Délit de solidarité

Le Samu Social vient d’être primé pour sa campagne de communication choc qui illustre la grande détresse des sans-abris.
La Fondation Abbé Pierre a remporté le prix du jury de la communication solidaire pour son spot, « Carton rouge ». Un clip TV qui dénonce la situation du mal logement en France.
Nous vivons une drôle d’époque, où ceux qui sont en charge des plus fragiles reçoivent des prix pour la qualité de leur communication, alors qu’ils sont eux-mêmes de plus en plus démunis face à la montée des précarités. Il y a là quelque chose qui ne va pas… Le train de l’ordonnancement des priorités a déraillé ! On fête une bonne campagne, au lieu de se désoler qu’il faille encore faire campagne. On remporte des prix au lieu de récolter de l’indignation.
La capacité à s’indigner dont Stéphane Hessel s’est fait le premier porte voix n’est pourtant pas morte. A Madrid, Londres, New York, Bruxelles… Les « Indignés » se montrent au grand jour. Et le mouvement s’enracine durablement, mais en dehors de toutes institutions : partis politiques, syndicats, ONG, mouvements associatifs… Cet élan donné par des jeunes surdiplômés est aujourd’hui en train d’agrégé à son noyau les fracassés de la vie, ceux qui souffrent du délit de solidarité de notre société. Et ces gens-là n’attachent que peu d’intérêt aux prix que l’on décerne à leurs causes. Sans-abris, mal logés, chômeurs… aimeraient juste ne plus être ce qu’ils sont. Ils ne disent pas « No futur ». Ils craignent un « No futur » !
Mais que réclament-ils, s’interrogent observateurs et politiques. Tous avouent avoir du mal à trouver chez les « Indignés » un message clair. Mais c’est peut être parce qu’ils ne réclament rien, si ce n’est de manifester le sentiment de la fin d’un système. L’emballement de la machine les a conduit dans le mur… Alors contre un modèle « corrompu », « une société occidentale qui fracture », ils prônent un modèle « vertueux » et « une société solidaire ».
Le délit de solidarité a contaminé tous les champs d’action : politique, sociétale, familiale. Et il est une racine profonde du mal qui désorganise et désordonne. On le voit aujourd’hui dans le monde associatif (conflit social chez Emmaüs, malaise des salariés du WWF). On le vit, en ce moment même en Europe : solidarité vis-à-vis de la Grèce et demain peut-être de l’Italie.
Pilier du vivre ensemble, la solidarité ne peut être bradée. Il est temps d’en reposer les fondements et de s’interroger sur la place qu’on veut bien lui accorder, sous peine de voir d’autres partis –plus extrémistes- s’en emparer. L’économie des sociétés occidentales ne prospère plus, en revanche le mouvement des « Indignés » affichent, lui, une croissance régulière.

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