 février 2017

Il s’appelle Zealandia et si vous n’en n’avez jamais entendu parler, c’est parce qu’il n’a pas d’existence officielle. Enfin pas encore…
Large de cinq millions de km2, Zealandia serait le septième continent de la planète terre. Situé au Nord-Est de l’Australie, il est immergé à 95 %. Le reste, forme l’actuelle Nouvelle-Zélande, la Nouvelle-Calédonie, les îles Norfolk et quelques récifs. Mais les géologues sont unanimes, ces territoires ne sont pas indépendants les uns des autres. Ils forment un tout, un continent… englouti !
Quatre critères président à cette affirmation surprenante : un, il est plus élevé que le niveau de la mer. Deux, la géologie et la structure de sa croûte terrestre. Trois, sa faible activité volcanique. Quatre, ses limites bien définies.
Les scientifiques vont même plus loin puisqu’ils nous expliquent que Zealandia s’est séparé de l’Australie il y a 60 à 85 millions d’années et que cette terre faisait alors partie du supercontinent « Gondwana », approximativement de la taille de l’Inde. Au fil des siècles, ce continent aurait progressivement sombré en se détachant de l’Australie et de l’Antarctique.
Incroyable ! Presque fantasque… Alors que l’on croyait l’époque des grandes découvertes refermées depuis la fin de la première moitié du XVe siècle, nous voilà rattrapé par le temps. Comme les contemporains de Vasco de Gama, Magellan, Christophe Collomb…, une découverte nouvelle vient bouleverser notre représentation du monde. Cette même représentation que l’on croyait devenue immuable. A tel point que les grandes expéditions de l’époque moderne ont été pour l’essentiel extraterrestre.
Pourtant, cette information n’a rien de « neuf ». Les chercheurs nous apprennent même que le nom de Zealandia a été utilisé pour la première fois en 1995, par le géophysicien Bruce Lyendyk. Certes… Mais avouons que cette découverte qui nous renvoie au mythe de l’Atlantide, le contient englouti, n’a jamais été portée aux yeux du grand public. Or aujourd’hui elle est en passe d’être officialisée. Et demain peut-être, ce contient figurera-t-il sur les cartes des livres d’histoire-géographie des écoliers.
Parfois l’histoire se joue de nous d’une drôle de façon… Dire que les grandes expéditions maritimes avaient ouvert la voie au mouvement de mondialisation et offert aux Européens une vision élargie du monde… Et, alors même que cette vision s’est rétrécie au point de faire resurgir les tentations nationalistes sur le vieux continent, apparait un nouveau continent. Faut-il y voir un signe ? Chacun se fera son idée !

Anniversaire discret

9 février 2017

Mardi 7 février, les pays membres de l’Union européenne ont fêté dans la plus grande discrétion les vingt-cinq ans de la signature du Traité de Maastricht, texte fondateur qui a mené à l’adoption de la monnaie unique européenne. Une monnaie à laquelle une majorité de Français reste attachée, malgré l’euroscepticisme ambiant.
Si le Traité de Maastricht a permis de faire naître l’Euro, il a aussi édicté un certain nombre de règles, dont les plus célèbres sont contenues dans ce que l’on nomme le Pacte de stabilité. C’est notamment la règle qui fixe une limite à 3 % du produit intérieur brut pour le déficit public et 60 % du produit intérieur brut pour la dette publique. Des seuils qui avaient été imaginés pour discipliner les Etats et éviter les crises. Aujourd’hui, plusieurs experts bruxellois reconnaissent qu’ils avaient sans doute été fixés « trop arbitrairement ». L’histoire montre en tout cas qu’ils n’auront finalement pas pu empêcher les dérives économiques et les bulles financières.
Mais s’il est toujours plus facile de juger à posteriori, n’oublions pas le contexte de 1992. Dans l’Hexagone par exemple, l’inflation pointait en tête des inquiétudes des Français. Devant le Mark allemand, le Franc n’osait pas se mesurer, qualifié à l’époque de monnaie faible. Et il en était de même pour la Lire italienne. Tous ceux qui voyageaient alors et qui ont assez de mémoire pour s’en souvenir, n’ont rien oublié des taux de change toujours défavorables.
La monnaie unique a mis fin à cet état de fait. Elle a apporté de la stabilité. Et vingt-cinq ans après, la flamme de Maastricht brûle toujours. Malgré la Grèce, la crise migratoire, le Brexit et maintenant, Trump. Elle résiste aux eurosceptiques et aux rigoristes allemands qui voudraient l’étouffer plus encore, dans un cadre réglementaire durci. Mais elle vacille aussi, au gré des déclarations des candidats à la présidentielle française. Marine Le Pen réclame le rétablissement de la monnaie nationale. Jean-Luc Mélenchon appelle à sortir des Traités. Benoît Hamon veut réécrire les textes, pour enlever les investissements et les dépenses du calcul du déficit public. François Fillon aimerait réduire l’influence de la Commission sur le budget. Quant à Emmanuel Macron, il veut un gouvernement de la zone euro, doté d’un budget propre.
On voit combien il est difficile de s’accorder sur la conception de l’avenir au sein d’un même pays. Alors forcément, on imagine sans mal combien il est compliqué de le faire à l’échelle européenne. Mais à l’époque déjà, les pays membres et signataires du Traité de Maastricht avaient rencontré ce problème. Le Royaume-Uni par exemple avait obtenu un statut spécial, il s’apprête aujourd’hui à sortir de l’Euro…
L’esprit d’union n’a jamais été le fort des Européens. Seule la peur a favorisé l’unité du vieux continent. Or, la peur est une émotion très contemporaine… Assez pour unir quelques pays et redonner de l’ambition au Traité de Rome à la veille de ses 60 ans ? Réponse en mars.

Là-bas et ici !

