Victimes collatérales

L’information est presque passée inaperçue. Pourtant elle fait froid dans le dos : le taux de cancer dans la ville de Fallujah (Irak) est aujourd’hui pire que celui constaté à Hiroshima.
Ce terrible constat émane de plusieurs études sérieuses et indépendantes britanniques. Toutes font remonter l’explosion des courbes cancérigènes à la fin de l’année 2004, soit peu après la tristement célèbre bataille de Fallujah, où les marines avaient donné l’assaut sur une ville symbole de la résistance à l’occupation américaine en Irak.
Pour la première fois à grande échelle, les Américains testaient alors, des armes particulièrement sophistiquées et beaucoup plus meurtrières que les précédentes. L’opération, appelée “Phantom Fury”, visait au nettoyage total de plusieurs quartiers de la ville. Ainsi, des bombes à l’uranium appauvri, un déchet nucléaire hautement toxique, mais aussi au plasma et au phosphore blanc ont été déversées sur la cité aux cent mosquées. Ces bombes, à l’efficacité augmentée, peuvent percer n’importe quel blindage ou tuer toutes les personnes se trouvant dans un bunker, sans détruire la structure de celui-ci.
Suite à ces bombardements, certains quartiers avaient été déclarés zones interdites et le sol avait été enlevé sur plusieurs mètres de profondeur…
Sept ans après, qui du bien ou du mal l’a emporté ? A Fallujah, le taux de leucémie est 38 fois plus élevé, le taux de cancer infantile est douze fois plus grand et le cancer du sein est plus fréquent que dans les populations des pays voisins. Dernier chiffre, tout aussi effrayant, Fallujah enregistre aujourd’hui 80 décès pour 1000 naissances.
Tel est la réalité, celle que vit au quotidien une population désespérée, bien loin des images aseptisées et déconnectées du jeu vidéo “Six days in Fallujah” vendu sur Playstation. Il y a là quelque chose de scandaleux, d’inconvenant ! Tout comme l’est d’ailleurs la chape de plomb qui entoure cette tragédie. Sans le travail de la presse anglaise, ces faits ne seraient peut être même pas ressortis au grand jour. Or, ce droit de suite est essentiel. Il nous montre à tous que la guerre n’est pas qu’un clip d’une minute sur écran plat au 20h. Il nous montre qu’une fois les troupes partis, le poison continue de se diffuser. Et il nous fait comprendre comment se cultivent les rancoeurs et se nourrissent les haines de demain.
Selon le protocole III additionnel à la Convention sur certaines armes classiques de l’ONU (1983), l’utilisation qui a été faite de certaines substances par les Américains pourrait nourrir une procédure pour crime de guerre. Les habitants de Fallujah demandent l’ouverture d’une enquête indépendante ; ce qu’ils sont bien entendu très loin d’obtenir. De crime de guerre, il n’est pas question pour les Américains ! Eux parlent juste de victimes collatérales. Des générations de victimes civiles collatérales…

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