Nicolas Sarkozy n’aura pas fait exception à la règle ! Comme presque tous les chefs d’Etat ou de gouvernement européen en poste depuis la survenue de la crise financière en 2008, il n’a pas été reconduit.
Dimanche 6 mai au soir les Français ont voté pour le changement. François Hollande est devenu le deuxième président socialiste de l’histoire de la Ve République, trente-et-un an après la victoire de François Mitterrand. Mais la comparaison s’arrête au symbole. Pour la première fois, il n’y a pas eu un vote d’enthousiasme pour un candidat. Il n’y a pas eu une rencontre entre un homme et un peuple, comme ce fut le cas avec François Mitterrand en 1981 ou, à droite, avec Jacques Chirac et Nicolas Sarkozy. Quelles conclusions faut-il en tirer ? Peut être aucune… L’aventure est juste nouvelle. Inhabituelle, sans doute. Mais elle colle à la gravité du moment. A la réalité de 2012.
Pour autant, cet état de fait oblige François Hollande à l’excellence. Le nouveau président va devoir convaincre par l’exemple. Et ce, dès les prochaines semaines… Il ne bénéficiera pas d’état de grâce. On le savait avant l’élection présidentielle, c’est confirmé.
Le plus dur commence donc. Les premiers rendez-vous à l’agenda présidentiel vont nous permettre d’observer sa stature de chef d’Etat. G8, sommet de l’Otan, François Hollande va-t-il être en capacité d’imposer ses propositions de campagne ou va-t-il devoir les adapter à la nécessité ? Une première réponse sera donnée avec la date de retrait des troupes françaises d’Afghanistan.
Avant son départ Outre Atlantique, le nouveau Président se sera rendu en Allemagne, à l’invitation de la chancelière Angela Merkel. Une rencontre particulièrement attendue et qui donnera le ton des futures relations franco-allemandes. Angela Merkel a déjà fait savoir à l’équipe Hollande « qu’il ne serait pas possible de renégocier le pacte de stabilité ». Le Président français ne l’entend pas de cette oreille et souhaite ajouter un volet sur la croissance. Le bras de fer est engagé. François Hollande devra cette fois frotter son programme au monde réel.
Au niveau national, il sera enfin intéressant d’observer la campagne et le résultat des élections législatives. Ce troisième tour nous montrera si, en quelques semaines, François Hollande aura su insuffler un élan suffisant pour convaincre les Français de lui donner une majorité.
Les défis sont grands. François Hollande ne pourra pas tenir toutes ses promesses. Mais les Français le savaient déjà ! Ils lui pardonneront un peu, à condition qu’il tienne son engagement de « justice sociale ».
L’épreuve du réel
10 mai 2012La Rose et les épines
26 avril 2012Depuis dimanche 22 avril au soir, nous connaissons le nom des deux finalistes de la campagne présidentielle 2012. Sans surprise, le candidat socialiste François Hollande est sorti en tête de cette première confrontation, devançant dans les urnes le président sortant Nicolas Sarkozy. Le Front national de Marine le Pen a quant à lui, ravi la troisième place, créant ainsi la surprise et surclassant le Front de gauche de Jean-Luc Mélanchon. Si ce dernier fait modifie quelque peu la donne, il ne change pas pour autant la nature profonde de ce second tour électoral. Sur le papier, François Hollande a l’avantage et toutes les chances donc, de devenir le prochain président de la Ve République. A cette précaution près que la réalité fait parfois mentir les pronostics !
Au premier tour, on choisit. Au deuxième tour, on élimine… Or, il paraît évident aujourd’hui que le sentiment anti-sakozyste est plus fort que le doute sur la capacité à gouverner de François Hollande. Par ailleurs, le report de la somme des voix de la droite et de l’extrême-droite, bien que potentiellement plus élevée que celle des gauches, est aussi plus volatile. François Hollande sait qu’il peut compter sur une réserve garantie. Nicolas Sarkozy doit lui, faire de la conquête, ce qui est toujours moins confortable.
Le candidat du parti socialiste peut donc logiquement espérer faire éclore la rose le 6 mai prochain. Mais une rose, ça pique… Et il va falloir à François Hollande des gants de velours s’il veut enlever les épines qui accompagnent la fleur de son éventuel succès.
Première épine : ces millions de Français qui ont fait valoir leur désaccord avec le système en place. Cette France, c’est en partie celle du « Non ». Celle nostalgique du franc et des frontières douanières. C’est aussi une France très à droite avec laquelle il devra composer…
Deuxième épine : la crise économique. On a vu ces dernières semaines que la situation ne s’arrangeait pas en Espagne. Les agences de notation dégraderont à un moment ou à un autre la France. Les marges de manœuvre économiques risquent de se resserrer encore plus.