31 mars 2016

Il y a cette image… Celle d’un téléphone portable noir posé à terre, au milieu de mille gravats et au-dessus duquel bringuebale cette balançoire démembrée. Sur l’écran d’accueil, resté intact, un appel entrant, figé pour toujours. Et ce nom, « Ammi Jan » qui signifie maman…
L’histoire ne dit pas à qui appartenait ce téléphone. On sait juste qu’il était à un enfant ; un des trente enfants morts dans l’attentat du parc Gulshan-e-Iqbal, à Lahore (Pakistan). C’était dimanche dernier, le dimanche de Pâques, un jour de fête pour les Chrétiens…
Le jardin dit « Gulshan-e-Iqbal » est l’un des parcs les plus populaires de cette ville de plus 10 millions d’habitants. La minorité chrétienne, importante à Lahore, était très présente ce jour-là. Venue en famille, pour célébrer Pâques, elle ne s‘attendait pas à ce que le glas des détonations fasse taire le carillon des cloches. Pourtant, l’horreur s’est encore une fois incarnée dans ce qu’il y a de plus indicible. Bilan : 72 morts et plus de 340 blessés.
Assez rapidement, les talibans pakistanais ont fièrement revendiqué cet attentat : « La cible était des chrétiens. » Mais d’autres fois et dans d’autres lieux, la cible est chiite. Et c’est avec le même aveuglement barbare que des enfants, des adolescents et des adultes se retrouvent démembrés, mutilés, estropiés…
Plus de 70 morts, c’est presque un bilan habituel au Pakistan, en Afghanistan ou dans le grand Moyen-Orient. Vendredi 25 mars, une explosion a fait 32 morts et 84 blessés en Irak. Qui s’en est ému ? Al-Qaida, Daech frappent régulièrement, partout et contre tous ceux qui ne veulent pas vivre selon les lois de la Charia.
Il y a un peu plus d’un an de cela, l’archevêque chaldéen de Mossoul avait eu cette phrase : « Nos souffrances d’aujourd’hui constituent le prélude de celles que vous, Européens, subirez aussi dans un avenir proche ». Cette souffrance nous l’avons depuis amèrement goûtée en France, mais également en Belgique. Nous savons désormais à quoi ressemble le bruit de la bombe de Lahore et nous savons qu’elle peut résonner demain peut-être à Londres, Madrid, Amsterdam… Mais aussi à Bagdad, Ankara ou Beyrouth.
Dans sa stratégie mortifère, Daech mène un Djihad global où il exploite toutes les failles (historique, sociologique, religieuse…) qui vont à l’encontre de son idéologie ou qui peuvent servir son projet politique de Califat. Car le dessein ultime de l’Etat islamique est bien de gouverner.
C’est pourquoi il est important, quoi qu’il arrive, de toujours tourner son regard vers l’horizon et de se réjouir quand l’emprise territoriale du « califat » se réduit. En un an, l’Etat islamique a perdu plus d’un quart de ses territoires. Et la reconquête de Palmyre le week-end dernier entache un peu plus encore l’invincibilité du drapeau noir. Pour autant, le combat demeurera long. Tragiquement long.

« Rêver, un impossible rêve » ?

21 avril 2016

Parti d’une poignée de militants jeudi 31 mars 2016, le mouvement « Nuit Debout » interroge aujourd’hui la classe politique, intellectuelle et commence à susciter la curiosité d’une France plus provinciale qui voit à Nantes, Rennes, Marseille, Toulouse…, ses jeunes rejoindrent les bancs de ces agoras décentralisées.
Largement inspirés des Indignés espagnoles, le mouvement « Nuit Debout » s’est créé en réaction contre la loi Travail. Mais très vite, l’étincelle d’une nuit a embrasé un foyer plus nourri, aux ambitions flamboyantes : réinventer la société de demain. Une proposition qui ne manque pas d’attraits… Mais !
Il y en effet toujours un « mais ». Tout d’abord, contrairement aux Indignés espagnoles qui a su faire naître le mouvement politique Podemos, « Nuit Debout » est aujourd’hui ceint dans une homogénéité sociologique qui l’empêche de toucher toutes les couches de la société française. Les décrocheurs scolaires, les ouvriers non qualifiés, les artisans, les familles monoparentales… Le mouvement n’arrive pas à agglomérer autour de lui. Le fait de se réunir la nuit est d’ailleurs un obstacle en soit ! Allez demander à un jeune boulanger de palabrer à plus de minuit, place de la République, quand il lui faut se lever trois heures plus tard pour embaucher. Or, rappelons que c’est parce que les Indignés ont su parler aux quartiers populaires, aux habitants des villages qu’ils ont réussi à changer d’échelle. En 2014, ils étaient capables de mener jusqu’à 150 assemblées simultanées, réunissant plus de 55 000 personnes. « Nuit Debout » est encore très loin de cette prouesse.
Il y a ensuite cet épisode récent avec le philosophe français Alain Finkielkraut qui s’est fait expulser de la place de la République par plusieurs participants au mouvement. Une expulsion qui a fait couler beaucoup d’encre cette semaine et pas mal de salive aussi, sans que l’on ne sache d’ailleurs ce qui s’est objectivement passé. Toujours est-il que le mouvement s’est abîmé en laissant croire qu’il pouvait ainsi, refuser le débat contradictoire, préférant à la force des idées, celle des insultes, crachats et autres invectives.
Des idées, parlons-en… Elles semblent aussi cruellement manquer. Aucune proposition nouvelle, moderne n’est encore sortie de ces agoras. Or, sans une colonne vertébrale solide, comment imaginer devenir une force de transformation politique ? Ce qui pose la question de la durée de ce mouvement…
Alors, finalement, qu’attendre de « Nuit Debout » ? Personne ne sait vraiment si tout cela ira au bout… de la nuit et si un jour nouveau est capable de se lever. Aujourd’hui, on peut juste constater que c’est sous un ciel charbonné qu’une partie de la jeunesse de ce pays veille et rêve peut-être, comme le chantait Jacques Brel, un « impossible rêve » !

Question de valeurs !

13 mai 2016

Entendu sur les ondes d’Europe 1 : « Ce lundi matin, la principale information à retenir est le départ de l’animateur Yann Barthès du Petit journal de Canal +. Il a en effet annoncé à l’Agence France-Presse qu’il ne présentera plus l’émission la saison prochaine ». Ah bon !?
Voilà donc l’information la plus importante de ce lundi 9 mai au matin… Une nouvelle si sensible qu’il a fallu l’estampiller du sceau de la très sérieuse Agence France-Presse. Du coup, sur Internet, Google actu y consacre sa Une et le hashtag « Yannbarthes » est propulsé quasi instantanément dans le top 3 des tweets les plus usités.
Imaginez un peu que dans le même temps le vice-président de l’Assemblée nationale et député d’EELV de Paris, Denis Baupin ait été par exemple, accusé d’agressions et d’harcèlement sexuels sur plusieurs femmes ou que le Tribunal arbitral du sport ait définitivement scellé l’avenir de l’ancien numéro 10 de l’équipe de France, Michel Platini… Non vraiment, on se dit que parfois, l’actualité est, certes, « malheureuse », mais qu’elle aurait pu être beaucoup plus affligeante ou sévère !
Enfin… jusqu’à ce qu’on réalise, quelques minutes plus tard, dans ce même journal d’Europe 1, que Denis Beaupin est bien accusé d’agressions et d’harcèlement sexuels et que Michel Platini sera bien suspendu quatre ans ! Alors, forcément, on s’interroge : qu’est-ce qui priorise telle information sur telle autre ? Sur quels critères les rédactions établissent leur hiérarchisation des faits ? Car, très objectivement, il paraît difficile de croire que la gravité de l’accusation portée à l’endroit de Denis Beaupin ne soit pas d’un autre acabit que les tribulations d’une vie professionnelle, fusse-t-elle celle de Yann Barthès. Pourtant, force est de constater qu’il en est bien ainsi à l’ère de l’infodivertissement !
« Le Petit journal », émission quotidienne devenue culte et réputée pour son impertinence, affiche depuis deux ans des taux d’audience record pour la chaîne cryptée (plus d’un million de téléspectateurs). Et Yann Barthès en incarnait jusqu’ici l’image et la ligne rédactionnelle, au point de devenir une sorte d’icône médiatique très puissante et générationnelle.
Pour toute une classe d’âge désenchantée par la politique et les journalistes, son émission était LA référence. La seule capable de décrypter en temps réel les artifices de communication des discours politiques… Yann Barthès a donc clairement profité de la réussite de ce programme et la caisse de résonnance de son départ a sonné à la mesure de ce succès.
N’empêche qu’elle a été assourdissante ! Comme l’a été, dans un autre registre, le bruit autour des aventures télévisuelles de Cyril Hanouna sur D8. L’infodivertissement ne peut pas devenir toute l’information, sans quoi nous, citoyens, risquons de reléguer l’essentiel à l’accessoire. « C’est une question de valeurs », comme disait une célèbre publicité des années 80.

