Le crédit de Copenhague

Les attentes seront déçues, c’est une certitude ! Il en est presque toujours ainsi quand on fixe des objectifs trop haut ; trop haut pour qu’autant de pays parviennent à signer un contrat, dont l’ambition est d’éviter une augmentation de la température de plus de 2° d’ici 2050. Pourtant, écarter cette ambition d’emblée, alors que les dérèglements climatiques s’imposent à nous de manière visible, n’aurait pas été raisonnable.
Toutefois, on aurait tort de ne juger Copenhague que sur des chiffres ou sur le montant des aides financières qui va être alloué aux pays les plus exposés. Ce sommet, c’est d’abord un processus politique et diplomatique majeur, par lequel les générations actuelles tentent de répondre à ce qui est, sans doute, le plus grand défi de notre époque moderne. Car, même si l’affaire du « ClimatGate » tente de brouiller les cartes, on ne peut pas nier une réalité apparente : la fonte de la calotte glaciaire de l’Arctique, le recul des glaciers en Europe, l’assèchement des lacs de l’hémisphère Sud…
Le problème du climat n’est ni plus ni moins que celui du poids de la dette que nous fabriquons. Aujourd’hui, le monde consomme plus de ressources que la planète n’en génère. Nous vivons donc à crédit ; un crédit que paieront nos descendants. Et qui, si rien n’est fait, pourrait même se présenter à nous beaucoup plus tôt… D’ici 2050 par exemple.
Copenhague a donc une obligation morale ! Ce sommet porte en effet l’espoir de l’acceptation d’une responsabilité collective. Une sorte de devoir multilatéral… Notre chance, c’est qu’il n’est pas insurmontable. Il n’est pas insupportable. Ce devoir est à la portée de nos savoirs. Il est économiquement envisageable, pour peu que chacun accepte d’en partager les contraintes. Pour peu que chacun assume, à son niveau, l’effort de convergence… C’est beaucoup ? Oui assurément ! Et c’est forcément pour cela que les attentes seront déçues.
Reste qu’il souffle sur Copenhague depuis quelques jours un vent d’optimisme peu habituel. Le président américain Barack Obama a reculé son arrivée à la fin de la semaine prochaine. Ce qui veut tout simplement dire qu’il sera là au moment des décisions importantes. De plus, il vient d’annoncer que les États-Unis assumeraient leur « juste part » du programme de 10 milliards de dollars d’aide par an, jusqu’en 2012, demandé par les Nations unies pour les pays les plus vulnérables. Les lignes sont donc en train de bouger. Le secrétaire général de l’ONU Ban Ki-moon y voit même une possible et historique signature finale. Nous n’avons jamais été aussi près de l’éclosion d’un texte politique fort. Mais retenons les leçons de l’histoire : tout engagement serait sans valeur s’il n’est pas suivi de contrôles rigoureux et contraignants, mécanismes absents du processus engagé à Kyoto.

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