L’islam politique

Neuf mois après le printemps arabe, l’islam politique redessine ses contours. Percée du mouvement islamiste Ennahda à l’élection de l’Assemblée constituante tunisienne, victoire du Parti de la justice et du développement aux élections législatives anticipées au Maroc, succès annoncé des Frères musulmans en Egypte, les partis islamistes tirent aujourd’hui électoralement profit des révolutions d’hier.
Mais ces bouleversements à l’œuvre dans le monde arabe, cet avènement de ce qui est communément appelé « l’islam modéré » n’est pas sans inquiéter les occidentaux et les minorités chrétiennes. Tous s’interrogent : faut-il avoir peur de l’accès au pouvoir des islamistes ?
A cette question, évitons de répondre « à travers une grille d’interprétation européenne vieille de plus de 30 ans ; celle de la révolution iranienne » avance Olivier Roy, directeur du programme méditerranéen de l’Institut universitaire européen de Florence. Aucun des grands partis islamistes candidats aux élections ne revendique en effet un retour à la charia.
Les islamistes les plus radicaux ont déserté la scène politique pour se fondre dans l’islam insurrectionnel, celui d’Aqmi. « L’islam n’est plus le cadre de la vie politique, mais la vie politique est le cadre du développement de collectifs publics faisant référence à l’islam » écrit Jean-Noël Ferrié, directeur de recherche au CNRS. Le changement de paradigme est d’importance ! Et plutôt que de parler d’islam « modéré », il conviendrait d’avancer sur le terrain de l’islam « légaliste ». Un islam qui inscrit son action politique dans le cadre de la loi, sans volonté de changer les règles du jeu.
C’est cette voie que semble avoir choisi Ennhada en Tunisie. Pour le Parti de la justice et du développement au Maroc, il n’y a d’avenir politique qu’avec la monarchie. Reste à éclaircir le discours des Frères musulmans en Egypte, eux-mêmes très divisés entre courants rivaux. Néanmoins, souvenons-nous que quand l’AKP a pris le pouvoir en Turquie, la sincérité d’Erdogan était sérieusement mis en doute. Aujourd’hui, c’est moins l’islam que l’excès autocratique qui pose problème dans le pays.
« L’islam parlementaire se professionnalise. Le personnel parlementaire se spécialise et se différencie du personnel de prédication » constate Jean-Noël Ferrié. Une programmation politique ne peut plus se faire sur la simple application de la loi divine. La rue a des attentes sociales. L’islam parlementaire est obligé de s’occuper de la gestion du quotidien des gens, dans une société où c’est tout de même le principal problème.
Bien sûr, il faut rester vigilant sur les développements à venir… Mais essayons de nous défaire de nos schémas de pensée anciens. Et gardons en mémoire que le nationalisme arabe n’aura, quoi qu’on en dise, pas abouti à la création d’Etats stables et démocratiques.

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