Au pays du paradoxe

2 juin 2016

Ça va mieux ! Vous ne l’avez peut-être pas remarqué, mais les Français –c’est-à-dire nous- ont retrouvé le moral. Et oui… L’Insee est formel, sondage à l’appui, ça va beaucoup mieux pour la France !
Après l’annonce des bons chiffres du chômage, la confiance des consommateurs serait même revenue au plus haut depuis 2007. Il faut dire qu’ils ont de quoi se réjouir les Français en ce moment… Entre le blocage des raffineries, les pénuries d’essence à la pompe, les grèves à répétition sur tous les fronts du transport, le rejet de la loi El Khomri et les saillies d’Emmanuel Macron à l’endroit des « pauvres travailleurs », on s’interroge… Qu’est-ce qui peut bien faire que la France aille mieux ?
La croissance…, nous répond l’Insee. Rendez-vous compte, elle s’élève à 0,6 % au premier trimestre de cette année, soit un peu plus que prévu. Mais le plus beau, c’est la croissance du niveau du PIB par habitant, c’est-à-dire de la richesse par habitant. Selon l’Insee, elle a retrouvé son niveau d’avant-crise. Et cette annonce doit tous nous réjouir, car il semblerait que cela signifie, même si nous avons un peu de mal à le mesurer, que nous serions tous, en train de sortir la tête de l’eau.
Paradoxal ! Alors que nous venons d’essuyer l’un des mois de mai les plus pluvieux de notre histoire. À Paris, on n’avait pas vu tel déluge depuis le mois de mai 1873 ! Imaginez… Ça n’arrête pas, il pleut tellement que dans certains départements du pays les routes ont été barrées, un collège évacué… Les Français croulent sous les eaux. Enfin, croyait-on, un peu benoîtement.
Heureusement, il y a les sondages et l’Insee pour nous dire que nous nous trompions et nous révéler ce que nous pensions réellement. Non, c’est vrai… Sans eux, nous aurions pu songer que la France était en train de sombrer sous les pluies diluviennes et/ou de se gripper à force de protestations et de grèves. Que nenni ! Le Français est un animal plus compliqué qu’il n’y paraît, nous apprend l’Insee. Un peu à l’image de son président qui, comme le disait Daniel Morin sur France Inter cette semaine, est encore « convaincu lui, qu’il peut nous sauver des eaux, car il marche dessus… »
Sauf que l’optimisme du capitaine du pédalo France est peut-être bien un trompe l’œil ! Une fois encore, les sondages nous le révèlent : un président sortant n’a jamais été en aussi mauvaise posture en fin de mandat. Mais également tout au long de sa présidence : François Hollande est structurellement impopulaire depuis l’été 2012. Pourtant, tout porte à croire qu’il pourrait profiter du rebond de la croissance et du chômage pour justifier une nouvelle candidature élyséenne. Et oui… puisque cela va mieux ! Paradoxale la France ?

Au-delà du Brexit

23 juin 2016

Quel que soit le résultat du vote en Grande-Bretagne, l’épisode du Brexit doit forcer les dirigeants européens à sortir de leur paresse. Soixante-six ans après la déclaration Schuman, fondement de l’intégration européenne, cinquante-trois ans après le traité franco-allemand de l’Elysée qui l’a rendue possible, il est temps de revenir à l’esprit des bâtisseurs. Il est temps de recomposer une Europe, capable de répondre aux attentes des citoyens. Une Europe plus resserrée, plus combative, plus entraînante…
Que veulent les peuples d’Europe ? La réduction du chômage, un espace de vie sécurisé, un développement durable, un système de santé performant, un marché qui ne génère pas de dumping social… Autant de politiques qui ne peuvent naître de l’indifférence actuelle que porte chaque Etat pour son voisin. Au carrefour des crises, l’Europe a besoin d’être gouvernée. Aujourd’hui plus que jamais, nos dirigeants doivent construire, proposer, coopérer pour empêcher les « casseurs » d’idées d’agir impunément dans l’ombre des cortèges extrémistes, nationalistes, populistes qui, chaque jour, se nourrissent un peu plus des égoïsmes nationaux nés de la complexité du monde contemporain.
Après des accomplissements spectaculaires, générateurs de paix, de prospérité et de protection, l’Europe doit envisager l’avenir, fière de sa diversité et d’un modèle de civilisation qui demeure, aux yeux du monde, comme une référence. Les chefs d’Etats et de gouvernements doivent chausser les bottes des pères fondateurs pour dire aux Européens qu’ils n’ont aucune raison de craindre les mutations de ce monde, aussi violentes soient elles. L’image du « déclinisme » qui nous est offerte n’est qu’un trompe l’œil qui profite à quelques beaux parleurs et bonimenteurs. Certes, la dureté de la vie quotidienne ne peut être niée, mais il y a des réalités qui ne doivent pas l’être non plus. A ce jour, les Vingt-huit affichent le premier PIB (produit intérieur brut) de la planète, la première force commerciale, offrent à nos concitoyens la meilleure qualité de vie, de soins et de protection sociale. Et comme l’écrit si justement Jean-Dominique Guiliani, n’oublions pas que « depuis cinq siècles, l’Europe est au cœur du monde des découvertes, des inventions, des arts. Depuis cinq siècles, l’Europe conduit la pensée du monde».
Au-delà du Brexit donc, l’Europe peut vivre, plus forte, moins paresseuse. A condition d’en nourrir la volonté ! Messieurs les dirigeants, il est l’heure de poursuivre l’Histoire. Soyez présents au rendez-vous !

