L’autre marée noire

Bettencourt, Woerth, audiovisuel, déficits… Ce ne sont pas les sujets d’actualité qui manque. Pourtant, parfois, il est bon d’arrêter le flux des dépêches. Ou plutôt de s’arrêter sur un fait de ce flux perpétuel de dépêches. Sortir du « buzz médiatique », des sentiers battus, rebattus et regarder, pour mieux témoigner, rapporter, s’insurger. Un slogan un peu jauni disait autrefois : « le poids des mots, le choc des photos ». Cette phrase a-t-elle encore un sens à l’air du tout numérique ?
Poser la question, c’est déjà y répondre. Par l’affirmative bien sûr ! Car il y a évidemment des images que l’on garde en mémoire. Des images qui nous interrogent, comme celle récemment publiée d’un Nigérian, seul sur une barque, au milieu d’une marée noire. Armé d’un vieux seau, l’homme tente de nettoyer un coin du delta du Niger des nappes de pétrole qui vienne de le polluer. L’homme ne se revendique pas écologiste. D’ailleurs, des écologistes, il n’en connaît pas. Il n’en a même jamais vu de son aveu. Il faut dire qu’il n’y en a pas beaucoup pour venir l’aider… Lui, essaie juste de sauver l’écosystème qui le fait vivre. Il essaie juste d’agir, à sa mesure, pour préserver la santé des siens. Car ici, l’espérance de vie ne dépasse plus les quarante ans.
L’histoire est belle… Pourtant, cet homme n’a pas trouvé grâce aux yeux du monde. « Le buzz médiatique » a préféré se fixer sur une autre marée noire, celle du golfe du Mexique.
Au Nigéria, depuis cinquante ans, les habitants subissent une pollution dévastatrice, liée à l’industrie pétrolière. À tel point qu’aujourd’hui, le delta du Niger ressemble à un marécage obscur et poisseux. À titre de comparaison, c’est comme-ci les habitants avaient le droit à un « Exxon Valdez » par an –pétrolier américain qui transportait un volume de 40 000 mètres cubes de brut et qui s’est échoué en 1989 sur les côtes de l’Alaska-.
Le premier mai dernier –ce n’est pas si vieux- un oléoduc s’est encore rompu, déversant cette fois, 4 millions de litres de pétrole brut dans le delta. Selon l’ONU, il y aurait 300 faits de ce type par an dans cette région du monde. Tous les incidents ne sont certes pas de cette importance, mais quand même… Toujours selon l’ONU, les faits se situent tous dans le périmètre exploité par Shell Petroleum. Mais quand on lui demande des comptes, Shell argue simplement que ces faits ne sont pas de sa responsabilité. Qu’ils relèvent d’actes de malveillance ou d’attentats ! Pour l’instant, l’argument suffit à la tranquillité de la compagnie pétrolière. Il faut dire qu’à l’ombre des lumières médiatiques, il est plus facile de colmater les fuites. Le groupe BP aimerait sans doute jouir de cette même impunité… Heureusement, ce n’est pas le cas ! Plus le cas ! Mais dans le premier pays producteur de brut d’Afrique, les choses ne semblent pas prêtes de changer. À moins que nos regards convergent collectivement vers cet obscur horizon.

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Un commentaire sur “L’autre marée noire”

  1. webmark dit :

    Surtout que l’exposition au pétrole est très nocive pour la santé, elle peut provoquer de la toux, les difficultés respiratoires, l’irritation des yeux, les douleurs dans la poitrine et les maux de tête. Dans les cas les plus graves, des malaises. Il y a d’ailleurs un article très intéressant sur le sujet que vous pourrez consulter via le site http://www.mutuelle-assur.com et qui s’intitule “les dangers de la marée noire”.

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