Troisième épine : les législatives. En jeu : la majorité absolue pour gouverner. Compte tenu du fort score du FN, le PS pourrait profiter de triangulaires pour sortir en tête dans certaines circonscriptions. Mais il pourrait aussi en perdre d’autres, s’il ne trouve pas d’accord avec les autres partis de gauche.
François Hollande n’a pas encore gagné, certes ! Mais les projections montrent que la victoire n’est peut être pas le plus difficile. Quel que soit le résultat et quel que soit le candidat victorieux, il n’y aura cette fois pas d’état de grâce. Il faudra répondre présent dès le 7 mai…
Attention au rebond !
29 mars 2012La campagne présidentielle peut-elle rebondir après l’affaire Mohamed Merah ? Et si oui, de quelle manière ?
On se souvient de 2002 et de la tuerie de Nanterre. On se souvient de 2007 et de l’affaire du retraité agressé. Deux faits divers qui avaient fortement marqués l’opinion publique et fait apparaître des lignes nettes de division dans le pays. Alors forcément, quand arrive l’acte fou et meurtrier du jeune musulman fanatisé de Toulouse, on se dit que l’histoire va se répéter. A la différence près que le contexte n’est plus le même.
En 2002 et en 2007, les thèmes de la sécurité et du retour à l’autorité dominaient la campagne. En 2012, l’inquiétude naît de la difficulté des citoyens à appréhender un monde qui change. Ou encore de la faillite morale des hommes, des gouvernements et des institutions. La caisse de résonnance ne peut donc pas être comparable… Pour autant, elle n’est pas neutre ! Il n’a d’ailleurs pas fallu très longtemps pour que vienne le temps de l’instrumentalisation politique. Car, ne soyons pas naïfs, nous sommes toujours en campagne… Affichée ou cachée, énoncée ou tue, la stratégie des uns et des autres intègre les évènements de Toulouse.
Ainsi, François Hollande a joué l’économie, affichant clairement son intention de ne pas trop en faire. Nicolas Sarkozy a lui, incarné la représidentialisation, ce qui lui a d’ailleurs valu le premier éditorial positif du journal Libération depuis qu’il est au pouvoir. Jean-Luc Mélanchon a choisi le retrait, tandis que Marine Le Pen optait pour le chemin inverse, redonnant à la traditionnelle rhétorique du parti sur l’immigration toute la fougue de sa jeunesse. Enfin François Bayrou a très vite et maladroitement pris position. Une attitude qu’il devra assumer désormais jusqu’à la fin de la campagne.
Chaque candidat a donc « bien » joué sa partition. Et de fait, Toulouse a marqué une cassure dans le temps de la campagne. Avant, elle avait du mal à prendre son envol. Après, que va-t-il se passer ?
Sur la forme, on peut parier que les candidats vont gommer leurs formules chocs. Il faudra éviter la petite phrase trop agressive ou déplacée… Sur le fond, on peut penser que les candidats n’auront pas le temps de repatiner leur cahier de marche. Il est donc fort probable que chacun reprenne ce qui était prévu au programme. Exceptée peut-être Marine Le Pen pour qui, la tentation de surfer sur la vague est tentante.
Mais une chose est sûre : les électeurs ont été touchés dans leur intimité par les événements de Toulouse. Certains ont même été choqués. Et ce ressenti, non mesurable par les instituts de sondage, remontera dans les isoloirs. De quelle manière ? Seuls les résultats du premier tour nous le diront.
Une politique bien étrangère !
15 mars 2012Les questions de politique étrangère sont peu présentes dans la campagne présidentielle française. A six semaines du premier tour, seul l’euro et dernièrement lors du meeting du président Nicolas Sarkozy à Villepinte, Schengen, ont été évoqués. L’un sous le prisme de la crise économique et de la crise de la dette ; l’autre sous celui des flux migratoires et du protectionnisme économique. Autant dire qu’à chaque fois, les candidats ont cherché l’argument électoral plutôt que de privilégier le fond !
La France peut-elle transformer sa présence sur la scène internationale, via son réseau diplomatique, en influence ? La France peut-elle convertir sa force rhétorique en gain politique ? A-t-elle les moyens de promouvoir ses expertises régionales pour influer sur le cours des événements en Syrie, ou encore en Lybie ? De tous ces sujets, les Français ne savent rien ou si peu. Pourtant du rang, du prestige, du réseau, de l’influence, tous les candidats s’en gargarisent : « La France n’est pas n’importe quel pays ! (…) On ne dit pas non à la France comme ça… ». Mais tous font aussi comme si nous vivions dans un village gaulois, sur lequel les problèmes du monde n’auraient pas de prise. Les candidats préfèrent aujourd’hui ne pas prendre de risques oratoires, pour ne pas perdre trop de voix le jour de l’élection. C’est stratégique…, puisque gagnera dans cette campagne, celui qui se sera rendu le plus préférable aux yeux des Français. Dans ces conditions, pourquoi aller s’aventurer sur des sujets qui ne sont pas très vendeurs auprès de l’électorat.