Capitaine Thatcher

13 juillet 2016

Rien ne va plus en Grande-Bretagne ! Depuis la victoire du « Leave » au référendum sur le Brexit, les partis politiques britanniques sont quasiment tous décapités. Leurs chefs de file démissionnent en cascade. Une vraie pandémie…. Conservateurs, travaillistes, UKIP, aucune formation n’est épargnée !
Chez les conservateurs, l’annonce de la démission du leader du parti était attendue, voire souhaitée. Celui qui avait mené la campagne pour le maintien de la Grande-Bretagne dans l’Union européenne ne pouvait logiquement pas se maintenir et faire, comme si de rien n’était, alors que les Britanniques viennent de le désavouer par les urnes. Reste que les candidats potentiels ne sont pas légion pour lui succéder à la tête du parti et au poste de chef du gouvernement. Il faut dire que le costume, particulièrement mal taillé qui lui sera laissé ne fait pas envie. En pareil condition, le candidat est souvent une candidate… Allez savoir pourquoi ? Une question de courage, d’autorité, peut-être. Des valeurs très thatchériennes en tout cas, dont semblerait pourvue l’actuelle ministre britannique de l’Intérieur, Theresa May.
Du côté du UKIP, le parti anti européen, qui avait mené campagne pour le « Leave », on est là aussi à la recherche d’un leader. Le charismatique Nigel Farage a en effet abandonné les siens en rase campagne peu après le référendum, laissant aux « Brexiteurs », le soin de contrôler l’incendie qu’il avait lui-même allumé dans son pays. Etrange attitude et/ou habitude qui veulent que les artisans du « Leave » britanniques quittent la scène politique les uns après les autres. L’emblématique maire de Londres, Boris Johnson avait déjà fait ce coup aux conservateurs. Avec le même effet de surprise d’ailleurs !
Reste le parti travailliste, où la situation n’est guère plus réjouissante. Jérémy Corbyn, l’actuel chef de parti, est fortement menacé dans ses fonctions. Critiqué pour sa mollesse durant la campagne, ses amis politiques l’encouragent aujourd’hui à démissionner. En embuscade, pour prendre la relève, il y a une autre femme…. La députée, Angela Eagle. A 55 ans, celle que l’on décrit comme « drôle » et « percutante » n’a encore pas gagné la partie, mais elle fait preuve d’une détermination sans faille.
Si les conséquences du « Brexit » sont déjà visibles sur le plan économique, elles commencent également à toucher sérieusement la scène politique britannique, provoquant un chambardement d’une ampleur qui dépasse toutes les prévisions. A tel point que l’on peut désormais dire que la Grande-Bretagne navigue à vue.
Pour retrouver un cap, le pays aura besoin d’un capitaine de la trempe d’une Margaret Thatcher. Ca tombe bien… Theresa May que l’on dit intransigeante va justement prendre la tête du gouvernement. Mais aura-t-elle l’autorité et la compétence nécessaire ? Il faut le souhaiter… Pour la Grande-Bretagne bien entendu, mais aussi pour l’Europe !

2017, année politique

16 septembre 2016

Le premier tour de l’élection présidentielle française aura lieu le 23 avril 2017. Le deuxième tour se déroulera le 7 mai. Deux dates butoirs, dans un calendrier électoral chargé, qui annonce une campagne inédite, puisque les deux grands partis de gouvernement se plieront au processus des primaires. Avec parmi les candidats, sans doute un président de la République sortant, un ex président de la République sur le retour, deux anciens premiers ministres, des ministres frondeurs…
Les têtes d’affiche ne manqueront donc pas, mais pour autant, les électeurs ne s’en trouvent pas forcément rassurés. « Quand il y a l’embarras du choix, il ne nous reste souvent que l’embarras » résumait Coluche. La formule date, certes, mais elle conserve toute sa pertinence !
La campagne présidentielle 2017 ne pourra pourtant se faire sans tenir compte de deux tendances lourdes exprimées par les Français : une perte de confiance historique du peuple pour ses élites et un appel fort à renouveler le personnel politique.
Or, si le mois de septembre a été marqué par de nombreuses candidatures à la primaire de la Droite et du Centre, force est de constater que l’offre politique qui nous est faite n’a pas évolué. Et il en sera de même pour la Gauche, dans quelques mois… Le système des primaires grippe la machine électorale. L’élection, corsetée par les partis, empêche le renouvellement des candidatures et réduit de fait les alternatives de vote aux marges populistes, dont le Front national.
Certes, quelques francs-tireurs font montre de caractère. Henri Guaino à droite et Emmanuel Macron à gauche ont, par exemple, décidé de ne pas passer par la case primaire. Iront-ils au bout de leurs intentions ?
Dans un climat national tendu où la question migratoire s’impose à nos politiques, où la menace terroriste nous invite à repenser notre sécurité, où la France a besoin de retrouver une parole forte en Europe, ce temps électoral appelle à refuser les idées simples et simplistes. Deux dangers nous guettent. Le premier serait de vouloir se replier sur soi. Couper la radio, ne plus s’informer sur les journaux… Bref fuir des discours que l’on juge trop électoralistes pour être honnêtes. Ce refoulement, aussi confortable soit-il psychologiquement, induirait au bout du compte une démission devant la réalité. Et n’aiderait en rien le pays !
Le second serait de céder à la tentation du repli identitaire. Ce thème sera un marqueur fort de la campagne à venir. Et on le sent déjà très prégnant dans la société… Les candidats auront là, à manipuler une matière hautement inflammable.
Obscurantisme politique ou redressement présidentiel ? Les débats sont à peine lancés que l’on a encore de la peine à distinguer une direction… En revanche, il est clair que cette campagne n’enthousiasme pas les Français !

Très nation… al !

29 septembre 2016

« En Somalie, nous étions des éleveurs, mais le cheptel est mort avec la sécheresse. Il n’y avait pas de combat dans notre village. Mais un groupe armé a exigé que nous leur payions des taxes. Je ne pouvais pas… On était terrifié. Nous sommes partis ». Mahmoud est l’un des 450 000 réfugiés du camp Dadaad au Kenya, le plus grand au monde. Migrant économique, politique ou écologique ?
Difficile de sérier les raisons qui ont présidé au bien-fondé de son départ, car elles s’entremêlent sans doute toutes un peu… Mais une chose est sûre ! Mahmoud ne témoigne pas d’une histoire singulière. A quelques différences près, son récit pourrait se confondre avec celui de millions d’autres migrants, installés dans les 460 camps situés au Moyen-Orient et en Afrique de l’Est. Mais pas que…
Plus près de nous, à Calais, dans ce qu’il est convenu d’appeler la jungle, Mahmoud prend d’autres noms, d’autres visages. Tant qu’il était à Dadaad, sa misère nous était distante, presque inconnue. Mais les migrations l’ont soudainement révélée à nos yeux, nous obligeant non seulement à le regarder, mais à voir aussi à travers lui, une réalité qui nous embarrassait peut-être un peu.
Les histoires de camp ne sont pas l’affaire d’une nation. Conçus à l’origine pour être provisoires, ils abritent aujourd’hui plus de vingt millions de personnes à travers la planète. Le phénomène interroge tous les pays. Il est même devenu si important que les anthropologues ont inventé un mot pour le décrire : « l’encampement ». Un mot sans grande empathie qui questionne pourtant sévèrement nos frontières et repoussent les limites de l’hospitalité d’Etat.
Avec la récente crise migratoire, le débat s’est fait plus idéologique. En Europe, en France… A deux mois de la primaire de la Droite et du Centre, la surenchère politique se dessine déjà sur le chevalet de la répartition des réfugiés de Calais. A droite, on réveille les peurs. Le très « Gaulois » Laurent Wauquiez, président de la région Rhône-Alpes Auvergne parle de « folie » quand il s’agit d’accueillir 1800 migrants sur ses terres. Le Front national crée lui une association des maires pour ériger un front du refus, face à « l’afflux » de migrants. « Afflux », le mot est lâché…
La campagne est polluée. Le débat empoisonné jusqu’à la présidentielle ! Guillaume Le Blanc, philosophe, dit lui que le malaise « est dans la nation ». Un mot que l’on a vidé de son sens pour lui substituer celui de « national ». « La nation est ainsi devenue ce qui n’est pas étranger et l’étranger le négatif de la nation ». Comment alors, parler d’assimilation s’il n’y a plus d’ici à construire ensemble. Plus de demain !

Cannabis : débat incandescent !

14 octobre 2016

Faut-il dépénaliser la consommation de cannabis, voire la légaliser ? Cette question est un serpent de mer du débat politique français. Redoutée par tous les candidats à une élection majeure, par peur des réactions de l’opinion publique, elle est pourtant tout sauf anecdotique. Et les événements tragiques qui se sont déroulés à Viry-Châtillon, le week-end dernier, le montre un peu plus encore.
La France est le pays européen le plus répressif en matière de lutte contre le cannabis. Depuis la loi de 1970, la consommation de cannabis est un délit pénal, passible d’une peine d’un an emprisonnement et de 3 750 euros d’amende. Une sévérité dictée principalement par des impératifs de santé publique. La consommation précoce et régulière peut avoir des incidences graves et dangereuses : ralentissement du développement intellectuel chez les jeunes, risques de troubles psychiatriques accentués, pouvoir cancérogène sur les voies respiratoires supérieur à celui du tabac… Pourtant, malgré ces avertissements et cet arsenal législatif, force est de constater que les résultats ne sont pas au rendez-vous. Pire, c’est un échec !
Aujourd’hui, la France est, avec le Danemark, le pays européen où la consommation de cannabis reste la plus importante. Et c’est particulièrement vrai pour les jeunes, collégiens et lycéens ! L’observatoire européen des drogues et toxicomanies estime dans son enquête de 2015 que 40.9% de la population française (des 15-64 ans) y a déjà goûté. Et que 550 000 personnes en consomment quotidiennement.
Par ailleurs, l’attaque des policiers chargés de surveiller une caméra de vidéosurveillance en lisière de la cité de la Grande Borne, dans l’Essonne, montre que les enjeux économiques liés au narcotrafic sont gigantesques. Au point de commettre l’indicible… Il faut dire que la vente de cannabis rapporterait en France 600 millions d’euros par an. Alors que la dépense publique (arrestations, garde à vue…) consacrée à la lutte contre les trafics coûterait chaque année à l’Etat 450 à 500 millions d’euros.
Il paraît donc urgent et nécessaire de sortir de cette impasse ! S’il n’y a pas de solutions clé en main, il existe des exemples que la France pourrait étudier. Celui du Portugal notamment qui, après avoir dépénaliser la consommation de drogue en 2001, obtient aujourd’hui des résultats globalement positifs.
Le sujet est socialement et politiquement difficile. Mais à l’approche des primaires, certains osent se positionner. C’est le cas de Nathalie Kosciusko-Morizet à Droite qui s’est prononcée cette semaine pour une « dépénalisation » et contre une « légalisation ». Ou encore de Benoit Hamon à Gauche qui lui, souhaite une « légalisation » pour assécher l’économie mafieuse liée au trafic.
Au-delà des postures réflexes et des anathèmes moralisateurs, le sujet mérite un débat public. Les Français y sont prêts, ils l’ont rappelé dans un sondage récent. Mais est-ce que la campagne des primaires n’offre pas un cadre trop électoraliste -et donc clientéliste- pour cela ?! La réponse est peut-être dans la question.

Calais et caetera

28 octobre 2016

C’était donc cette semaine… Depuis le temps qu’on en parlait du démantèlement de la « Jungle » de Calais. Depuis le temps que tout le monde s’accordait à le trouver indigne ce bidonville, où s’entassait 6 000 à 8 000 migrants. Vraiment, il était temps d’agir ! Les valses hésitations n’avaient que trop duré… Ce n’était politiquement pas facile, certes ! Mais humainement plus que souhaitable !
La « Jungle » de Calais a donc été évacuée cette semaine, sous les yeux de 500 journalistes du monde entier. Une transparence assumée par les autorités françaises et qui a permis de mettre en lumière la réussite de cette première phase. Techniquement et administrativement, le dispositif conduit par le ministre de l’Intérieur a été solide et professionnel. Comme toujours, certains crieront à la mise en scène. D’autres appelleront à se méfier des lendemains qui déchantent. En France, il est génétiquement de bon ton de critiquer… Mais si sur la forme, tous les commentaires peuvent être entendus, sur le fond, on doit reconnaître que la France a su montrer au monde, l’image d’un pays digne et responsable. Or, dans une nation en proie au doute, au repli identitaire, c’est déjà une belle démonstration de force morale !
Pour autant, soyons lucide ; nul ne peut encore dire aujourd’hui si cette première phase du démantèlement sera ou pas un coup d’épée dans l’eau. Les belles images, presque humanitaires, que nous avons vu sur les chaines d’information cette semaine ne prédisent pas quelle sera la solidarité réelle des Français vis-à-vis des Calaisiens dans les mois à venir.
Dans les villes où ces migrants vont être accueillis, tout reste à faire… Les services de l’Etat, les organismes affiliés, les élus, les associations locales, la population, chacun devra tenir son rôle. Il va falloir de la pédagogie, de l’efficacité dans les dispositifs de premiers accueils, de la tolérance… Bref, beaucoup d’huile pour que les rouages de notre mécanique à intégrer ne se grippe pas, n’explose pas !
La France doit se faire confiance. Elle l’oublie souvent mais il existe en elle, des ressources extraordinaires. Quand ce pays décide d’embrasser une cause, il est capable de faire corps comme aucun autre ne sait le faire. Mais pour cela, tout le monde doit être dans le coup dès le départ. Les populations locales et les maires, au premier chef.
Le chemin de l’intégration est au moins aussi difficile que celui de l’immigration. Ne l’oublions pas ! De notre capacité à accueillir, nous devons faire une chance pour la France. Le contexte économique, sociale, géopolitique ne nous y engage pas. Il est aujourd’hui facile de voir le verre à moitié vide. Beaucoup plus difficile de le percevoir à moitié plein. Pourtant, que la République sortirait grandie de cette réussite !