Il est vrai qu’au cours de l’histoire des campagnes présidentielles, les questions de politique étrangère n’ont finalement jamais vraiment dominé les débats. Faut-il s’en satisfaire ? Faut-il laisser ces questions compliquées à quelques experts du Quai d’Orsay ? Il paraît aujourd’hui inconcevable de l’envisager, tout simplement parce que le monde a changé. Les continents, les politiques, les économies… sont interconnectés. Si fortement d’ailleurs, que n’importe quel événement à un point donné du monde peut avoir de fortes conséquences à l’autre point de ce même monde. Cet effet papillon est engendré par la mondialisation. Un mot que les citoyens français connaissent bien. Du moins le pensent-ils ! Car sur le fond, personne ne peut vraiment dire aujourd’hui ce qu’est une mondialisation de gauche par exemple ?
Sur l’Europe, les candidats ne font pas mieux, mis à part François Bayrou peut être. Extraordinaire, au pays des pères fondateurs de l’Europe, là où l’on pourrait s’attendre une parole forte sur le sujet. Ne serait-il pas temps de prendre conscience que la politique européenne ne relève plus de la politique étrangère dans ce pays ? Il est temps d’arrêter de nous faire croire que le village d’Astérix n’est pas en terre romaine !
L’envie d’y croire
1 mars 2012Que nenni ! Pourquoi bouder son plaisir et aller médire avec les sceptiques ? Pourquoi se délecter des attaques venimeuses des professionnels du « french bashing »* ? Le film The Artist, réalisé par un Français, joué par des acteurs français et produit par un Français, a obtenu cinq oscars en terre américaine. C’est historique ! C’est heureux ! Et c’est une nouvelle réjouissante ! Or, les occasions de se réjouir sont actuellement tellement rares qu’il serait malvenue de les minorer.
Certes, ce succès –qui n’est que cinématographique après tout- n’efface pas les difficultés économiques et sociales que rencontrent des milliers de Français au quotidien. Mais l’Amérique nous a tout de même rappelé, dimanche 26 février, que la France avait des talents… Que la France avait du talent.
Un sentiment que l’on avait un peu oublié au pays de la morosité, de l’anxiété et du déclinisme. Et un message qu’il est bon de réentendre à quelques mois de l’élection présidentielle. Car finalement, serions nous les seuls à ne pas croire en nous ?
Les Etats-Unis misent chaque année sur nos banlieues et proposent à des jeunes français issus de la diversité d’intégrer leur programme des visiteurs internationaux. Le Qatar vient de créer un fonds d’investissement de 50 millions d’euros pour financer des projets économiques portés par des habitants des banlieues de France.
Nos designers n’ont jamais autant été courtisés. Derrière leur aîné Philippe Stark, ils sont aujourd’hui omniprésents sur la scène internationale. Les grandes marques Tolix, Eno, Ligne Roset ou Ora-ïto parient, avec eux, sur l’avenir.
Nos développeurs Internet et ingénieurs informatiques sont recherchés par les géants que sont Apple, google, Amazon… Et ne parlons pas de l’industrie cinématographique française qui, grâce à un système de financement envié de tous, affiche une santé insolente.
On a beaucoup parlé ces derniers jours du film The Artist. Trop au goût de certains… Mais si l’on en a autant parlé, c’est bien parce que ce succès symbolise plus qu’un oscar. Il incarne une France qui gagne, une France qui inspire, une France qui créée. Et cela, c’est plus que n’a fait aucun candidat à la présidentielle !
Ce pays a de solides bases pour continuer à tenir sa place sur la scène internationale. Alors arrêtons l’auto-dénigrement permanent, arrêtons de croire que nous faisons des produits trop complexes, trop fragiles et empruntons aux anglo-saxons leur talent du lobbying. Ce que nous a enseigné cette cérémonie des oscars, c’est que la France est toujours capable du meilleur. Il faut juste qu’il y ait quelqu’un qui sache le vendre au monde. A Hollywood, ce quelqu’un a été un américain, Harvey Weinstein*. En France, on rêverait qu’il soit le prochain président.
* Ressentiment antifrançais
* Producteur, distributeur et faiseur d’oscars. Ex-fondateur de Miramax et aujourd’hui à la tête de la Weinstein company