Noir, c’est noir

9 novembre 2016

Au terme de deux mandats présidentiels, le démocrate Barack Obama n’aura finalement pas réussi « à changer le monde », pour reprendre les mots de son discours de 2008. Pire, le premier président noir de l’histoire des États-Unis, élu tout juste quarante ans après l’assassinat de Martin Luther King, a déçu par sa politique raciale, douchant les espoirs que toute une communauté avait placé en lui.
Adieu le « Yes we can »* de 2008… En 2016, le slogan est beaucoup moins euphorique : « Black lives matter »**. Alors oui, l’écart est grand, entre le rêve d’une Amérique post raciale et la réalité, huit ans plus tard.
Pourtant, même s’il ne voulait pas être le président des noirs, Barack Obama aura essayé, au cours de ses deux mandats, de mener des actions pour lutter contre les inégalités raciales. La réforme de la sécurité sociale et la revalorisation des heures supplémentaires ont par exemple été des mesures qui ont profité à la communauté afro-américaine. Mais elles n’étaient pas suffisantes…
Il aurait fallu faire bien plus pour inverser le cours des souffrances. Car aujourd’hui comme hier, les arrestations et les condamnations des hommes noirs continuent d’augmenter. Un sur trois est ou a été en prison une fois dans sa vie. C’est tout juste considérable !
Parmi les personnes tuées par la police en 2015, soit 1095 toutes communautés confondues, la population noire est de loin, celle qui paie le plus lourd tribut. 200 victimes en Californie, 107 au Texas, 66 en Floride… Plus du tiers des personnes tuées par les forces de l’ordre sont des afro-américains.
La situation socio-économique de cette communauté demeure également bien en dessous de la moyenne nationale. Alors que le taux de pauvreté chez les blancs est de 10 %, il est de 28 % chez les noirs. Le taux de chômage des afro-américains culminait à 9,2 % en 2015, soit près du double de la moyenne nationale. Et à diplômes équivalents, les inégalités salariales entre noirs et blancs restent toujours très élevées.
Dans l’éducation, la ségrégation sociale fait son œuvre. Prenez l’exemple de la ville de Selma en Alabama… Cinquante ans après la marche pour les droits civiques, il y a encore une université pour les noirs à l’Est de la ville et une pour les blancs, à l’Ouest. Ici, on ne se mélange pas ou plus. Le multiculturalisme a échoué !
Alors certes, toute l’Amérique n’est pas raciste. Mais il est indéniable qu’il y a un socle structurel fort. Une espèce de problème « blanc », en ce sens où il est admis qu’ils peuvent librement tenir des propos discriminatoires et vindicatifs, sans être inquiétés. Et pour s’en convaincre, il n’y a qu’à regarder les derniers meetings de la campagne présidentielle de Donald Trump… Ils sacraient la fin des années Obama. La fin d’un rêve qui n’aura pu devenir réalité pour toute une communauté.

* « Oui, nous pouvons »
** « Les vies des noirs comptent »

C’est l’histoire d’un mec…

24 novembre 2016

“Vous la connaissez ? Non ? Oui ? Non parce que des fois y a des gens qui la connaissent, après on a l’air con”. Que Coluche se rassure, l’histoire de ce mec qui a remporté le premier tour de la primaire de la droite et du centre, personne ne la connaissait avant dimanche 20 novembre au soir. Car ce mec, il y a encore quinze jours était le quatrième homme de cette course électorale. Et aucun ne lui prédisait alors, cette folle remontée : trente points en deux semaines.
Ne mégotons pas sur les formules sémantiques, ce résultat est une surprise ! Il avait été dit et écrit depuis des mois, que les électeurs mettraient au second tour Nicolas Sarkozy et Alain Juppé. Or, Nicolas Sarkozy a aujourd’hui été éjecté en dehors du jeu politique. Les électeurs ont renversé la table. Et ce n’est pas rien !
Ce renversement de tendance, très soudain, était quasi imprévisible. Il tient à une conjonction de facteurs qu’il conviendra d’analyser plus finement dans les semaines ou les mois à venir. Mais déjà, on peut isoler au moins deux raisons à cette percée.
La première est à imputer à Nicolas Sarkozy lui-même qui a mal mesuré le scepticisme qu’il rencontrait dans l’électorat de droite. Le « tout sauf Sarko » est une clé évidente de lecture de la victoire de Fillon. C’est sur les frustrations de l’électorat conservateur, déçu du Sarkozysme et peut-être aussi trop éloigné du techno élitisme de Juppé que s’est fondé le succès de Fillon.
La deuxième raison de cette victoire est à créditer à François Fillon lui-même. Ou plutôt à sa vista politique…. L’ancien Premier ministre a en effet flairé le bon positionnement : ni trop à droite, ni trop vers le centre. François Fillon a fait une campagne de terrain intelligente, loin des discours populistes et de la politique spectacle. Il a très bien compris que l’électorat de droite n’avait que trop soupé des compromis et que le ras-le-bol des entrepreneurs à qui on avait beaucoup promis sans rien donner se conjuguait à la colère des familles catholiques encore ébranlées par le mariage pour tous.
François Fillon a finalement et tout simplement été celui qui a le mieux incarné la volonté collective de retour à des valeurs de droite. Un style gaullien… Une autorité sereine qu’il a su imprimer lors des débats télévisés et qui lui a permis de terrasser ces adversaires (44 % des voix).
François Fillon, c’est l’histoire d’un mec…, à l’autorité modeste qui a su murmurer à l’oreille de la droite d’une France « profonde ». Le 20 novembre dernier, la magie a opéré. Est-ce qu’il en sera de même au soir du second tour ? Sûrement… À moins que l’ironie (de l’histoire) du premier tour se répète en changeant de camp.

Présidence baroque

9 décembre 2016

Pour surprendre, étonner, faire rire, on peut jouer sur le geste, la situation, les mœurs, les mots. François Hollande, lui, n’a pas choisi. Il a embrassé tous ces ressorts avec délice et gloutonnerie. Pendant cinq ans, il nous a offert un conte présidentiel déroutant. Une pièce, tout aussi baroque que les farces de Molière !
On se souvient, pour ne citer que quelques scènes irréelles, du discours très solennel de l’île de Sein, où François Hollande, sans abri, sans parapluie, les yeux noyés sous des lunettes trempées, habitait très gauchement un costume ruisselant.
On se souvient aussi du comique de mœurs, où, pris la tête dans la casque, assis à l’arrière d’un scooter, François Hollande faisait la Une des journaux people. C’était le temps de la présidence amoureuse ; le temps où le locataire de l’Elysée en pinçait pour l’actrice de cinéma, Julie Gayet. Quel barnum cela avait été, rue du Cirque, dans l’appartement discret où François regardait Julie, des étoiles plein les yeux !
Comique de geste. Difficile de choisir, tant le quinquennat a été riche d’exemples. Mais retenons cette valse-hésitation, en mai 2012, avec la chancelière allemande Angela Merkel, lors de la visite officielle du chef d’Etat français. Un peu perdu dans le protocole cérémoniale, François Hollande s’était d’abord emmêlé les pieds dans ceux de la chancelière, avant de marquer un trop long temps d’arrêt devant la garde militaire allemande. Heureusement, la chancelière était venue très habilement à son secours pour lui indiquer la direction à suivre…
Comique de mots. On sait que le président Hollande n’est pas avare de bons mots. Mais ceux qu’il a confié aux journalistes Gérard Davet et Fabrice Lhomme, dans un livre intitulé « Un président ne devrait pas dire ça… » n’ont pas faire rire ses proches en politique. Douteux, désastreux, inadmissible… Le président baroque était, de l’avis de tous, allé trop loin. Il avait dégradé son image, mais plus grave, celle de la fonction présidentielle. Pour les socialistes, il était devenu indispensable de le faire sortir de la primaire des 20 et 22 janvier prochain, sous peine de voir le système imploser.
Et François Hollande a fini par renoncer à se présenter à un deuxième mandat présidentiel. Il l’a annoncé la semaine dernière, faisant ainsi ce qu’aucun président de la République en exercice n’avait réalisé avant lui. Lucide ou déroutant ? Certainement, un peu les deux à la fois.
Si François Hollande a ainsi sauvé un peu de sa crédibilité personnelle et celle de sa fonction, il a surtout, par cette décision, donné une petite chance aux socialistes de rebondir. Petite, car l’héritage de ce quinquennat va tout de même être compliqué à valoriser. Mais surtout parce que le président baroque a déjà peut-être entrainer plus profondément qu’on ne le croit dans sa chute le socialisme français.

Un rêve de géant

28 décembre 2016

Sa voix tremblote. L’homme a du mal à contenir son émotion. Quelques larmes salées perlent au coin de ses yeux. Le solitaire partage brièvement sa joie avec un garde côte de la marine française. Le temps est comme suspendu… Thomas Coville, à bord de Sodebo Ultim’, est en train de couper la ligne virtuelle d’arrivée de son tour du monde, à Ouessant, en 49 jours, 3 heures et 7 minutes. Un exploit qui relègue à huit jours le précédent record établie par Francis Joyon, en 2008. Vertigineux !
En ouvrant ses cadeaux de Noël, dimanche 25 décembre, la France a donc appris à connaître le nom d’un de ses nouveaux géants des mers. Après Alain Colas, Olivier de Kersauson, Francis Joyon, voici Thomas Coville. Le Breton n’est pourtant pas tout à fait un inconnu, même s’il a mis un peu de temps à éclore.
Le Trinitain se lance en effet dans la course au large en 1991. En 1997, il embarque aux côtés d’Olivier de Kersauson pour son premier tout du monde. Les années suivantes, il dispute la Route du Rhum (2002, 2006, 2014), la Transat Jacques Vabre (2003, 2005, 2015). Mais c’est en 2007 qu’il effectue une première tentative du record du monde en solitaire, avant d’abandonner sur avarie. Il retentera sa chance en 2008, 2011 et en 2014. En vain… Jusqu’à ce dimanche 25 décembre 2016.
La cinquième tentative fut donc la bonne : « Oui, j’ai tenté plein de fois, échoué plein de fois et c’est presque de ça dont je suis le plus fier » dira Thomas Coville, plusieurs heures après son arrivée. Un entêtement qu’il livre aux Français comme un message d’espoir : « Ne vous laissez pas embarquer dans la spirale de ceux qui ne vous vendent que du pire pour demain, la peur de l’autre… ». Les rêves sont possibles et réalisables à condition de s’y accrocher ! Merci Thomas de nous l’avoir prouvé.
Il y a décidément chez ces marins français une authenticité rafraîchissante et une philosophie de vie dans laquelle nous avons beaucoup à puiser. Contre la société du zapping permanent, de la superficialité, du repli identitaire, de l’ultra connectivité, ils opposent les valeurs heureuses de la profondeur, de l’humilité, de la solitude et du partage.
Comme il est écrit au fronton du multicoque de Thomas Coville, « la liberté a du bon ». Et c’est vrai qu’à les voir sourire tous -Olivier de Kersauson est en campagne de promotion pour la sortie de son dernier livre, Armel Le Cléac’h est en train de boucler l’un des plus beaux Vendée Globe-, elle doit avoir du bon. Comment se fait-ce alors que nous, terrien de l’Hexagone, semblions avoir collectivement perdu cette sensation ?
En cette année électorale qui s’annonce et puisque qu’il est encore temps de faire des vœux, souhaitons donc que le navire France est en 2017, un capitaine hauturier, de la trempe de ces skippers. Il est temps pour le « pédalo » d’hisser la grand-voile et de naviguer au près.

Retour en 1971

13 janvier 2017

Le coup d’envoi de la primaire à gauche a réellement été donné cette semaine par le premier débat télévisé. Au total, il y en aura trois, où s’affronteront les challengers de la Belle Alliance Populaire, à savoir Manuel Valls, Vincent Peillon, Arnaud Montebourg, Benoît Hamon, Sylvia Pinel, Jean-Luc Bennahmias et François de Rugy. Un casting pas très hollywoodien… Certes ! Mais les militants et sympathisants de gauche devront faire avec, car c’est de ces rangs que sortira leur candidat pour la présidentielle 2017.
Depuis son élection à la présidence de la République en 2012, François Hollande a échoué sur le plan intérieur, à fixer un cap idéologique partagé par les gauches. Si bien qu’aujourd’hui, le Parti socialiste s’élance morcelé, sans ligne idéologique claire et sans personnalité forte dans cette primaire. Il sera donc très compliqué demain, pour celui qui en sortira vainqueur, de faire légitimement la synthèse des courants et présenter un programme d’unité. Pour y arriver, les petits arrangements seront inévitables et décevront évidemment une partie de l’électorat de gauche. De fait, les difficultés actuelles des candidats à entraîner les électeurs s’en trouveront amplifiées au bénéfice d’autres candidats qui ont, eux, décidé de s’affranchir de cet exercice. Déjà, les sondages donnent le candidat du PS en troisième position derrière Emmanuel Macron et Jean-Luc Mélenchon. On peut, il est vrai, mettre en doute la véracité des sondages -avec raison-, sauf qu’ils demeurent aujourd’hui encore, pour la plupart des communicants, un étalon de référence.
Dans ces conditions et si l’on accepte la projection, à quoi bon aller voter à la primaire des 22 et 29 janvier ? Les militants et les sympathisants s’interrogent… À juste titre !
Il faut dire que la gauche ressemble fortement à un champ de ruine, proche de 1969. Lors de cette élection présidentielle, Gaston Defferre, candidat d’une SFIO moribonde, n’avait recueilli que 3 % des voix au premier tour, face à Georges Pompidou et à Alain Poher, seuls qualifiés pour le second tour. Il faudra alors attendre le congrès d’Epinay en 1971 pour que François Mitterrand fédère sur sa personne les différents courants et fonde le Parti socialiste.
Interrogeons-nous donc et demandons-nous si finalement l’objectif de cette primaire est moins de trouver un candidat à la présidentielle 2017 que de préparer le futur Congrès du Parti ? À situation analogue, réponse analogue…
Sauf que si le prochain Congrès du Parti socialiste -sans doute le plus important depuis Epinay- doit clarifier la ligne programmatique du parti et poser les fondements de sa reconstruction en vue de l’élection de 2022, il devra aussi présenter le nouvel homme capable d’incarner et d’accompagner ce mouvement. Un choix qui sera en grande partie dicté par les résultats de cette primaire. Tel en est le véritable enjeu.

Double M

27 janvier 2017

Le second tour de la primaire de la Belle alliance populaire devrait clarifier la ligne politique du Parti socialiste. Mais le conditionnel reste encore d’usage, tant il a été difficile depuis dimanche dernier, d’obtenir des chiffres clairs de la haute autorité des primaires de la gauche sur la participation au premier tour.
Un imbroglio qui n’aide pas un parti à la recherche d’une unité, d’une dynamique électorale et qui nuit clairement à légitimer son futur leader dans la course à la présidentielle. Soupçon sur le décompte des voix, participation molle et moquée, le scrutin porte la marque des ambiguïtés, des frustrations et des fractures de la présidence Hollande.
Entre les tenants d’un centre gauche social libéral et les partisans d’une gauche de rupture et de transformation social, les électeurs sympathisants, trancheront dimanche soir. Mais combien de votants seront-ils cette fois-ci ? Suffisamment pour donner du poids à leur candidat ? Suffisamment pour appeler à une synthèse soutenable ? La réponse est aussi floue que la ligne du PS.
Quel que soit le résultat, quelle que soit la ligne choisie, il y aura dimanche, derrière les postures de circonstance, une véritable fracture entre deux gauches qu’il sera très difficile de réconcilier à l’avenir. Sans parler d’implosion du parti socialiste -il continuera d’exister même affaibli-, on peut assurément dire que l’on va assister à une redéfinition de ce qu’est ce parti aujourd’hui.
Si Benoît Hamon l’emporte, hypothèse mise en avant cette semaine, il y aura un match en légitimité entre lui et Mélanchon, à la gauche de la gauche. Mais le combat sera rude pour le candidat issu de la primaire, tant il aura été égratigné, abîmé par un rendez-vous qui n’aura pas permis de construire un intellectuel collectif adapté à la nouvelle configuration sociale. Dans ce désordre idéologique, Jean-Luc Mélanchon aura le beau rôle, lui qui incarne pleinement le discours contestataire et qui bénéficie d’une très belle dynamique.
Dans cette hypothèse, Emmanuel Macron verra vraisemblablement l’électorat de centre gauche le rallier. Une aubaine pour ce prétendant à la finale qui pourrait dans ce contexte favorable aller très loin.
Pris en tenaille par le double M (Marcon-Mélanchon), le vainqueur de la primaire n’a donc aucune chance d’arriver au second tour de l’élection présidentielle 2017. Le duel le plus intéressant de cette primaire n’aura finalement jamais été celui que l’on nous a proposé, mais celui qui se déroulait à l’extérieur du parti, entre le double M.

Un bonheur de campagne

27 mars 2017

« Il est où le bonheur, il est où ? » chante Christophe Maé… Et avec lui, on s’interroge. La France est en pleine campagne présidentielle, la question est donc légitime. D’autant que les Français pensent majoritairement que le bonheur peut s’incarner en partie dans l’action politique. C’est le très sérieux et récent sondage national, commandé par la radio RCF, qui nous l’apprend : « 62 % des Français pensent que les responsables politiques peuvent porter un sentiment de joie. Une grande majorité d’entre eux (près de 80 %) estime même que le futur président a le pouvoir d’agir pour donner de l’espoir ». Et oui… Comme l’explique le philosophe Charles Pépin, « les Français aiment critiquer, voir se plaindre, mais cela ne signifie pas forcément un désamour profond avec l’objet critiqué ». Certes, n’empêche que l’Hexagone semble plus que d’autres pays marqué par le sentiment de crise, de déclassement, de défiance des élites. Le pays reste parmi les plus gros consommateurs d’anxiolytiques… Alors, il est où le bonheur ?
Et bien… Plus au Nord. Selon le World happiness report 2017, c’est en Norvège que les gens sont les « plus heureux au monde ». Le pays devance de peu le Danemark qui truste les premières places de ce classement depuis 1973. Une longévité remarquable et qui ne semble pas souffrir des affres de la mondialisation, des migrations, du terrorisme… C’est comme si les pays scandinaves étaient tombés dans le bonheur, alors que nous Gaulois, nous arrivons à y goûter qu’à dose homéopathique.
Pourtant ces pays manquent de luminosité une grande partie de l’année, l’hiver y est froid et durable et la morosité prégnante. Ce qui finalement importe peu, puisque ces facteurs ne sont pas des éléments structurants du bonheur de l’homme. Les ingrédients de la recette ont beaucoup avoir avec la santé mentale, physique et avec les relations personnelles. Le bonheur individuel, mais aussi collectif, croît sur le terreau de la compassion, de la liberté, de la générosité, de l’honnêteté, de la santé, du revenu et de la bonne gouvernance.
Les habitants des pays scandinaves ont majoritairement des attentes réalistes qui ne les encouragent pas à s’illusionner de grandeurs illusoires. De fait, ils sont plus facilement satisfaits et leur quotidien est plus léger. Ils ont également un sentiment de confiance très fort. Les uns vis-à-vis des autres, mais également en tant que citoyen. Les gouvernements y sont les moins corrompus au monde. Or, cette confiance joue sur le bonheur, car elle est source de sérénité.
Il y a par ailleurs une constante qui relie les pays heureux : tous sont venus à bout du chômage et le sentiment de déclassement y est absent !
Voilà de quoi tracer quelques lignes d’un programme présidentiel pour qui voudrait battre campagne sous le slogan : « Pour une France heureuse ». Ridicule ? Pas si sûr ! Avis aux candidats de l’ouverture…